Le secteur des technologies climatiques (climatetech) s'est
imposé comme le premier moteur du capital-risque en Afrique, mais son essor
remarquable masque une réalité beaucoup plus fragmentée, selon un nouveau
rapport publié par le cabinet de recherche Briter Bridges, en partenariat avec
Catalyst Fund, FSD Africa et BFA Global, avec l'appui de la plateforme de
données Africa : The Big Deal.
Intitulé « The State of ClimateTech in Africa 2.0 :
Moving Beyond the Headline Numbers », le document dresse un état des
lieux du financement de la climatetech sur le continent entre 2016 et 2025, une
décennie marquée par une multiplication par plus de sept des montants levés.
Une décennie de croissance, mais un marché encore très
concentré
Entre 2016 et 2025, les levées de fonds destinées aux
entreprises climatetech africaines sont ainsi passées de 206 millions USD,
répartis entre 28 sociétés, à plus de 1,5 milliard USD pour 223 entreprises.
Sur l'ensemble de la période, le secteur a capté environ 6,35 milliards USD
auprès de 779 entreprises.
En 2025, il a représenté près de 40 % de l'ensemble des
financements de capital-risque divulgués en Afrique, contre 13 % en 2016,
dépassant ainsi la fintech en part annuelle des investissements. Le rapport
souligne cependant que le continent ne capte encore qu'environ 3 à 4 % des
financements climatetech mondiaux.
Cette croissance globale cache une concentration marquée :
les 20 entreprises les mieux financées ont capté 60% du total des fonds levés
depuis 2016, et les 10 premières ont réuni à elles seules autant de capitaux
que toutes les autres réunies. Parmi les sociétés en tête, on retrouve
notamment Sun King (ex-Greenlight Planet) avec environ 992 millions USD levés,
d.light (489,7 millions), CrossBoundary Energy (351,5 millions), Spiro (278
millions) ou encore M-KOPA (165,3 millions).
L'énergie moteur incontesté, la mobilité en embuscade
Sur le plan sectoriel, l'énergie a capté environ 65 % du
total des financements climatetech entre 2019 et 2025, la seule production
d'énergie représentant près de 60 % de l'ensemble des capitaux déployés. La
mobilité et le transport arrivent en 2e position, avec environ
11 % des montants levés, loin devant les autres segments solutions carbone, accès
à l'eau, etc. qui se partagent une part plus modeste des capitaux, malgré une
activité de deals plus dense.
De fait, si l'énergie concentre l'essentiel des montants,
elle ne représente qu'environ 30 % du nombre total de transactions.
L'agriculture, les systèmes alimentaires et l'économie circulaire cumulés
pèsent 46 % des opérations, signe d'un foisonnement entrepreneurial qui peine
encore à transformer l'essai en financements de grande ampleur.
Kenya, Nigeria et Afrique du Sud toujours en tête
Sur le plan géographique, le Kenya conserve une avance
considérable, avec un peu plus de la moitié du volume total des financements
captés sur la période. Avec le Nigeria et l'Afrique du Sud, ces trois marchés
concentrent environ 76 % des financements climatetech du continent. D'autres
pays, comme le Bénin, le Rwanda, le Ghana, l'Égypte, Maurice ou la Tanzanie,
apparaissent ponctuellement parmi les principales destinations de capitaux,
portés par quelques opérations de grande taille plutôt que par une activité soutenue
sur la durée.
En revanche, l'activité transactionnelle est plus largement
répartie : le trio Kenya - Nigeria - Afrique du Sud représente 58 % du nombre
total de deals, un écart qui traduit une base entrepreneuriale plus large que
le suggère la seule répartition des montants.
Le financement se diversifie au-delà des seules levées en
capital
Le rapport met en évidence une diversification progressive
des instruments de financement. Si les subventions (grants) et les prises de
participation restent majoritaires en nombre de transactions, la dette et les
instruments hybrides, moins fréquents, sont associés à des tickets nettement
plus élevés. En 2025, dette et instruments hybrides représentaient ainsi près
de la moitié de la valeur totale des financements climatetech, reflet de
l'implication croissante des institutions de financement du développement
(DFI), des banques et des investisseurs institutionnels.
Les auteurs notent toutefois que le financement en fonds propres
au stade précoce demeure marginal : entre 2019 et 2025, les tours de table
inférieurs à 500 000 USD sont restés sous la barre des 0,5 % du financement
total du secteur, un goulot d'étranglement qui limite le vivier d'entreprises
capables d'absorber ensuite des montants plus importants.
Un outil d'analyse plutôt qu'un simple bilan chiffré
Au-delà des chiffres, l'étude propose une nouvelle grille de
lecture inspirée du cadre théorique de l'économiste Carlota Perez, qui
distingue 5 phases de maturité irruption, frénésie, point de bascule, synergie
et maturité pour évaluer où se situe chaque segment de la climatetech
africaine. Les auteurs considèrent la production d'énergie comme le segment le
plus avancé vers la maturité, tandis que la mobilité électrique légère
progresse rapidement entre les phases de frénésie et de point de bascule, et
que des segments comme les matériaux de construction ou l'accès à l'eau restent
encore au stade de l'irruption.
Pour les rédacteurs du rapport, la véritable question n'est plus
de savoir de combien de capitaux l'Afrique climatetech a besoin, mais de quel
type de financement, à quel stade et sous quelles conditions. Un message
adressé autant aux bailleurs de fonds et investisseurs qu'aux décideurs
publics, appelés à mieux coordonner subventions, dette, garanties et politiques
sectorielles.
Avec Wearetech.africa
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