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  • 23/02/2026

Cameroun / Energie : ENEO rachetée, l’État hérite d’un défi colossal

Au Cameroun, le secteur électrique entre dans une nouvelle ère. L’État a racheté ENEO, le principal fournisseur d’électricité, pour 78 milliards FCFA (environ 140,3 millions de dollars). Mais derrière cette transaction se cache une réalité bien plus lourde : l’entreprise traîne une dette historique de 800 milliards FCFA, soit 1,4 milliard de dollars.

 

Cette nationalisation n’est pas un simple geste politique. Elle traduit un impératif stratégique : reprendre le contrôle d’un service vital et sécuriser l’approvisionnement électrique pour les entreprises et les ménages. Selon le ministère camerounais de l’Énergie, “le rachat d’ENEO permettra de mieux planifier les projets hydrauliques et d’assurer la stabilité des tarifs pour la population” (source : ministère de l’Énergie, 2025).

 

Le barrage de Nachtigal, l’un des projets hydroélectriques majeurs du pays, impose déjà des frais mensuels de 10 milliards FCF(18 millions de dollars). Ces charges, cumulées à la dette colossale, créent une pression financière intense sur l’État. Pour débloquer le financement du barrage de Kikot (500 MW), la Banque mondiale exige désormais des réformes structurelles profondes dans le secteur.

 

Plusieurs alternatives existaient. L’État aurait pu réguler ENEO, soutenir financièrement l’entreprise privée ou chercher des partenariats public-privé. Mais ces options présentaient un risque majeur : continuer à soutenir un monopole privé surendetté aurait pu fragiliser les finances publiques et maintenir des tarifs instables pour les consommateurs.

 

Avec la nationalisation, l’État assume directement la gestion de la dette et des projets stratégiques. L’enjeu est double : maîtriser les coûts tout en assurant la continuité du service. Des experts comme Jean-Claude Mukuna, économiste à Yaoundé, avertissent : “Le succès dépendra de la capacité du gouvernement à restructurer ENEO et à instaurer une gestion transparente et efficace.”

 

Le dossier ENEO illustre parfaitement le dilemme des États africains : comment reconcilier souveraineté stratégique et viabilité financière dans des secteurs essentiels. La balle est désormais dans le camp du gouvernement camerounais, et la population, tout comme les investisseurs, scrutent attentivement les prochaines réformes.