News
  • 26/08/2026

Banques en Côte d’Ivoire : 55,5 milliards de dollars de bilan, un capital à 55% non national

Au 31 décembre 2025, les 33 établissements de crédit agréés en Côte d’Ivoire affichaient un total de bilan de 31 198,6 milliards FCFA, soit près de 55,5 milliards de dollars. Derrière cette puissance financière se dessine un secteur bancaire concentré, fortement ouvert aux capitaux non nationaux et employant plus de 11 000 personnes.

 

Le système bancaire ivoirien a changé d’échelle. Les chiffres du rapport annuel de la Commission bancaire de l’UMOA montrent qu’à fin 2025, 33 établissements de crédit étaient agréés en Côte d’Ivoire, dont 29 banques et quatre établissements financiers.

 

Ensemble, ils cumulaient 31 198,6 milliards FCFA de total de bilan, soit plus de 31 000 milliards FCFA d’actifs et d’engagements inscrits dans leurs bilans. Un volume qui confirme le poids de la Côte d’Ivoire comme l’un des principaux marchés bancaires de l’UEMOA.

 Mais derrière ce chiffre global, le marché reste marqué par une forte concentration.

 

Cinq banques concentrent près de la moitié des bilans

 

La Société Générale Côte d’Ivoire (SGCI) arrive en tête avec un total de bilan de 3 783,4 milliards FCFA. Elle est suivie par la Banque Nationale d’Investissement (BNI), à 3 210,3 milliards FCFA, et NSIA Banque Côte d’Ivoire, à 3 076,1 milliards FCFA.

 

Viennent ensuite Banque Atlantique Côte d’Ivoire, avec 2 418,7 milliards FCFA, puis Ecobank Côte d’Ivoire, avec 2 048,2 milliards FCFA.

 

À elles seules, ces cinq banques représentent environ 14 537 milliards FCFA, soit 46,6% du total de bilan du secteur. Les trois premières concentrent déjà près de 31% du marché.

 

Cette concentration ne signifie toutefois pas que le secteur soit fermé à la concurrence. Le paysage s’est progressivement densifié avec l’arrivée de nouveaux acteurs, notamment AFG Bank Côte d’Ivoire, agréée en 2023, et Zenith Bank Côte d’Ivoire, dont l’agrément date du 12 décembre 2025.

 

780 milliards FCFA de capital, mais une majorité détenue par des intérêts non nationaux

 

Autre enseignement majeur du tableau : la structure de propriété du secteur.

 

Le capital social cumulé des établissements agréés atteint 779,97 milliards FCFA. Mais seulement 118,2 milliards FCFA sont détenus par l’État ivoirien, contre 232,3 milliards FCFA pour les intérêts privés nationaux et 429,5 milliards FCFA pour les actionnaires non nationaux.

 

Autrement dit, les capitaux non nationaux représentent environ 55,1% du capital du secteur, contre 29,8% pour les capitaux privés nationaux et 15,2% pour l’État.

 

Cette configuration illustre l’internationalisation du système bancaire ivoirien. Elle traduit également la place occupée par les groupes bancaires panafricains et internationaux dans le financement de l’économie.

 

À l’échelle des banques, Orabank Côte d’Ivoire dispose du capital social le plus élevé, à 69,4 milliards FCFA, devant AFG Bank Côte d’Ivoire, à 60,6 milliards FCFA. Plusieurs autres établissements affichent des niveaux de capital autour de 40 milliards FCFA, notamment BGFI Bank Côte d’Ivoire, Bank of Africa Côte d’Ivoire et Stanbic Bank.

 

8,26 millions de comptes : la bancarisation change de dimension

 

Le nombre de comptes constitue un autre indicateur particulièrement révélateur. Les établissements recensés totalisent 8,26 millions de comptes.

 

La performance d’Orange Bank Africa ressort nettement avec 2,39 millions de comptes, soit près de 29% du total recensé. L’établissement devance très largement les autres banques sur cet indicateur.

 

La performance est d’autant plus remarquable que son modèle repose fortement sur la distribution numérique et les usages liés à la finance digitale. Elle illustre surtout la transformation du rapport des populations ivoiriennes aux services financiers : le développement de nouveaux canaux permet désormais aux établissements de toucher une clientèle beaucoup plus large que le réseau bancaire classique.

 

Il faut toutefois éviter de confondre nombre de comptes et nombre de clients bancarisés : un même client peut détenir plusieurs comptes, tandis que les méthodes de comptabilisation peuvent différer selon les établissements.

 

868 agences et bureaux pour irriguer le marché

 

Le réseau physique reste néanmoins loin d’avoir disparu.

 

Les établissements agréés disposent ensemble de 868 agences et bureaux constituant leur réseau. SGCI arrive en tête avec 90 points de présence, devant AFG Bank Côte d’Ivoire avec 87, NSIA Banque avec 86, Banque Atlantique avec 71 et la Société Ivoirienne de Banque avec 67.

 

Le contraste est intéressant : la banque ivoirienne avance simultanément sur deux fronts. D’un côté, le réseau physique continue de structurer la relation avec la clientèle. De l’autre, la progression des comptes, notamment chez les acteurs numériques, pousse le secteur vers des modèles de distribution beaucoup moins dépendants des agences.

 

Plus de 11 000 emplois directs

 

Le secteur bancaire et financier conserve enfin un poids significatif sur le marché du travail.

 

Les établissements recensés emploient 11 190 personnes, dont 6 672 cadres et 4 518 autres employés.

 

SGCI est le premier employeur du secteur avec 1 212 salariés, devant NSIA Banque Côte d’Ivoire avec 944, BNI avec 934, Banque Atlantique avec 982 et la Société Ivoirienne de Banque avec 966.

 

Le secteur ne se résume donc pas à ses bilans. Il constitue également une importante infrastructure de services, de compétences et d’emplois qualifiés pour l’économie ivoirienne.

 

Une industrie bancaire à deux vitesses

 

Le tableau de la Commission bancaire fait finalement apparaître une industrie bancaire ivoirienne à deux vitesses.

 

Une première partie du marché est dominée par quelques établissements disposant de plusieurs milliers de milliards FCFA de bilan et d’un réseau national dense. Une seconde dynamique est portée par les nouveaux entrants et les modèles numériques, capables de multiplier rapidement les comptes sans nécessairement disposer d’un réseau physique comparable.

 

Le paradoxe est là : le système bancaire ivoirien est à la fois fortement concentré par les actifs, largement ouvert aux capitaux étrangers et en pleine démocratisation par les canaux numériques.

 

Avec près de 31 200 milliards FCFA de bilan, 780 milliards FCFA de capital, 8,26 millions de comptes et plus de 11 000 emplois, la photographie arrêtée au 31 décembre 2025 confirme surtout une chose : la banque ivoirienne n’est plus seulement un intermédiaire financier. Elle est devenue l’une des infrastructures centrales de l’économie nationale.