Rarement un programme du Fonds monétaire international (FMI) aura produit des résultats aussi rapidement. Après une année 2025 marquée par une forte croissance, une inflation maîtrisée et un assainissement budgétaire bien supérieur aux objectifs fixés, le Burkina Faso vient d'obtenir un nouveau vote de confiance de l'institution de Bretton Woods. Le Conseil d'administration du FMI a non seulement validé la cinquième revue de la Facilité élargie de crédit (FEC), mais il a également décidé d'augmenter de 50% l'accès du pays à ce financement afin de l'aider à absorber les nouveaux chocs provoqués par la flambée des prix de l'énergie et des engrais.
Pour Ouagadougou, cette décision constitue bien plus
qu'un simple décaissement supplémentaire. Elle traduit la reconnaissance, par
le FMI, des progrès réalisés dans la conduite des politiques économiques, tout
en illustrant les nouveaux défis auxquels les économies africaines restent
confrontées dans un environnement international particulièrement instable.
L'institution a ainsi approuvé une augmentation de 60,20
millions de droits de tirage spéciaux (DTS), portant l'enveloppe globale de la
FEC à 288,96 millions de DTS, soit 240 % de la quote-part du Burkina Faso au
FMI. Ce feu vert permet un décaissement immédiat de ce montant. À cette somme
s'ajoutent 16,42 millions de DTS débloqués dans le cadre de la Facilité pour la
résilience et la durabilité (FRD), un mécanisme destiné à accompagner les pays
dans leurs réformes face aux risques climatiques.
Une discipline budgétaire qui dépasse les
attentes
Le principal enseignement de cette cinquième revue est
sans doute la solidité des performances macroéconomiques enregistrées en 2025.
Portée par la flambée des cours internationaux de l'or
et par les réformes engagées dans le secteur minier, l'économie burkinabè a
enregistré une croissance de 5,3%. Dans le même temps, l'inflation moyenne est
retombée à -0,5 %, sous l'effet de la baisse des prix des produits alimentaires
et de l'énergie.
Mais c'est surtout sur le terrain budgétaire que le
Burkina Faso a surpris.
Le déficit public a été ramené de 5,8% du PIB en 2024
à seulement 1,8% en 2025, alors que le programme conclu avec le FMI visait un
déficit de 4%. Autrement dit, le gouvernement a fait bien mieux que les
engagements pris auprès de ses partenaires.
Cette performance permet au pays de repasser largement
sous le plafond communautaire de 3% fixé par l'UEMOA, tout en dégageant des
marges financières pour faire face aux imprévus.
Les comptes extérieurs se sont également nettement
améliorés. Grâce aux exportations d'or, la balance commerciale est passée d'un
déficit représentant 3,5% du PIB en 2024 à un excédent de 6,3% un an plus tard.
Pourquoi le FMI ouvre davantage son
portefeuille
À première vue, une question peut surprendre :
pourquoi augmenter le financement d'un pays dont les résultats dépassent déjà
les objectifs ?
La réponse se trouve à plusieurs milliers de
kilomètres de Ouagadougou.
Le conflit au Moyen-Orient bouleverse les marchés
mondiaux de l'énergie et des engrais. Or le Burkina Faso dépend largement des
importations pour s'approvisionner en produits pétroliers et en intrants
agricoles.
Lorsque les prix du pétrole augmentent, les coûts du
transport, de l'électricité et de nombreuses activités économiques progressent
à leur tour. La hausse du prix des engrais renchérit quant à elle les coûts de
production agricole, avec des risques directs sur les récoltes, les prix
alimentaires et la sécurité alimentaire.
Ces tensions pèsent également sur la balance des
paiements, puisque le pays doit mobiliser davantage de devises pour financer
ses importations.
Le FMI considère donc que ces chocs extérieurs
justifient un soutien financier supplémentaire, malgré les bonnes performances
économiques enregistrées jusqu'à présent.
Des réformes qui convainquent les
administrateurs
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, le Conseil
d'administration salue la mise en œuvre des réformes prévues dans le programme.
La quasi-totalité des objectifs quantitatifs ont été
atteints, tandis que les autorités ont poursuivi les réformes destinées à
améliorer la gouvernance, renforcer la mobilisation des recettes fiscales et
moderniser la gestion des finances publiques.
Le Burkina Faso a également franchi une première étape
importante dans son programme de résilience climatique. Les autorités ont
adopté une stratégie nationale de financement des risques de catastrophe et
publié des cartes nationales des aléas et des risques climatiques, deux outils
destinés à mieux anticiper les conséquences économiques des événements
climatiques extrêmes.
Préserver l'équilibre malgré un
environnement toujours fragile
Si le FMI salue les résultats obtenus, il estime que
les risques demeurent élevés.
La persistance de l'insécurité, les perturbations des
chaînes d'approvisionnement mondiales, le recul des financements humanitaires
internationaux et la volatilité des prix des matières premières continuent
d'assombrir les perspectives économiques.
Dans ce contexte, le Fonds recommande aux autorités de
poursuivre les réformes engagées tout en préservant les dépenses sociales
essentielles. Les investissements dans la santé, l'éducation et la protection
sociale devront rester prioritaires, tandis que les subventions à l'énergie
devront être ciblées et temporaires afin de préserver les équilibres
budgétaires.
L'institution encourage également le gouvernement à
poursuivre ses efforts pour améliorer le climat des affaires, renforcer
l'inclusion financière, consolider la supervision bancaire et diversifier
progressivement une économie qui demeure fortement dépendante de l'or.
Un signal de confiance envoyé aux
investisseurs
Au-delà des montants débloqués, la décision du FMI
envoie un message fort aux partenaires techniques et financiers ainsi qu'aux
investisseurs.
En validant la qualité de la gestion macroéconomique
du Burkina Faso et en augmentant simultanément son soutien financier,
l'institution reconnaît que le pays a su préserver ses équilibres malgré un
contexte sécuritaire et géopolitique particulièrement complexe.
Reste désormais à transformer cette solide performance
macroéconomique en une croissance plus diversifiée, créatrice d'emplois et
moins dépendante des revenus miniers. Car si l'or a largement porté les
résultats de 2025, c'est la capacité du Burkina Faso à bâtir une économie plus
résiliente qui déterminera, à terme, le véritable succès du programme soutenu
par le FMI.
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