La République centrafricaine veut changer de logiciel économique.
Sur le réseau social X (ex-Twitter), le président Faustin-Archange
Touadéra a affirmé que « les années à venir marqueront une nouvelle ère :
innovation, indépendance économique et opportunités », soulignant que « la
tokenisation et la blockchain joueront un rôle crucial ». Son message était
accompagné d’un hashtag explicite : $CAR, la crypto-monnaie centrafricaine
lancée en avril 2025.
Cette prise de parole présidentielle ne relève pas de
la simple communication technophile. Elle s’inscrit dans une stratégie
politique et économique assumée, visant à repositionner la Centrafrique dans
l’économie mondiale à travers les technologies financières décentralisées.
La tokenisation consiste à transformer des actifs
réels ou immatériels — ressources naturelles, projets, droits ou services — en
unités numériques échangeables sur une blockchain. En théorie, elle facilite
l’accès au financement, réduit les intermédiaires et permet de capter des
investisseurs au-delà des circuits financiers traditionnels.
Pour Bangui, l’enjeu est structurel. L’économie
centrafricaine reste contrainte par une base productive limitée, une forte
dépendance à l’aide extérieure et une perception de risque élevée. Dans ce
contexte, la blockchain apparaît comme un outil de contournement, mais aussi
comme un levier de visibilité internationale.
Le lancement du token $CAR, en avril 2025, s’inscrit
dans la continuité de cette approche. Après l’adoption du bitcoin comme monnaie
légale en 2022, Faustin-Archange Touadéra poursuit une ligne claire : faire de
la Centrafrique un terrain d’expérimentation monétaire et financière en
Afrique.
Le discours présidentiel associe explicitement
innovation technologique et souveraineté économique. En mettant en avant «
l’indépendance économique », le chef de l’État défend l’idée que les
technologies décentralisées peuvent réduire la dépendance aux bailleurs
traditionnels et redonner une marge de manœuvre à l’État.
Mais l’économie réelle impose des garde-fous. Une
crypto-monnaie nationale ne crée pas de valeur par elle-même. Sans cadre
réglementaire robuste, sans gouvernance transparente, sans usages économiques
concrets et sans confiance institutionnelle, l’innovation reste symbolique.
Les expériences africaines et internationales montrent
que la blockchain peut être un accélérateur, jamais un substitut aux réformes
structurelles. Elle ne remplace ni l’État, ni la crédibilité budgétaire, ni la
stabilité politique.
En plaçant la tokenisation au cœur de son discours,
Faustin-Archange Touadéra tente néanmoins un repositionnement stratégique. Il
cherche à faire évoluer le récit international de la Centrafrique, d’un pays
perçu uniquement à travers ses fragilités vers celui d’un État qui expérimente,
innove et prend des risques.
Le pari est audacieux.
Il est aussi profondément politique.
Car au-delà du hashtag et du symbole numérique, une
seule question demeure :
la blockchain sera-t-elle un outil structurant du développement centrafricain,
ou un nouvel épisode d’un récit économique encore inachevé ?
En économie, comme en politique, ce sont toujours les
résultats qui finissent par parler.
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