Le Zimbabwe tient peut-être l’un de ses premiers résultats monétaires véritablement encourageants depuis le lancement du Zimbabwe Gold (ZiG). En août 2026, l’inflation annuelle mesurée dans la monnaie locale est tombée à 2,9%, son plus bas niveau depuis 1980. Pour la Reserve Bank of Zimbabwe, cette performance ne constitue pas seulement une victoire contre l’inflation : elle doit servir de socle à la restauration de la crédibilité du ZiG et, à terme, à une possible transition vers un système monétaire à monnaie unique.
Le chiffre est spectaculaire par son contraste
avec le passé récent. L’inflation annuelle en ZiG est passée de 3,2% en juillet
à 2,9 % en août 2026. Sur un mois, la hausse des prix est restée contenue à 0,1%.
Dans le même temps, l’inflation annuelle exprimée en dollars américains s’est
maintenue à 3,1%, tandis que les prix libellés en dollar n’ont enregistré
aucune progression sur le seul mois d’août.
Pour la banque centrale, le message est clair. La stabilité des prix commence à devenir durable. Et c’est précisément ce que Harare cherche à démontrer après plusieurs années au cours desquelles la monnaie locale a été associée à une forte érosion du pouvoir d’achat et à une préférence massive des agents économiques pour le dollar américain.
Du traumatisme monétaire à la désinflation
La trajectoire parcourue en quelques mois mérite
d’être regardée de près. En janvier 2026, l’inflation annuelle en ZiG
s’établissait encore à 4,1%. Elle est désormais tombée à 2,9%. La RBZ rappelle
que le passage sous la barre des 10% dès janvier constituait déjà une première
depuis plus de trois décennies.
Cette désinflation est intervenue dans un
contexte de stabilisation beaucoup plus large. La banque centrale affirme avoir
renforcé la gestion des réserves de change et la discipline monétaire, tandis
que les entrées de devises et l’accumulation de réserves contribuent à soutenir
le marché des changes. À fin juillet, les réserves en devises étaient estimées
à environ 1,7 milliard de dollars, soit près de 1,7 mois de couverture des
importations.
La stratégie consiste donc à casser le cercle
vicieux qui avait longtemps fragilisé le système monétaire : inflation élevée,
perte de confiance dans la monnaie locale, recherche de dollars, pression sur
le taux de change, puis nouvelle accélération des prix.
Le Zimbabwe tente désormais de construire le
mouvement inverse : stabilité du taux de change, inflation maîtrisée,
amélioration de la confiance et, progressivement, retour de la monnaie locale
dans les décisions économiques.
Le vrai enjeu n’est pourtant pas seulement
l’inflation
C’est ici que le communiqué de la RBZ devient
particulièrement intéressant.
La banque centrale ne considère pas les 2,9%
comme une fin en soi. Elle présente la stabilité des prix comme la première
d’une série de huit conditions préalables nécessaires avant que le pays puisse
envisager une transition vers un système de monnaie unique.
L’objectif est particulièrement ambitieux. Le
Zimbabwe fonctionne encore dans un environnement monétaire où le ZiG et le
dollar américain coexistent dans les transactions. Pour passer à une
utilisation exclusive du ZiG pour les opérations domestiques, Harare veut
d’abord convaincre les ménages, les entreprises et les investisseurs que la
monnaie locale est suffisamment stable, prévisible et fiable.
Autrement dit, le Zimbabwe ne veut plus décréter
la souveraineté monétaire. Il veut d’abord la rendre crédible.
La première condition consiste notamment à
maintenir l’inflation dans la fourchette de convergence macroéconomique de la
SADC, comprise entre 3% et 7%, et à conserver une inflation à un chiffre
pendant au moins 24 mois. Le baromètre présenté par la RBZ indique qu’en août,
le pays comptabilisait huit mois consécutifs d’inflation annuelle à un chiffre.
Le chemin est donc encore long.
Le ZiG doit désormais gagner la bataille de la
confiance
Car une inflation faible ne suffit pas
automatiquement à faire d’une monnaie une monnaie forte.
Une devise peut afficher une inflation maîtrisée
tout en restant peu utilisée comme réserve de valeur. C’est précisément le défi
auquel le Zimbabwe est confronté.
La stabilité récente du marché des changes
constitue un élément favorable. Le taux interbancaire moyen s’établissait
autour de 26,63 ZiG pour 1 dollar au 24 août, selon les données de la RBZ.
Mais l’existence persistante d’un écart entre le
marché officiel et le marché parallèle rappelle que la confiance n’est pas
encore totalement restaurée. La stabilité statistique de l’inflation doit
désormais se traduire dans les comportements économiques : épargne en ZiG,
dépôts à plus long terme, fixation des prix, contrats et décisions
d’investissement.
C’est probablement là que se jouera la prochaine
bataille.
Harare veut transformer la désinflation en
capital politique et économique
La RBZ assume donc désormais un discours beaucoup
plus offensif. Dans sa communication du 25 août, elle présente les résultats
obtenus comme la preuve que la cohérence de la politique économique et la
crédibilité de la banque centrale commencent à produire des effets.
Le raisonnement est simple : si le ZiG conserve
durablement son pouvoir d’achat, les agents économiques auront moins de raisons
de se réfugier dans le dollar.
Et si cette confiance se consolide, le
gouvernement pourra progressivement réduire la dépendance du système économique
à la monnaie américaine.
La banque centrale vise ainsi une inflation
annuelle moyenne d’environ 5% à la fin de 2026, tout en maintenant l’inflation
mensuelle sous 1%.
Cette cible est importante. Elle montre que
Harare ne cherche pas une simple baisse ponctuelle de l’inflation, mais une stabilisation
durable compatible avec les critères de convergence régionale.
Une victoire, mais pas encore un retour à la
normale
Il serait toutefois prématuré de considérer le
chiffre de 2,9% comme la preuve définitive du succès du ZiG.
L’inflation annuelle mesure l’évolution des prix
sur douze mois et peut être influencée par des effets de base. Les chiffres
mensuels constituent donc un indicateur complémentaire essentiel. Or, de ce
côté également, le tableau est actuellement favorable : les prix en ZiG n'ont
progressé que de 0,1% en août et ceux exprimés en dollars n’ont pas augmenté
sur le mois.
Le véritable test sera la durée.
Le Zimbabwe doit maintenant démontrer que cette
stabilité peut survivre aux chocs extérieurs, aux variations des recettes
d’exportation, aux besoins budgétaires et aux éventuelles tensions sur le
marché des changes.
Car l’histoire monétaire récente du pays a laissé
une cicatrice profonde : la confiance se perd en quelques mois et se
reconstruit en plusieurs années.
Avec 2,9%, Harare vient donc de franchir une
étape importante. Mais la prochaine victoire ne sera pas un nouveau dixième de
point gagné sur l’inflation.
Elle sera beaucoup plus difficile à obtenir : convaincre
les Zimbabwéens que le ZiG mérite d’être conservé.
C’est à cette condition seulement que le projet
de monnaie unique cessera d’être une ambition affichée par la banque centrale
pour devenir une véritable option économique.
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