Près de 385 millions de personnes en Afrique basculent chaque année dans la pauvreté ou voient leur situation financière se dégrader en raison des dépenses de santé qu’elles doivent directement supporter. Cette situation intervient dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires croissantes pour les États, entre stagnation des dépenses publiques, alourdissement de la dette et recul de l’aide extérieure.
Réunis à Addis-Abeba à l’occasion de la 76e session du Comité régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique, les ministres africains de la santé ont approuvé le 26 août 2026, une nouvelle stratégie consacrée au financement durable de la santé pour la période 2026-2035. L’objectif est d’aider les pays de la région à renforcer l’autonomie et la résilience de leurs systèmes de santé, tout en améliorant l’accès aux soins sans exposer davantage les populations aux difficultés financières.
La nouvelle stratégie repose ainsi sur sept priorités, parmi lesquelles le renforcement de la gouvernance du financement de la santé, l’accroissement de la mobilisation des ressources nationales, l’amélioration de la mutualisation des financements de santé et le développement de mécanismes d’achat plus stratégiques des services de santé. Elle prévoit également une modernisation de la gestion des finances publiques et un renforcement du financement des fonctions essentielles de santé publique.
À l’horizon 2035, l’OMS ambitionne notamment que 56 % des États membres enregistrent une hausse soutenue des dépenses publiques de santé et que la même proportion améliore la protection financière de leurs populations. L’organisation vise également 75 % des États disposant de stratégies nationales actualisées de financement de la santé, capables de soutenir une mobilisation et une utilisation plus efficaces des ressources.
Baptisée « Stratégie pour le financement de l’avenir de la santé dans la région africaine de l’OMS », cette feuille de route entend répondre aux défis financiers auxquels sont confrontés les systèmes de santé du continent. Elle mise notamment sur une mobilisation accrue des ressources nationales, une utilisation plus efficace des financements disponibles et des mécanismes capables de mieux absorber les chocs économiques et sanitaires.
Au cours des vingt dernières années, les pays de la région ont engagé d’importantes réformes pour renforcer le financement de leurs systèmes de santé. Malgré ces efforts, les progrès demeurent toutefois disparates selon les pays. Les dépenses de santé directement assumées par les ménages représentent encore en moyenne 35 % des dépenses courantes de santé, soit un niveau largement supérieur au seuil de 20 % fixé par l’OMS. Dans le même temps, plusieurs États restent fortement dépendants des financements extérieurs, alors que l’aide publique au développement devrait connaître une baisse importante. Dans certains pays à faible revenu, le poids du service de la dette dépasse désormais celui des dépenses publiques consacrées à la santé, accentuant davantage la pression sur des systèmes de santé déjà fragilisés.
« La santé est l’un des meilleurs investissements qu’un pays puisse faire. Mais financer la santé de manière durable nécessite bien plus qu’augmenter les ressources, il faut aussi faire des investissements plus intelligents, équitables et résilients qui protègent les populations des difficultés financières tout en renforçant les systèmes de santé. Cette stratégie reflète notre engagement commun à garantir que chaque investissement dans la santé apporte une plus grande valeur au peuple africain », a déclaré le Dr Mohamed Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique.
À travers cette feuille de route, l’enjeu dépasse donc la seule question des budgets publics. Il s’agit de permettre aux ménages d’accéder aux soins sans basculer dans la précarité, de donner aux systèmes de santé les moyens de résister aux crises futures et de garantir aux États les ressources nécessaires pour préserver et améliorer la santé de leurs populations. Pour l’OMS, une réforme durable du financement doit ainsi permettre aux pays africains de disposer de systèmes plus autonomes, équitables et résilients, capables de répondre aux besoins des populations sur le long terme.
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