Alors que l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) fait face à un déficit de 3,5 millions de logements et à une urbanisation galopante, un autre défi reste largement sous-estimé : la protection des biens immobiliers. Dans une région où l'assurance habitation demeure peu répandue, la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) veut changer la donne. À travers sa Feuille de route de Lomé, l'institution régionale appelle à faire de cette couverture un pilier du financement de l'habitat, convaincue qu'un marché immobilier durable ne peut se construire sans une meilleure gestion des risques.
L'enjeu est considérable. Selon la BOAD, l'UEMOA
devrait dépasser 300 millions d'habitants à l'horizon 2050, avec une population
désormais majoritairement urbaine. Cette pression démographique se traduit déjà
par un déficit estimé à 3,5 millions de logements, qui continuerait de croître
d'environ 800 000 logements par an sous l'effet de la demande.
Cette dynamique représente une formidable opportunité
pour les banques, les promoteurs immobiliers… mais aussi pour les assureurs.
Car chaque nouveau logement construit ou financé constitue potentiellement un
actif à protéger contre les incendies, les inondations, les catastrophes
naturelles ou les autres sinistres susceptibles de compromettre le patrimoine
des ménages.
Un marché encore largement inexploité
Si la BOAD insiste sur la nécessité de développer
l'assurance habitation, c'est parce que ce segment reste encore embryonnaire
dans la région.
Dans de nombreux pays de l'UEMOA, assurer son logement
n'est pas encore un réflexe. Une grande partie des habitations sont construites
progressivement grâce à l'épargne des ménages, sans recours au crédit bancaire.
Lorsque le logement est financé par un prêt, la souscription d'une assurance
habitation n'est pas toujours systématique, contrairement à ce qui est observé
dans plusieurs économies développées.
Ce retard s'inscrit dans un contexte plus large.
D'après le rapport 2025 de l'OCDE sur les marchés de capitaux africains,
l'Afrique ne représente que 0,9% du marché mondial de l'assurance. Le continent
affiche également des primes d'assurance par habitant 19 fois inférieures à la
moyenne mondiale, signe d'un secteur encore largement sous-développé.
L'OCDE souligne en outre que le taux de pénétration de
l'assurance en Afrique représente seulement 3,5% du PIB, soit environ la moitié
de la moyenne mondiale, ce qui limite la capacité des assureurs à jouer
pleinement leur rôle d'investisseurs institutionnels et de financeurs de long
terme.
Pourquoi la BOAD s'intéresse-t-elle à
l'assurance habitation ?
La réponse tient en une idée simple : un logement
financé mais non assuré fragilise l'ensemble de la chaîne de financement.
Dans sa Feuille de route, la BOAD recommande de «
sensibiliser et encourager la généralisation de l'assurance habitation » dans
l'espace UEMOA. Elle invite également les banques à jouer un rôle actif dans la
commercialisation de produits d'assurance adossés aux crédits immobiliers afin
de mieux protéger les actifs financés et de sécuriser la gestion des
copropriétés.
Pour les établissements bancaires, l'intérêt est
évident. Lorsqu'un bien immobilier servant de garantie est détruit par un
incendie ou gravement endommagé par une catastrophe naturelle, l'absence
d'assurance peut entraîner une perte de valeur du collatéral et accroître le
risque de défaut de remboursement. Une couverture adaptée protège à la fois
l'emprunteur et le prêteur.
Un relais de croissance pour les assureurs
Au-delà de la gestion des risques, la stratégie de la
BOAD ouvre de nouvelles perspectives commerciales aux compagnies d'assurance.
Le développement du crédit immobilier, la montée en
puissance attendue du refinancement hypothécaire et l'objectif d'accroître
l'offre de logements abordables devraient mécaniquement élargir le marché
potentiel de l'assurance habitation.
Cette évolution pourrait également renforcer le rôle
économique des assureurs. Les primes collectées constituent en effet une source
de ressources longues, susceptibles d'être investies dans les obligations, les
infrastructures ou d'autres actifs de long terme. L'OCDE rappelle d'ailleurs
que les compagnies d'assurance et les fonds de pension peuvent devenir des
investisseurs institutionnels majeurs, capables d'améliorer la liquidité des
marchés financiers et de soutenir le financement de l'économie.
Un changement de culture plus qu'une
réforme
La démocratisation de l'assurance habitation ne
dépendra toutefois pas uniquement de nouvelles règles.
Elle suppose aussi une évolution des comportements.
Beaucoup de ménages continuent de considérer cette couverture comme une dépense
facultative, alors qu'elle constitue avant tout un mécanisme de protection du
patrimoine familial. Dans un contexte où les épisodes climatiques extrêmes
deviennent plus fréquents et où les investissements immobiliers prennent de la
valeur, cette perception pourrait progressivement évoluer.
La BOAD semble d'ailleurs inscrire cette ambition dans
une vision plus large : construire un écosystème où banques, assureurs,
promoteurs et pouvoirs publics interviennent de manière complémentaire pour
sécuriser le financement du logement et renforcer la résilience du secteur
immobilier.
Une opportunité encore largement
inexploitée
En consacrant un principe entier à l'assurance
habitation, la BOAD envoie un signal clair : le développement du logement ne se
résume plus à construire davantage. Il s'agit désormais de protéger les
investissements réalisés, de réduire les risques supportés par les banques et
de faire émerger un marché assurantiel à la hauteur des besoins de l'UEMOA.
Pour les compagnies d'assurance, le véritable enjeu
n'est donc pas seulement de vendre davantage de contrats. Il est de s'imposer
comme un acteur incontournable de la chaîne de financement de l'habitat, à
mesure que le marché immobilier régional gagne en profondeur.
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