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  • 23/02/2026

Coris Bank vise le Gabon : L’offensive des banques africaines s’accélère

Le mouvement n’a rien d’anecdotique. En recevant le 19 février 2026 le fondateur de Coris Bank International, Idrissa Nassa, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a officialisé un signal clair : le groupe bancaire burkinabè prépare son implantation au Gabon.

 

Derrière cette annonce, il y a plus qu’une ouverture d’agence. Il y a un basculement silencieux du paysage bancaire africain.

 

Une expansion méthodique

 

Fondée en 2008 à Ouagadougou, Coris Bank International s’est imposée en moins de deux décennies comme l’un des groupes bancaires les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest. Présente dans l’espace UEMOA — Côte d’Ivoire, Sénégal, Mali, Togo, Bénin, Niger, Guinée-Bissau — la banque a franchi un cap stratégique avec son entrée en Afrique centrale, notamment au Tchad après la reprise d’actifs de Société Générale.

 

L’étape gabonaise s’inscrit dans cette logique : consolider un corridor financier entre l’Afrique de l’Ouest et la zone CEMAC.

 

Coris ne s’implante pas au hasard. Le groupe privilégie deux leviers : création de filiales ex nihilo ou acquisition d’établissements existants. Une méthode pragmatique. Une expansion contrôlée. Une montée en puissance progressive.

 

Pourquoi le Gabon ?

 

Le Gabon est une économie à revenu intermédiaire, fortement dépendante des hydrocarbures mais engagée dans une stratégie de diversification. Or, cette diversification exige du financement.

 

Le marché bancaire gabonais reste dominé par des filiales de groupes internationaux. La concurrence existe, mais la profondeur du crédit au secteur privé demeure limitée par rapport au potentiel économique du pays.

 

L’arrivée d’un acteur panafricain peut donc jouer sur trois variables :

  • Intensification de la concurrence
  • Pression sur les marges
  • Dynamisation du financement des PME

 

En clair, plus d’acteurs signifie potentiellement plus d’options pour les entreprises locales.

 

Le vrai enjeu : la recomposition bancaire africaine

 

L’expansion de Coris dépasse le cadre gabonais. Elle s’inscrit dans une tendance lourde : la montée des groupes bancaires africains pendant que plusieurs institutions européennes réduisent leur exposition sur certains marchés.

 

Ce phénomène est visible depuis plusieurs années. Des groupes régionaux prennent le relais. Le capital devient plus africain. Les décisions stratégiques se rapprochent des économies locales.

 

Coris incarne cette nouvelle génération : capital africain, gouvernance régionale, ambition continentale.

 

En entrant en zone CEMAC, la banque ne cherche pas seulement de nouveaux clients. Elle renforce sa capacité à accompagner des flux commerciaux transfrontaliers entre l’UEMOA et l’Afrique centrale. À terme, cela peut fluidifier les investissements régionaux.

 

Un test stratégique

 

Pour Coris, le Gabon représente un marché solvable mais exigeant. L’environnement réglementaire de la CEMAC impose des standards élevés en matière de capitalisation et de supervision via la COBAC.

 

L’implantation ne sera donc pas une formalité administrative. Elle sera un test de solidité financière et de capacité d’adaptation réglementaire.

 

Mais si l’opération aboutit, le groupe consolidera son statut d’acteur panafricain crédible.

 

Ce que cela signifie vraiment

 

L’implantation annoncée n’est pas une simple ouverture géographique. Elle illustre une transformation plus profonde : l’africanisation progressive du système bancaire du continent.

 

Ce mouvement reste graduel. Il n’est pas spectaculaire. Mais il est structurant.

 

Et le Gabon pourrait devenir l’un des prochains terrains où se joue cette nouvelle compétition bancaire africaine.