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  • 31/08/2026

Côte d’Ivoire : 107 exportateurs agréés, le cacao entre dans une campagne sous haute tension

La Côte d’Ivoire ouvre une nouvelle campagne cacao avec une filière qui n’a plus vraiment le droit à l’erreur. Le Conseil du Café-Cacao (CCC) a agréé 107 opérateurs pour la campagne 2026-2027, dont 70 sociétés commerciales et 37 coopératives, contre 109 lors de la précédente campagne. La liste comprend les principaux négociants et transformateurs mondiaux, parmi lesquels Olam, Cargill, Barry Callebaut, Cémoi, Sucden, Touton et Nestlé.

 

Derrière cette légère contraction du nombre d’agréments se joue pourtant une équation autrement plus complexe. À partir du 1er septembre, la première campagne commerciale du premier producteur mondial de cacao doit absorber les séquelles d’une saison marquée par l’effondrement des cours internationaux, tout en préparant la filière à un changement réglementaire majeur en Europe.

 

Le marché a brutalement changé de visage.

 

Pour la campagne principale 2025-2026, Abidjan avait fixé le prix garanti aux producteurs à 2 800 FCFA le kilogramme, un niveau historique. Mais la chute des cours mondiaux a contraint les autorités à ramener ce prix à 1 200 FCFA/kg pour la campagne intermédiaire, ouverte de mars à août 2026.

 

Cette rupture a créé un important déséquilibre dans la filière. Le gouvernement a dû intervenir pour absorber une partie des stocks résiduels. Le programme exceptionnel portait sur 100 000 tonnes, rachetées à 2 800 FCFA/kg. Le CCC a annoncé début août l’achèvement de l’opération, pour un montant d’environ 280 milliards FCFA, tandis que l’enveloppe budgétaire annoncée pour le dispositif avait atteint 291 milliards FCFA.

 

L’intervention a permis de desserrer la pression sur les producteurs et les coopératives, mais elle a aussi révélé les fragilités du système. Des organisations professionnelles ont continué à demander davantage de transparence sur les volumes effectivement rachetés et les bénéficiaires de l’opération.

 

Une nouvelle campagne sous surveillance

 

Le paradoxe est désormais frappant : alors que la Côte d’Ivoire sort d’une crise de stocks, les arrivages de cacao ont fortement progressé sur la campagne écoulée.

 

Les arrivages cumulés aux ports d’Abidjan et de San Pedro approchaient 2 millions de tonnes à la mi-août, en hausse d'environ 21% sur un an. Ce rebond de l’offre intervient alors que le marché international s’est détendu après les déficits des précédentes campagnes.

 

Mais cette abondance relative ne garantit pas une campagne sans accroc.

 

Reuters rapportait le 26 août que le démarrage effectif de la grande campagne 2026-2027 pourrait être retardé de 8 à 10 semaines, en raison notamment de conditions météorologiques difficiles, d’un entretien insuffisant des plantations et d’une campagne intermédiaire particulièrement abondante.

 

Le CCC table sur une récolte principale d’environ 1,4 million de tonnes entre septembre 2026 et le 28 février 2027. Les exportateurs interrogés par Reuters envisagent plutôt une fourchette de 1,4 à 1,45 million de tonnes.

 

Le problème est donc moins la quantité annuelle que le calendrier des arrivages.

 

Environ 900 000 tonnes pourraient arriver dans les ports ivoiriens entre octobre et décembre 2026, contre environ 1,1 million de tonnes sur la même période l’année précédente. Si les arrivages restent faibles en septembre et octobre avant de s’accélérer brutalement à partir de novembre, les capacités de stockage et de manutention d’Abidjan et de San Pedro pourraient être fortement sollicitées.

 

Le deuxième front : la traçabilité

 

Cette éventuelle concentration des volumes arrive au pire moment pour les exportateurs.

 

À partir du 1er septembre 2026, la Côte d’Ivoire généralise son nouveau dispositif de traçabilité du café-cacao. La carte du producteur devient obligatoire pour les transactions, dans le cadre du déploiement du Système national de traçabilité.

 

L’objectif est double : mieux sécuriser la commercialisation et permettre à la Côte d’Ivoire de répondre aux exigences croissantes de ses marchés internationaux.

 

La pression est particulièrement forte du côté européen avec le règlement européen contre la déforestation, l’EUDR, dont l’application doit transformer les conditions d’accès au marché européen.

 

Pour les exportateurs, la traçabilité n’est donc plus une simple question de conformité administrative. Elle devient progressivement une condition de compétitivité commerciale.

 

Les acteurs devront être capables de documenter l’origine du cacao, d’identifier les parcelles et de sécuriser les données tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Or, la filière ivoirienne demeure confrontée à d’importantes difficultés de traçabilité, notamment en raison du recours à des intermédiaires.

 

C’est précisément pour cela que la nouvelle campagne constitue un test grandeur nature.

 

300 milliards FCFA pour financer la campagne

 

Cette transformation ne pourra toutefois pas se faire sans argent.

 

La BNI a prévu de mobiliser 300 milliards FCFA pour financer la campagne 2026-2027, soit environ 6% de plus que l’enveloppe de la campagne précédente. Cette ligne doit notamment soutenir les besoins de trésorerie des opérateurs ainsi que les investissements dans les équipements, le stockage, les infrastructures de séchage et la certification.

 

Le signal est important pour le secteur financier.

 

Le cacao n’est plus seulement une matière première agricole. C’est une chaîne de financement complexe qui mobilise producteurs, coopératives, négociants, transformateurs, banques, assureurs, logisticiens et infrastructures portuaires.

 

La capacité des banques à financer les achats et les stocks devient donc déterminante dans un environnement où les prix internationaux peuvent changer rapidement.

 

Les 107 agréés, un filtre stratégique

 

Dans ce contexte, la liste publiée par le CCC prend une dimension particulière.

 

Les 107 opérateurs agréés ne disposent pas du même poids économique. Les multinationales conservent une position centrale dans les achats, la transformation et l’exportation, tandis que les sociétés ivoiriennes et les coopératives constituent le maillage domestique indispensable à la collecte.

 

La question n’est donc pas simplement de savoir combien d’acteurs sont autorisés à exporter.

 

Il faudra surtout regarder qui financera les achats, qui contrôlera les flux, qui transformera le cacao et qui sera capable de satisfaire les nouvelles exigences de traçabilité.

 

Car dans la nouvelle économie du cacao, posséder une licence d’exportation ne suffira plus. Il faudra également disposer de capacités financières, logistiques, industrielles et numériques suffisamment solides pour suivre une fève depuis la plantation jusqu'au port, puis jusqu'au client final.

 

Le prix bord champ sera le prochain signal

 

Une inconnue majeure doit encore être levée.

 

Le prix bord champ de la campagne 2026-2027 doit être dévoilé mardi 1er septembre, lors de l’ouverture de la 10e édition des Journées nationales du cacao et du chocolat à Abidjan.

 

Ce prix donnera immédiatement une indication sur la manière dont le gouvernement entend répartir le risque entre producteurs, négociants et exportateurs après la violente correction du marché.

 

Après les 2 800 FCFA/kg de la campagne principale précédente et les 1 200 FCFA/kg de la campagne intermédiaire, l’annonce sera particulièrement scrutée par les producteurs.

 

Pour Abidjan, l’équation est désormais claire : maintenir l’attractivité de la production sans recréer les déséquilibres qui ont provoqué l’accumulation des stocks, tout en finançant la campagne et en garantissant la conformité aux nouvelles règles européennes.

 

Les 107 agréments constituent donc le point de départ, pas l’aboutissement.

 

La véritable bataille de la campagne 2026-2027 se jouera sur quatre fronts : le prix, le financement, la logistique et la traçabilité.

 

Et cette fois, le cacao ivoirien devra gagner les quatre.