Le groupe bancaire sud-africain entend faire de l’Afrique de l’Ouest un relais majeur de croissance, en misant notamment sur le Nigéria, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Son ambition : porter les revenus générés dans la région à un niveau comparable à celui de ses opérations sud-africaines.
L’Afrique de l’Ouest occupe une place croissante dans
les ambitions de Standard Bank Group. Le groupe bancaire sud-africain veut
doubler ses activités dans la région d’ici 2030, porté par les perspectives de
croissance de plusieurs économies et les besoins de financement des
entreprises. L’objectif a été présenté par Luvuyo Masinda, responsable de la
banque d’entreprise et d’investissement du groupe, dans un entretien rapporté
par Bloomberg le 9 octobre 2026.
L’ambition dépasse une simple progression commerciale.
Standard Bank veut que les revenus tirés de ses activités ouest-africaines
atteignent, à terme, un niveau comparable à celui de ses opérations en Afrique
du Sud. À ce stade, les revenus de la région représentent environ la moitié de
ceux générés sur son marché domestique, selon les informations rapportées par
Bloomberg.
Pour y parvenir, le groupe entend profiter des
transformations économiques en cours dans plusieurs pays, notamment au Nigéria,
au Ghana et en Côte d’Ivoire. Ces marchés présentent des profils différents,
mais partagent des besoins importants en financement des entreprises, en
infrastructures et en accompagnement des échanges commerciaux.
Le Nigéria, moteur des ambitions
régionales
Avec son poids démographique, la taille de son
économie et ses ressources naturelles, le Nigéria constitue un marché
incontournable pour les banques qui cherchent à renforcer leur présence en
Afrique de l’Ouest. Les réformes engagées sur le marché des changes, dans la
gestion macroéconomique et dans le secteur énergétique contribuent à modifier
la perception des investisseurs, même si les risques restent importants.
Pour les établissements financiers, les besoins ne se
limitent pas au crédit classique. Les entreprises présentes dans les secteurs
de l’énergie, des infrastructures et des ressources naturelles ont également
besoin de financements structurés, de garanties, de solutions de couverture
contre les risques de change et de services facilitant leurs transactions
internationales.
C’est précisément sur ce segment que la banque
d’entreprise et d’investissement peut jouer un rôle déterminant. En
accompagnant les grands projets et les entreprises qui interviennent dans
plusieurs pays, Standard Bank peut chercher à accroître ses revenus sans
dépendre uniquement de l’augmentation des crédits distribués.
Cette stratégie s’inscrit dans une dynamique plus
large du groupe. En mars 2026, lors de la présentation de ses orientations
stratégiques, Standard Bank avait déjà mis en avant les perspectives liées au
commerce intra-africain, aux investissements dans les infrastructures et à la
transformation numérique des services bancaires.
La Côte d’Ivoire et le Ghana dans le
viseur
La Côte d’Ivoire figure également parmi les marchés
cités dans les ambitions de croissance du groupe. Standard Bank y dispose d’une
présence institutionnelle depuis 2013 et a obtenu une licence bancaire complète
en 2016. Sa filiale Stanbic Bank a ensuite commencé à proposer des services de
banque d’entreprise et d’investissement à Abidjan en 2017, selon les
informations publiées par le groupe.
Le marché ivoirien présente plusieurs débouchés pour
une banque tournée vers les entreprises : financement du commerce,
accompagnement des investissements, opérations de change et financement de
projets. L’activité économique du pays et son rôle de plateforme régionale
peuvent aussi intéresser les groupes qui cherchent à servir des entreprises
opérant dans plusieurs économies de l’Union économique et monétaire
ouest-africaine (UEMOA).
Le Ghana complète ce dispositif. Standard Bank y est
présent dans la banque de détail ainsi que dans les services aux entreprises et
la banque d’investissement. Le groupe indique que sa filiale y figure parmi les
principales banques du pays en matière d’actifs.
La présence dans ces trois marchés offre ainsi au
groupe un point d’appui pour accompagner les entreprises dont les chaînes
d’approvisionnement, les investissements ou les activités commerciales
dépassent les frontières nationales.
Une ambition confrontée aux risques
économiques
Le doublement annoncé des activités ouest-africaines
reste toutefois un objectif stratégique, et non un résultat acquis. Sa
réalisation dépendra notamment de l’évolution des économies ciblées, de la
capacité des entreprises à investir et de la demande de services financiers.
Les risques de change, les tensions inflationnistes,
le coût du crédit et les incertitudes réglementaires peuvent peser sur la
rentabilité des opérations bancaires. Au Nigéria, les réformes économiques
peuvent ouvrir de nouvelles possibilités, mais elles s’accompagnent aussi de
coûts d’ajustement. Au Ghana, la stabilisation macroéconomique et les
conditions de financement resteront déterminantes pour les entreprises. En Côte
d’Ivoire, la capacité à transformer la croissance économique en projets bancables
constitue également un enjeu.
La concurrence sera un autre facteur à surveiller. Les
banques déjà implantées dans la région disposent de relations établies avec les
entreprises, les institutions publiques et les investisseurs. Pour gagner des
parts de marché, Standard Bank devra donc démontrer sa capacité à proposer des
financements compétitifs, une expertise sectorielle et des solutions adaptées
aux besoins des opérateurs locaux.
L’enjeu est aussi de préserver la qualité des actifs.
Une croissance rapide du portefeuille de crédits ne garantit pas, à elle seule,
une amélioration durable des revenus. La sélection des projets, la maîtrise du
risque de crédit et la capacité à générer des commissions sur les services
bancaires seront essentielles pour soutenir l’expansion.
Le financement du commerce comme levier de
croissance
L’ambition de Standard Bank intervient alors que les
besoins de financement des entreprises africaines demeurent importants,
notamment dans les infrastructures, l’énergie et le commerce régional.
L’intensification des échanges entre pays africains peut accroître la demande
de financement des importations et des exportations, de gestion de trésorerie,
de paiements transfrontaliers et de couverture des risques financiers.
Pour les entreprises ouest-africaines, le renforcement
de la présence de grands groupes bancaires internationaux peut élargir
l’éventail des solutions disponibles, en particulier pour les opérations
complexes et les projets nécessitant des ressources importantes. Mais les
retombées dépendront des secteurs financés, des entreprises effectivement
accompagnées et des conditions proposées.
Pour Standard Bank, l’objectif fixé à 2030 traduit
surtout une volonté de rééquilibrer ses sources de revenus sur le continent.
L’Afrique du Sud demeure son marché domestique de référence, mais le groupe
entend tirer davantage parti des perspectives offertes par les autres économies
africaines.
Le cap est fixé. Reste à transformer cette ambition en
financements effectivement déployés, en nouveaux clients et en revenus
durables. C’est à cette aune que se mesurera, d’ici 2030, la réussite de son
pari ouest-africain.
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