L’Ouganda vient de lancer les travaux d’un terminal pétrolier de 320 millions de litres à proximité de Kampala. Derrière cet investissement de 310 millions de dollars, le pays cherche surtout à bâtir une chaîne pétrolière intégrée, capable de sécuriser son approvisionnement tout en préparant sa montée en puissance comme producteur et distributeur régional de produits pétroliers.
Le chantier lancé à Namwabula, dans le district
de Mpigi, pourrait devenir l’une des pièces maîtresses de la nouvelle stratégie
énergétique ougandaise. Baptisé Kampala Storage Terminal (KST), le futur site
développé par la Uganda National Oil Company (UNOC) doit pouvoir accueillir
jusqu’à 320 millions de litres de produits pétroliers raffinés. Le président
Yoweri Museveni a présidé le lancement des travaux le 17 septembre.
L’enjeu est d’abord domestique. L’Ouganda
consomme actuellement autour de 240 millions de litres de carburants par mois,
toutes catégories confondues : essence, diesel, carburéacteur et kérosène. À
pleine capacité, le KST pourra donc représenter environ 1,3 mois de
consommation actuelle du pays. Il viendra compléter le terminal de stockage de
Jinja, dont la capacité doit passer de 30 à 40 millions de litres.
Cette nouvelle infrastructure doit surtout
réduire la vulnérabilité de l’Ouganda face aux perturbations des corridors
d’importation et aux chocs extérieurs. Le pays dépend encore largement des
produits pétroliers importés, alors même qu’il s’apprête à entrer dans une
nouvelle phase de son histoire énergétique avec le développement de ses propres
ressources pétrolières.
Une pièce du puzzle pétrolier ougandais
Le KST prend tout son sens lorsqu’il est replacé
dans l’architecture plus large construite par Kampala.
Le terminal doit être relié à la future
raffinerie de Kabaale, dans le district de Hoima, par un pipeline de 211
kilomètres destiné au transport de produits raffinés. Il doit également
intégrer le futur Mpigi Remote Refinery Terminal (MRRT), conçu pour recevoir,
stocker et expédier les produits issus du raffinage local.
L'objectif est donc de créer une chaîne continue
allant de la production de brut au raffinage, puis au stockage et à la
distribution. Une fois ces infrastructures opérationnelles, l'Ouganda pourra
faire circuler à travers le même système aussi bien des produits importés que
ceux fabriqués dans sa future raffinerie.
Cette dernière est prévue avec une capacité de 60
000 barils par jour et un coût annoncé d'environ 4 milliards de dollars. Le
projet doit être installé à Kabaale, au cœur du dispositif pétrochimique
développé autour de Hoima.
Le pays se trouve ainsi à un moment charnière :
il ne s’agit plus seulement de produire du pétrole, mais de disposer des
infrastructures nécessaires pour en capter davantage de valeur sur son
territoire.
De producteur de pétrole à plateforme régionale
C'est ici que le projet de 310 millions de
dollars prend une dimension régionale.
Le gouvernement présente le KST comme une
infrastructure destinée à desservir Kampala et la région centrale, mais aussi à
renforcer la capacité de l'Ouganda à jouer le rôle de plateforme de
distribution de produits pétroliers dans la région. Le terminal doit notamment
fournir des capacités de stockage stratégique pour l'État et des services de
stockage et de manutention aux sociétés de commercialisation de produits
pétroliers.
Cette ambition s'inscrit dans un ensemble
beaucoup plus vaste. Les futurs champs pétroliers ougandais devraient produire
à terme environ 230 000 barils de brut par jour, dont 190 000 barils issus du
projet Tilenga et 40 000 du projet Kingfisher, selon les données rapportées par
Daily Monitor. Une partie du brut doit être raffinée localement, tandis
que le reste doit être exporté via l'East African Crude Oil Pipeline (EACOP) vers
le port tanzanien de Tanga.
Autrement dit, Kampala prépare deux débouchés
simultanément : le marché intérieur et le marché régional, tout en conservant
une porte ouverte vers les marchés internationaux pour le brut.
La sécurité énergétique comme priorité
Le projet répond aussi à une préoccupation
devenue très concrète pour les économies importatrices de carburants : la
vulnérabilité aux perturbations internationales.
Les autorités ougandaises veulent accroître les
stocks disponibles afin de pouvoir absorber les tensions sur les chaînes
d'approvisionnement et les variations du marché mondial. En mai dernier, le
gouvernement avait déjà annoncé l'augmentation de la capacité de Jinja et
souligné le rôle du terminal de Kampala dans le renforcement de la sécurité
énergétique.
Le gouvernement vise d'ailleurs une augmentation
de la capacité nationale de stockage des produits raffinés, de 99,1 millions de
litres en 2023/2024 à 150 millions de litres d'ici 2029/2030, dans le cadre du
quatrième National Development Plan. Le KST constitue l'une des principales
infrastructures devant contribuer à cette trajectoire.
Avec ses 320 millions de litres, le terminal
représente donc un changement d'échelle. Une fois ajouté au terminal de Jinja
porté à 40 millions de litres, le dispositif public atteindrait 360 millions de
litres de capacité, hors autres infrastructures privées.
Une industrie pétrolière qui cherche désormais
son aval
Le choix d'investir dans le stockage avant même
le démarrage complet de la production pétrolière traduit une évolution
importante de la stratégie ougandaise. Kampala ne veut pas seulement extraire
du brut : le pays cherche à construire autour de cette ressource un écosystème
industriel et logistique complet.
Le KST doit ainsi relier plusieurs maillons de
cette chaîne : les importations actuelles, la future production raffinée
localement, les réserves stratégiques et la distribution vers le marché
domestique et potentiellement régional.
Le lancement du chantier intervient d'ailleurs
quelques semaines après que Museveni a baptisé le brut ougandais « Pearl Sweet
», alors que le pays avance vers sa première production commerciale. Le symbole
est assez clair : pendant que l'Ouganda prépare l'arrivée de son pétrole, il
construit déjà les infrastructures nécessaires pour savoir quoi en faire une
fois qu'il sera là.
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