Le marché africain de l’assurance passe par une phase de
profonde transformation structurelle, marquée par l’intensification des
opérations de consolidation et de rapprochement.
Le marché africain de l’assurance
Malgré les fortes disparités régionales, le marché africain
de l’assurance affiche une croissance soutenue des primes émises. Entre 2004 et
2024, la taille du marché a presque doublé, passant de 37,6 milliards USD en
2004 à 73,6 milliards USD, 20 ans plus tard.
L'assurance vie demeure la principale source de primes avec
respectivement 69% et 64% du total des encaissements entre 2004 et 2024. Bien
que cette branche ait enregistré une croissance soutenue de 77,8 % au cours des
20 dernières années, l'assurance non-vie réalise une meilleure performance avec
une hausse de 135,9% des souscriptions au cours de la même période considérée.
Le marché reste toutefois dominé par l’Afrique du Sud, qui
enregistre à elle seule en 2024 près de 71% des primes totales du continent
contre 82% en 2004.
Hors Afrique du Sud, les faibles taux de pénétration et
densité d’assurance d’une grande majorité des pays africains révèlent un
important potentiel de croissance du marché.
Le marché africain de l'assurance : indicateurs clés :
2004-2024
En milliards USD
|
|
2004 |
2014 |
2024 |
|
Afrique | |||
|
Primes totales |
37,6 |
69 |
73,6 |
|
- Assurance vie |
26,2 |
45,8 |
47,1 |
|
– Assurance non-Vie |
11,4 |
23,2 |
26,5 |
|
Densité d'assurance en USD |
43 |
61 |
52,4 |
|
Taux de pénétration en % |
4,9 |
2,8 |
2,9 |
|
Afrique hors Afrique du Sud | |||
|
Densité d'assurance en USD |
8,31 |
18,33 |
18,35 |
|
Taux de pénétration en % |
0,37 |
0,39 |
1,02 |
|
Afrique du Sud | |||
|
Primes totales |
30,682 |
49,159 |
51,9 |
|
Part du marché africain |
81,60% |
71,20% |
70,70% |
|
Densité d'assurance en USD |
686,5 |
1 081 |
810,9 |
|
Taux de pénétration en % |
14,38 |
14 |
13 |
Sources : Fanaf et Sigma
Les fusions-acquisitions en Afrique, un fort potentiel de
développement de l’assurance
Porté par une forte croissance démographique et un important
potentiel de développement, le marché africain de l’assurance est dans une
phase de reconstruction avec en toile de fond la montée en puissance des
groupes panafricains.
Dans cette dynamique de marché, les opérations de
fusions-acquisitions (F&A) s’accélèrent et s’imposent comme un levier
stratégique d’expansion. Elles offrent aux groupes essentiellement africains un
accès rapide à des marchés à forte valeur ajoutée.
Au final les opérations de F&A permettent à ces acteurs
de poursuivre plusieurs objectifs, à savoir :
Cette démarche est particulièrement appliquée en Afrique du
Sud, au Maroc, au Kenya, en Egypte et dans la zone CIMA.
Les facteurs de développement des F&A en Afrique
Les exigences réglementaires
Le marché africain de l’assurance évolue sous l’effet des
réformes réglementaires. Les autorités de contrôle, qu’elles soient régionales
comme la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances, (CIMA) ou
nationales comme la NAICOM au Nigéria, la NIC au Ghana, l’IRA en Kenya et
l’ACAPS au Maroc, imposent des exigences strictes de solvabilité notamment au
niveau du capital minimum et des fonds propres des compagnies d’assurance et
autres acteurs du marché.
Ce durcissement réglementaire vise à renforcer la solidité
financière des assureurs, améliorer leur capacité à absorber les chocs
économiques, mieux protéger les assurés et attirer les investisseurs. Pour se
conformer aux nouvelles exigences de solvabilité, les compagnies privilégient
de plus en plus les opérations de rapprochement et de fusions-acquisitions sur
le continent.
A titre d’exemple, au Nigeria, la commission nationale des
assurances (NAICOM) a fortement relevé les exigences de capital minimum pour
les assureurs et réassureurs opérant dans le pays. Avec la nouvelle loi des
assurances, adoptée par le gouvernement début août 2025, la hausse des minima
de capital social atteint 400% pour les compagnies vie, 400% également pour les
compagnies non vie et 250% pour les réassureurs.
Relèvement du capital minimum des acteurs de l’assurance
en Afrique
Chiffres en USD
|
Date (1) |
Pays |
Branche d'activité |
Ancienne réglementation |
Nouvelle réglementation |
|
2025 |
Egypte |
Assurance vie et non vie |
4 912 500 |
11 900 000 |
|
Assureurs non vie (risques pétroliers, aviation et
énergie) |
6 000 000 |
12 900 000 | ||
|
2025 |
Nigeria |
Assurance non-vie |
2 000 000 |
9 800 000 |
|
Assurance vie |
1 300 000 |
6 500 000 | ||
|
Réassurance |
6 500 000 |
22 800 000 | ||
|
2022 |
Éthiopie |
Assurance non-vie |
1 100 000 |
7 500 000 |
|
Assurance vie |
283 000 |
1 900 000 | ||
|
2002 |
Tunisie |
Assurances multibranches |
2 185 800 |
3 440 000 |
|
Assurances monobranches |
728 600 |
1 030 000 | ||
|
2019 |
Ghana |
Assurance vie ou non-vie |
2 774 000 |
9 170 000 |
|
Réassurance |
7 396 000 |
22 920 000 | ||
|
Courtage assurance |
55 000 |
91 000 | ||
|
Courtage réassurance |
185 000 |
180 000 | ||
|
2016 |
Zone Cima |
Société anonyme d'assurance |
1 700 000 |
8 700 000 |
|
Mutuelle d'assurance |
3 500 000 |
5 200 000 |
(1) Date de la promulgation de la nouvelle
réglementation portant augmentation du capital social.
Sources : Atlas Magazine et Codes des assurances des pays
concernés.
Faible taille et fragmentation des marchés
De nombreux marchés africains de l’assurance sont de taille
réduite, ce qui favorise les mouvements de consolidation.
En Afrique de l’Ouest et notamment dans les pays du Sahel,
le marché reste très fragmenté, caractérisé par une kyrielle de petits acteurs.
Cette configuration incite les compagnies à engager des opérations de
rapprochement afin d’atteindre la taille critique, accroître leurs parts de
marché et renforcer leur compétitivité.
Recherche d’économie d’échelle et amélioration de la
rentabilité
Les opérations de rapprochement permettent aux compagnies
d’assurance de réaliser des économies d’échelle, d’optimiser leurs coûts de
fonctionnement et de distribution, notamment à travers la mutualisation des
réseaux d’agences, des systèmes de gestion des sinistres et des infrastructures
informatiques.
C’est la démarche adoptée ces dernières années par plusieurs
groupes panafricains comme Sanlam ou Old Mutual qui ont procédé à des
acquisitions sur différents marchés pour centraliser leurs infrastructures et
améliorer leur rentabilité.
Faible pénétration de l’assurance en Afrique
Dans un marché peu développé où le taux de pénétration de
l’assurance ne dépasse pas souvent les 3%, les assureurs n’ont d’autre choix
que la croissance externe comme moteur de développement. La croissance
organique étant très faible, les acquisitions et fusions demeurent la seule
solution pour accélérer la hausse du chiffre d’affaires.
Au Kenya, des opérations de rachat ont permis à des groupes
régionaux d’élargir rapidement leur base de clients, en particulier dans les
segments de l’assurance agricole et de l’assurance santé, contribuant ainsi à
une meilleure couverture assurantielle.
Montée des groupes panafricains
La percée des groupes panafricains, avec à leur tête les
assureurs sud-africains, renforce significativement la dynamique des
transactions de F&A. Aux côtés des groupes locaux, ces acteurs cherchent à
s’implanter rapidement sur des marchés peu développés mais à fort potentiel de
croissance.
Les stratégies d’entrée reposent souvent sur des opérations
d’acquisitions ou des prises progressives de participation dans des compagnies
locales déjà établies, ce qui permet un accès rapide aux réseaux de
distribution et aux parts de marché.
Cette logique d’expansion externe constitue un véritable
accélérateur des opérations de F&A sur le continent, en favorisant la
consolidation progressive du secteur et l’émergence de groupes de dimension
régionale ou continentale.
La stratégie adoptée par Sanlam illustre bien le rôle
d’accélérateur des fusions-acquisitions. Exemple, dans un passé récent, le
groupe marocain Saham a fortement renforcé son implantation dans plusieurs
pays, en particulier dans ceux de la zone CIMA avant d’être absorbé lui-même
par le sud-africain Sanlam.
Pour étendre encore plus sa couverture géographique et
diversifier son portefeuille, Sanlam a continué à tisser sa toile en signant un
partenariat avec l’assureur allemand Allianz pour finalement aboutir à la
structure Sanlam/Allianz.
Diversification des risques
Les assureurs tendent de diversifier leur portefeuille, en
opérant dans plusieurs pays, ce qui leur permet de limiter leur exposition aux
aléas propres à un seul marché. Cette stratégie favorise la mutualisation des
risques entre différentes zones géographiques et économiques. Elle contribue
également à stabiliser les résultats et à renforcer la résilience financière
des groupes d’assurance.
A titre d’exemple, des groupes panafricains comme Sanlam,
NSIA, Sunu ou Old Mutual sont présents dans plusieurs pays. Le fait de
diversifier les risques, leur permet d’atténuer l’impact d’événements locaux,
tels que les catastrophes naturelles ou les chocs économiques.
Pression concurrentielle
La pression concurrentielle sur les marchés africains
constitue un facteur clé de développement des opérations de
fusions-acquisitions. L’expansion des groupes régionaux intensifie la
concurrence. Dans ce contexte, les compagnies sont incitées à renforcer leur
positionnement afin de préserver, voire accroître leurs parts de marché.
C’est notamment le cas du Maroc et du Kenya, où la présence
de groupes régionaux a entraîné des rapprochements entre acteurs locaux pour
rester compétitifs face à des sociétés mieux capitalisées.
Principaux groupes menant des opérations de F&A en
Afrique
Aux côtés de Sanlam, d’autres groupes africains recourent
également aux opérations de fusions-acquisitions pour accélérer leur
développement sur le continent africain. On retrouve parmi ces acteurs :
►
Le groupe SUNU, un acteur clé de l'assurance vie en Afrique
subsaharienne francophone grâce à des acquisitions ciblées. Ces dernières lui
ont permis d’étendre rapidement son réseau régional et de consolider sa
position sur les marchés de la zone CIMA. Fondé en 1998 par Pathé Dione (décédé
en 2023), le Groupe SUNU est présent dans 17 pays d’Afrique de l’ouest et
centrale. Son chiffre d'affaires atteint 390 millions USD en 2024.
►
Le groupe NSIA qui a réalisé plusieurs opérations stratégiques
de fusions-acquisitions dans le secteur bancaire et financier afin de renforcer
sa présence régionale et diversifier ses activités. Le groupe est présent dans
15 pays et détient un chiffre d’affaires assurance de 300 millions USD en 2024.
► Le
sud-africain Old Mutual, un acteur historique très actif. Il figure
parmi les leaders de l'activité vie et gestion d'actifs sur le continent. Il
est présent dans 11 pays, notamment en Afrique australe et de l'Est. Son
chiffre d’affaires assurance s’établit à 1,4 milliard USD en 2024.
► Le
groupe sud-africain Hollard, via sa division Hollard International
(HINT), qui est un des acteurs les plus dynamiques de la consolidation du
marché de l'assurance en Afrique subsaharienne durant la période 2024-2026.
Créé en 1980, le groupe mène une stratégie d'expansion agressive combinant
acquisitions directes et partenariats stratégiques pour construire un groupe
panafricain intégré. L’acquisition de Global Alliance Seguros auprès d’Absa au
Mozambique (opération finalisée en mai 2025) et de Absa Life au Botswana est
une de ses dernières transactions. Son chiffre d’affaires assurance s’établit à
1,28 milliard USD en 2024.
► Wafa
Assurance, filiale du groupe Attijariwafa Bank, qui développe une stratégie
d'expansion panafricaine alliant la création de filiales et des opérations de
rachat (F&A). Le groupe marocain a acquis en 2019 des participations
majoritaires dans les assureurs camerounais Pro Assur SA (65 %) et Pro Assur
Vie (89,4 %). Wafa Assurance a également racheté 63,4% de l’égyptien Delta
Insurance. Le groupe marocain a enregistré 1,266 milliards USD de primes en
2024.
►
Enfin, Chedid Capital, acteur majeur du courtage en assurance et
réassurance. La transaction la plus significative du groupe en Afrique est le
rachat du Groupe Ascoma, premier réseau indépendant de courtage en Afrique
subsaharienne. Cette opération a permis à Chedid Capital de prendre le contrôle
d'un réseau de 23 filiales de courtage réparties dans 21 pays africains.
Avec Atlas Mag
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