Le Zimbabwe se rapproche d'une étape décisive dans son retour sur la scène financière internationale. Les services du Fonds monétaire international (FMI) sont parvenus à un accord au niveau des services avec les autorités zimbabwéennes sur le premier examen du Programme de suivi par les services (Staff-Monitored Program, SMP), un dispositif de dix mois lancé en mars 2026 pour accompagner les réformes économiques du pays.
S'il ne s'accompagne d'aucun décaissement, cet accord
représente un signal de confiance important. Il conforte les progrès réalisés
par Harare en matière de stabilité macroéconomique et pourrait faciliter, à
terme, le règlement des arriérés de dette, la restructuration de l'endettement
extérieur et la normalisation des relations avec les bailleurs internationaux.
Privé depuis plus de deux décennies d'un accès normal
aux financements des institutions financières internationales en raison de
lourds arriérés de paiement, le Zimbabwe mise sur ce programme pour restaurer
sa crédibilité économique et convaincre ses créanciers de soutenir son
redressement.
« La finalisation de cet examen constitue une étape
importante pour consolider les progrès récemment accomplis en matière de
stabilisation », soulignent les services du FMI.
Des objectifs largement atteints
À l'issue d'une mission conduite à Harare du 9 au 18
juin, les équipes du FMI jugent la mise en œuvre du programme jusqu'à fin mars
2026 globalement satisfaisante.
Tous les objectifs quantitatifs ont été atteints. Ils
portent notamment sur le solde budgétaire primaire, le renforcement des
réserves internationales, l'encadrement des crédits accordés par la Banque de
réserve du Zimbabwe (RBZ) au secteur public, la limitation des nouveaux
emprunts extérieurs non concessionnels ainsi que la maîtrise de la croissance
de la masse monétaire en ZiG, la devise nationale introduite en avril 2024.
Le seul objectif indicatif manqué concerne les
dépenses sociales protégées et prioritaires. Pour le FMI, ce résultat souligne
la nécessité d'améliorer l'exécution budgétaire afin de garantir un soutien
plus rapide aux populations les plus vulnérables.
L'institution salue également les progrès réalisés
dans les réformes fiscales, notamment l'amélioration du suivi des nouveaux
contribuables assujettis à la TVA et à l'impôt sur le revenu, ainsi que
l'avancement des autres réformes prévues d'ici la fin de l'année.
Une croissance robuste malgré un
environnement plus difficile
Le FMI estime que l'économie zimbabwéenne continue de
résister à un contexte international moins favorable. Les tensions
géopolitiques au Moyen-Orient ont renchéri les coûts des carburants, des
engrais et du transport maritime, sans remettre en cause la dynamique de
croissance observée depuis l'an dernier.
Après avoir progressé de 8,3% en 2025, grâce au rebond
de l'agriculture, aux bonnes performances du secteur minier et à la vigueur des
cours de l'or, le produit intérieur brut devrait encore croître d'environ 5% en
2026. Ce ralentissement traduit davantage un retour à un rythme de croissance
plus soutenable qu'un essoufflement de l'activité.
L'inflation devrait rester contenue autour de 5,1% en
moyenne cette année. Pour un pays longtemps confronté à une forte instabilité
monétaire, cette évolution témoigne des effets de la politique monétaire
restrictive menée par la Banque de réserve du Zimbabwe et d'une relative
stabilité du taux de change.
Le compte courant devrait, lui aussi, demeurer
excédentaire, soutenu par les exportations d'or et d'autres minerais, les
ventes agricoles ainsi que les transferts de fonds de la diaspora, contribuant
à renforcer progressivement les réserves internationales.
Le FMI prévoit toutefois un ralentissement de la
croissance à 4,2% en 2027. Ce scénario reste exposé à plusieurs risques,
notamment un épisode El Niño susceptible de pénaliser la production agricole,
auquel s'ajoute l'incertitude liée à une éventuelle aggravation des tensions au
Moyen-Orient.
Le FMI appelle à poursuivre les réformes
Les performances budgétaires enregistrées au premier
trimestre 2026 ont dépassé les attentes grâce à une mobilisation soutenue des
recettes fiscales et à une gestion prudente des dépenses publiques.
Le FMI encourage néanmoins les autorités à poursuivre
les réformes des finances publiques, à renforcer les contrôles des engagements
budgétaires et à accélérer le règlement des arriérés intérieurs afin de
préserver la crédibilité de la politique budgétaire.
Sur le plan monétaire, l'institution recommande de
maintenir une politique restrictive jusqu'à ce que les anticipations
d'inflation soient durablement stabilisées et que la confiance dans le ZiG soit
pleinement restaurée.
Le Fonds salue également la mise en place d'un
mécanisme de dépôts à terme en monnaie locale, qui doit permettre une
transition progressive vers des instruments davantage fondés sur le marché,
tout en améliorant l'efficacité de la politique monétaire et en favorisant le
développement du marché financier domestique.
Par ailleurs, les autorités préparent une stratégie
destinée à poursuivre la libéralisation du marché des changes, une réforme
jugée essentielle pour renforcer la confiance des investisseurs.
La dette reste le principal défi
Malgré les avancées enregistrées, le FMI rappelle que
le règlement des arriérés de la dette extérieure demeure la condition
indispensable au retour du Zimbabwe dans les circuits normaux du financement
international.
L'institution encourage les autorités à poursuivre le
rapprochement des données sur la dette, à renforcer la transparence budgétaire
et à maintenir un dialogue étroit avec les créanciers dans le cadre de leur
stratégie d'apurement des arriérés.
Cet accord au niveau des services ne débloque donc
aucun financement. Il constitue en revanche une nouvelle validation de la
stratégie économique engagée par Harare et un signal positif adressé aux
partenaires internationaux.
Pour le Zimbabwe, le véritable enjeu dépasse désormais
la réussite du programme de suivi : il s'agit de convaincre les créanciers que
les réformes sont suffisamment solides pour ouvrir la voie à une
restructuration durable de la dette et au retour des financements
internationaux.
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