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  • 30/06/2026

CEMAC : La BEAC baisse ses taux et ouvre un nouveau cycle monétaire pour soutenir la croissance

Après plusieurs années de resserrement monétaire destiné à contenir l'inflation et à reconstituer les réserves de change, la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC) amorce un tournant. Réuni le 29 juin à Yaoundé, son Comité de politique monétaire a décidé d'abaisser ses principaux taux directeurs et d'alléger les réserves obligatoires des banques. Une inflexion prudente qui traduit la confiance retrouvée de la banque centrale dans les équilibres macroéconomiques de la CEMAC, tout en cherchant à redonner de l'élan au financement de l'économie.

 

La politique monétaire de la CEMAC change de tempo. Sans créer de rupture spectaculaire, la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC) a envoyé un signal fort à l'issue de la deuxième session ordinaire de son Comité de politique monétaire (CPM), tenue le 29 juin 2026 à Yaoundé. Pour la première fois depuis plusieurs années, l'institution a choisi d'assouplir simultanément ses principaux instruments de politique monétaire, estimant que les conditions économiques permettent désormais d'accompagner davantage la croissance.

 

Le Comité a ainsi ramené le Taux d'intérêt des appels d'offres (TIAO), principal taux directeur de la banque centrale, de 4,75% à 4,50%. Le taux de la facilité de prêt marginal, auquel les banques peuvent se refinancer en urgence auprès de la BEAC, est abaissé de 6,25% à 5,75%. Les coefficients des réserves obligatoires sont également réduits, passant de 7% à 6,5% pour les dépôts à vue et de 4,5% à 4% pour les dépôts à terme. En revanche, le taux de la facilité de dépôt demeure fixé à 0%, signe que la banque centrale reste vigilante dans la gestion de la liquidité.

 


Cette décision constitue un tournant. Depuis plusieurs années, la BEAC avait privilégié une politique monétaire restrictive afin de freiner l'accélération de l'inflation, de protéger les réserves de change de la sous-région et de préserver la crédibilité du franc CFA. La baisse des taux annoncée cette semaine ne marque pas un abandon de cette stratégie, mais traduit plutôt la conviction que les principaux objectifs de stabilisation sont progressivement atteints.

 

Les prévisions économiques élaborées par les services de la banque centrale confortent cette lecture. La croissance économique de la CEMAC devrait s'établir à 3,2% en 2026, après 3,4% en 2025. Si le rythme d'expansion ralentit légèrement, il demeure compatible avec une poursuite de la reprise économique. Surtout, l'inflation resterait contenue à 2,4% en moyenne annuelle, un niveau inférieur au plafond communautaire de 3%. Pour une banque centrale, cette maîtrise des prix constitue un élément déterminant : elle offre davantage de marge pour soutenir l'activité sans alimenter de nouvelles tensions inflationnistes.

 

Les autres indicateurs témoignent également d'un environnement macroéconomique plus favorable. Le déficit budgétaire, hors dons, devrait être ramené de 3,7% à 1,9% du produit intérieur brut, tandis que le déficit du compte courant reculerait de 4% à 2,9% du PIB. Les réserves de change poursuivraient leur reconstitution pour atteindre l'équivalent de 4,72 mois d'importations de biens et services, contre 4,12 mois un an plus tôt. Quant au taux de couverture extérieure de la monnaie, il progresserait de 65,2% à 70,7%, traduisant un renforcement de la solidité financière de la zone.

 

Ces améliorations expliquent largement la décision du Comité de politique monétaire. En abaissant le coût du refinancement des banques et en réduisant les réserves obligatoires qu'elles doivent immobiliser auprès de la banque centrale, la BEAC accroît leur capacité à financer l'économie. Les établissements de crédit disposent ainsi d'une marge de manœuvre supplémentaire pour accorder des prêts aux entreprises comme aux ménages, même si l'ampleur de cette transmission dépendra de leur appréciation du risque et de la demande effective de crédit.

 

Pour les entreprises, notamment les PME confrontées à des conditions de financement souvent coûteuses, cette détente monétaire pourrait progressivement faciliter l'accès au crédit d'investissement. Les États de la sous-région pourraient également bénéficier d'un environnement financier plus favorable pour leurs émissions de titres publics, dans un contexte où les besoins de financement des infrastructures demeurent importants. Les ménages, en revanche, ne constateront pas nécessairement un effet immédiat sur le coût de leurs emprunts, la transmission des décisions de politique monétaire aux taux pratiqués par les banques intervenant généralement avec un certain décalage.

 

Cette inflexion intervient néanmoins dans un environnement international qui reste loin d'être stabilisé. Selon les dernières Perspectives de l'économie mondiale publiées par le Fonds monétaire international, la croissance mondiale ralentirait à 3,1% en 2026, contre 3,4% l'année précédente, sous l'effet persistant des tensions géopolitiques et des incertitudes qui pèsent sur le commerce international. La prudence affichée par la BEAC s'explique donc aussi par ces risques extérieurs, susceptibles d'affecter les économies fortement dépendantes des exportations de matières premières.

 

Le maintien du taux de la facilité de dépôt à 0% illustre d'ailleurs cette approche équilibrée. La banque centrale choisit de soutenir davantage le financement de l'économie sans ouvrir excessivement les vannes de la liquidité. Elle privilégie une détente graduelle, afin de conserver des marges d'intervention si le contexte international venait à se dégrader ou si des tensions inflationnistes réapparaissaient.

 

Au-delà des ajustements techniques, la décision du 29 juin marque sans doute le début d'une nouvelle séquence pour la politique monétaire de la CEMAC. Après avoir consacré plusieurs années à restaurer les grands équilibres macroéconomiques, la BEAC estime désormais que les conditions sont réunies pour accompagner plus activement la croissance. Le véritable enjeu se jouera toutefois dans les mois à venir : si les banques répercutent effectivement cet assouplissement sur le coût du crédit et si les entreprises renouent avec l'investissement, cette décision pourrait constituer le premier jalon d'un nouveau cycle de relance de l'économie régionale.