Le Cameroun continue de montrer des signes de résilience, mais le chemin vers une croissance soutenue reste semé d’embûches. C’est le message principal de la mission 2026 du Fonds monétaire international (FMI), qui s’est rendue dans le pays du 29 janvier au 12 février, sous la conduite de Christine Dieterich. L’objectif : évaluer la santé économique dans le cadre de la consultation annuelle au titre de l’article IV.
En 2025, la croissance économique a ralenti, passant
de 3,5% en 2024 à 3,1%. Les tensions postélectorales ont perturbé le commerce,
les services et l’investissement, freinant la demande intérieure. L’inflation,
elle, a continué de reculer, se stabilisant à 3,4% en décembre.
Le FMI note également un affaiblissement de la
position extérieure du pays. Le déficit courant devrait atteindre 3,9% du PIB,
contre 3,3% l’an dernier, sous l’effet d’une baisse des exportations
pétrolières. Malgré ce recul, la contribution du Cameroun aux réserves
régionales de la CEMAC est restée stable, grâce notamment aux emprunts
extérieurs aux conditions du marché.
Les finances publiques ont été mises à rude épreuve.
Le déficit global s’élève à 2% du PIB, contre 1,5% en 2024, tandis que le
déficit primaire hors pétrole atteint 2,6%. Cette détérioration résulte d’une
contre-performance des recettes non pétrolières et d’un dépassement des
dépenses courantes, qui ont absorbé le retard des investissements. La mission
du FMI souligne que le risque de surendettement reste élevé, accentué par des
pressions sur le financement à court terme.
Pour 2026, le FMI prévoit un redressement de la
croissance à 3,3%, soutenu par un regain d’investissement public et une
atténuation progressive des incertitudes. Un rebond plus marqué est attendu en
2027-2028, mais il dépendra de la résolution des goulets d’étranglement dans le
secteur énergétique. À moyen terme, la diversification du secteur minier
pourrait porter la croissance à 4,6% d’ici 2031. L’inflation devrait, elle, se
stabiliser autour de 2,5%.
La mission a salué le budget 2026, qui vise un déficit
de 1,7% du PIB. Elle a toutefois alerté sur des risques persistants :
volatilité des prix des matières premières, hausse des taux d’intérêt mondiaux,
vulnérabilités du marché de la dette, tensions sécuritaires et défis
climatiques. Les carences dans la gestion des finances publiques restent un
point sensible.
Pour sécuriser la trajectoire économique, le FMI
recommande des réformes structurelles ambitieuses : améliorer l’accès au
financement, renforcer la planification et la mise en œuvre des
investissements, élargir le financement concessionnel des infrastructures,
augmenter les recettes non pétrolières et approfondir le marché régional du
Trésor. La gestion des finances publiques doit être renforcée, avec un suivi
strict des engagements et un calendrier réaliste pour résorber les arriérés de
l’État.
Christine Dieterich a également insisté sur la mise en
œuvre des recommandations du diagnostic de gouvernance de 2023, notamment la
transparence, l’audit et la lutte contre la corruption. Le conseil
d’administration du FMI devrait examiner le rapport final sur le Cameroun fin
mars.
En résumé, le Cameroun a su résister aux chocs
récents, mais sa croissance future dépendra de sa capacité à transformer cette
résilience en mesures concrètes. Sans réformes structurelles et gestion
budgétaire stricte, le pays pourrait rester en marge de son potentiel
économique.
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