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  • 05/08/2026

Climatetech en Afrique : un marché de 6,35 milliards $ toujours prisonnier d'une poignée d'acteurs et de pays


Le secteur des technologies climatiques (climatetech) s'est imposé comme le premier moteur du capital-risque en Afrique, mais son essor remarquable masque une réalité beaucoup plus fragmentée, selon un nouveau rapport publié par le cabinet de recherche Briter Bridges, en partenariat avec Catalyst Fund, FSD Africa et BFA Global, avec l'appui de la plateforme de données Africa : The Big Deal.

Intitulé « The State of ClimateTech in Africa 2.0 : Moving Beyond the Headline Numbers », le document dresse un état des lieux du financement de la climatetech sur le continent entre 2016 et 2025, une décennie marquée par une multiplication par plus de sept des montants levés.

Une décennie de croissance, mais un marché encore très concentré

Entre 2016 et 2025, les levées de fonds destinées aux entreprises climatetech africaines sont ainsi passées de 206 millions USD, répartis entre 28 sociétés, à plus de 1,5 milliard USD pour 223 entreprises. Sur l'ensemble de la période, le secteur a capté environ 6,35 milliards USD auprès de 779 entreprises.

En 2025, il a représenté près de 40 % de l'ensemble des financements de capital-risque divulgués en Afrique, contre 13 % en 2016, dépassant ainsi la fintech en part annuelle des investissements. Le rapport souligne cependant que le continent ne capte encore qu'environ 3 à 4 % des financements climatetech mondiaux.

Cette croissance globale cache une concentration marquée : les 20 entreprises les mieux financées ont capté 60% du total des fonds levés depuis 2016, et les 10 premières ont réuni à elles seules autant de capitaux que toutes les autres réunies. Parmi les sociétés en tête, on retrouve notamment Sun King (ex-Greenlight Planet) avec environ 992 millions USD levés, d.light (489,7 millions), CrossBoundary Energy (351,5 millions), Spiro (278 millions) ou encore M-KOPA (165,3 millions).

L'énergie moteur incontesté, la mobilité en embuscade

Sur le plan sectoriel, l'énergie a capté environ 65 % du total des financements climatetech entre 2019 et 2025, la seule production d'énergie représentant près de 60 % de l'ensemble des capitaux déployés. La mobilité et le transport arrivent en 2e position, avec environ 11 % des montants levés, loin devant les autres segments solutions carbone, accès à l'eau, etc. qui se partagent une part plus modeste des capitaux, malgré une activité de deals plus dense.

De fait, si l'énergie concentre l'essentiel des montants, elle ne représente qu'environ 30 % du nombre total de transactions. L'agriculture, les systèmes alimentaires et l'économie circulaire cumulés pèsent 46 % des opérations, signe d'un foisonnement entrepreneurial qui peine encore à transformer l'essai en financements de grande ampleur.

Kenya, Nigeria et Afrique du Sud toujours en tête

Sur le plan géographique, le Kenya conserve une avance considérable, avec un peu plus de la moitié du volume total des financements captés sur la période. Avec le Nigeria et l'Afrique du Sud, ces trois marchés concentrent environ 76 % des financements climatetech du continent. D'autres pays, comme le Bénin, le Rwanda, le Ghana, l'Égypte, Maurice ou la Tanzanie, apparaissent ponctuellement parmi les principales destinations de capitaux, portés par quelques opérations de grande taille plutôt que par une activité soutenue sur la durée.

En revanche, l'activité transactionnelle est plus largement répartie : le trio Kenya - Nigeria - Afrique du Sud représente 58 % du nombre total de deals, un écart qui traduit une base entrepreneuriale plus large que le suggère la seule répartition des montants.

Le financement se diversifie au-delà des seules levées en capital

Le rapport met en évidence une diversification progressive des instruments de financement. Si les subventions (grants) et les prises de participation restent majoritaires en nombre de transactions, la dette et les instruments hybrides, moins fréquents, sont associés à des tickets nettement plus élevés. En 2025, dette et instruments hybrides représentaient ainsi près de la moitié de la valeur totale des financements climatetech, reflet de l'implication croissante des institutions de financement du développement (DFI), des banques et des investisseurs institutionnels.

Les auteurs notent toutefois que le financement en fonds propres au stade précoce demeure marginal : entre 2019 et 2025, les tours de table inférieurs à 500 000 USD sont restés sous la barre des 0,5 % du financement total du secteur, un goulot d'étranglement qui limite le vivier d'entreprises capables d'absorber ensuite des montants plus importants.

Un outil d'analyse plutôt qu'un simple bilan chiffré

Au-delà des chiffres, l'étude propose une nouvelle grille de lecture inspirée du cadre théorique de l'économiste Carlota Perez, qui distingue 5 phases de maturité irruption, frénésie, point de bascule, synergie et maturité pour évaluer où se situe chaque segment de la climatetech africaine. Les auteurs considèrent la production d'énergie comme le segment le plus avancé vers la maturité, tandis que la mobilité électrique légère progresse rapidement entre les phases de frénésie et de point de bascule, et que des segments comme les matériaux de construction ou l'accès à l'eau restent encore au stade de l'irruption.

Pour les rédacteurs du rapport, la véritable question n'est plus de savoir de combien de capitaux l'Afrique climatetech a besoin, mais de quel type de financement, à quel stade et sous quelles conditions. Un message adressé autant aux bailleurs de fonds et investisseurs qu'aux décideurs publics, appelés à mieux coordonner subventions, dette, garanties et politiques sectorielles.

 

Avec Wearetech.africa

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