À l’heure où des abonnés ivoiriens dénoncent sur les réseaux sociaux la coupure des chaînes nationales de la TNT lorsque leur abonnement Canal+ arrive à échéance, une question réglementaire refait surface. La Côte d’Ivoire impose-t-elle réellement le maintien de ces chaînes en clair ? Le cas du Burkina Faso, qui vient de franchir un pas concret, donne une nouvelle dimension au débat.
Le sujet est en train de prendre de l’ampleur sur
les réseaux sociaux ivoiriens. Des abonnés de Canal+ s’interrogent sur une
situation qui paraît, à première vue, paradoxale : pourquoi les chaînes
nationales gratuites de la TNT deviennent-elles inaccessibles sur le décodeur
lorsque l’abonnement au bouquet payant expire ?
Pour certains utilisateurs, le constat est simple
: l’abonnement arrive à échéance, le signal des chaînes Canal+ est coupé, mais
celui des chaînes nationales de la TNT devrait, selon eux, rester disponible.
Derrière cette colère de consommateurs se cache
une question beaucoup plus sérieuse : que signifie juridiquement la gratuité
des chaînes de la TNT lorsqu’elles sont reprises dans le bouquet d’un opérateur
payant ?
Un décret ivoirien au cœur de la controverse
La question n’est pas nouvelle en Côte d’Ivoire.
En août 2020, le gouvernement avait adopté le décret n°2020-643 relatif au
renforcement des conditions d’accès à la télévision numérique terrestre.
Le texte prévoit notamment la diffusion gratuite
des chaînes nationales de la TNT reprises dans les bouquets satellitaires.
C’est précisément cette disposition qui nourrit aujourd’hui les interrogations
des consommateurs.
Mais une nuance est essentielle. Parler d’une «
loi qui oblige Canal+ à maintenir gratuitement les chaînes après expiration de
l’abonnement » serait juridiquement trop catégorique à ce stade.
Le véritable sujet est l’interprétation et
l’application concrète de l’obligation de gratuité prévue par la réglementation
ivoirienne.
Autrement dit, la question n’est pas seulement de
savoir si les chaînes de la TNT sont gratuites. Elles le sont par nature dans
le cadre de la télévision numérique terrestre. Il faut déterminer dans quelles
conditions cette gratuité doit s’appliquer lorsqu’elles sont distribuées par un
opérateur de télévision payante.
C’est précisément là que se situe le nœud du
débat.
Le Burkina Faso vient de franchir le pas
Le débat ivoirien prend une résonance
particulière avec la décision annoncée au Burkina Faso.
Depuis le 27 août 2026 à 15h, les chaînes de la
Radiodiffusion-Télévision du Burkina (RTB) sont accessibles gratuitement en
clair sur Canal+, y compris lorsque l’abonnement de l’utilisateur est arrivé à
expiration.
Pour le moment, RTB, RTB Zénith et RTB3 sont
accessibles respectivement sur les canaux 420, 421 et 422. Ces positions sont
provisoires et devraient évoluer avec le prochain plan de service de Canal+.
Le changement est loin d’être anodin. Le Conseil
supérieur de la communication (CSC) du Burkina Faso indique qu’il intervient
dans le cadre d’une convention signée en février 2025 avec Canal+ International,
après plusieurs interpellations et des sanctions financières prononcées en juin
et juillet 2026.
Le cas burkinabè montre donc qu’une solution
technique et réglementaire permettant de maintenir l’accès aux chaînes
publiques après expiration d’un abonnement Canal+ est parfaitement
envisageable.
Et c’est là que la comparaison avec la Côte
d’Ivoire devient intéressante.
Deux marchés, une même problématique
Dans les deux pays, les chaînes publiques
constituent un élément essentiel de l’accès du public à l’information
nationale.
Mais alors qu’au Burkina Faso le régulateur vient
d’annoncer explicitement le maintien en clair des chaînes RTB sur les décodeurs
Canal+, la situation ivoirienne reste entourée d’interrogations.
Pourquoi une chaîne gratuite de la TNT
devrait-elle disparaître de l’écran simplement parce que l’abonnement à un
bouquet payant arrive à expiration ?
C’est la question que posent aujourd’hui de
nombreux internautes.
Il faut toutefois éviter un raccourci : le fait
que le Burkina Faso ait mis en place ce dispositif ne signifie pas
automatiquement que Canal+ serait en infraction en Côte d’Ivoire.
Les cadres réglementaires des deux pays ne sont
pas identiques et les modalités de distribution peuvent différer.
En revanche, l’exemple burkinabè démontre une
chose : la question n’est ni théorique ni techniquement insoluble.
Le paradoxe du téléspectateur ivoirien
Le problème est d’autant plus sensible que les
chaînes concernées sont précisément celles qui ont vocation à être accessibles
au plus grand nombre.
Sur le réseau TNT terrestre, leur gratuité ne
dépend pas du paiement d’un abonnement Canal+. Mais lorsqu’un téléspectateur
choisit de recevoir ces mêmes chaînes via le décodeur d’un opérateur payant,
les conditions d’accès deviennent différentes.
C’est ce paradoxe qui alimente la polémique.
Pour un consommateur, la distinction entre «
chaîne gratuite » et « chaîne accessible gratuitement sur un bouquet payant »
peut sembler artificielle. Pour l’opérateur, elle peut relever de règles
contractuelles et techniques spécifiques.
Entre les deux se trouve le régulateur.
Le vrai sujet est désormais celui de
l’application
La polémique actuelle appelle donc moins une
réponse improvisée sur Facebook qu’une clarification institutionnelle.
Que prévoit exactement le décret ivoirien ?
Quelles obligations ont été imposées aux
distributeurs satellitaires ?
Ces obligations concernent-elles uniquement les
abonnés actifs ou également les abonnements arrivés à expiration ?
Quelle est la position officielle de la Haute
Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) ?
Et surtout, Canal+ considère-t-il que ses
pratiques actuelles sont conformes à la réglementation ivoirienne ?
Le précédent burkinabè donne une importance
nouvelle à ces questions.
Car désormais, le consommateur ivoirien peut
légitimement regarder de l’autre côté de la frontière et demander : si les
chaînes publiques burkinabè peuvent rester accessibles gratuitement sur Canal+
après expiration de l’abonnement, qu’en est-il des chaînes nationales
ivoiriennes ?
Pour l’heure, cette question reste ouverte.
Et c’est précisément pourquoi le débat mérite
mieux qu’une bataille de publications sur les réseaux sociaux : il mérite une
réponse claire du régulateur, de l’opérateur et, au besoin, du gouvernement.
La TNT est gratuite. Reste à savoir si cette
gratuité doit également survivre à l’écran noir d’un abonnement Canal+ arrivé à
expiration.
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