Le mouvement n’a rien d’anecdotique. En recevant le 19 février 2026 le fondateur de Coris Bank International, Idrissa Nassa, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a officialisé un signal clair : le groupe bancaire burkinabè prépare son implantation au Gabon.
Derrière cette annonce, il y a plus qu’une ouverture
d’agence. Il y a un basculement silencieux du paysage bancaire africain.
Une expansion méthodique
Fondée en 2008 à Ouagadougou, Coris Bank International
s’est imposée en moins de deux décennies comme l’un des groupes bancaires les
plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest. Présente dans l’espace UEMOA — Côte
d’Ivoire, Sénégal, Mali, Togo, Bénin, Niger, Guinée-Bissau — la banque a
franchi un cap stratégique avec son entrée en Afrique centrale, notamment au
Tchad après la reprise d’actifs de Société Générale.
L’étape gabonaise s’inscrit dans cette logique :
consolider un corridor financier entre l’Afrique de l’Ouest et la zone CEMAC.
Coris ne s’implante pas au hasard. Le groupe
privilégie deux leviers : création de filiales ex nihilo ou acquisition
d’établissements existants. Une méthode pragmatique. Une expansion contrôlée.
Une montée en puissance progressive.
Pourquoi le Gabon ?
Le Gabon est une économie à revenu intermédiaire,
fortement dépendante des hydrocarbures mais engagée dans une stratégie de
diversification. Or, cette diversification exige du financement.
Le marché bancaire gabonais reste dominé par des
filiales de groupes internationaux. La concurrence existe, mais la profondeur
du crédit au secteur privé demeure limitée par rapport au potentiel économique
du pays.
L’arrivée d’un acteur panafricain peut donc jouer sur
trois variables :
En clair, plus d’acteurs signifie potentiellement plus
d’options pour les entreprises locales.
Le vrai enjeu : la recomposition bancaire
africaine
L’expansion de Coris dépasse le cadre gabonais. Elle
s’inscrit dans une tendance lourde : la montée des groupes bancaires africains
pendant que plusieurs institutions européennes réduisent leur exposition sur
certains marchés.
Ce phénomène est visible depuis plusieurs années. Des
groupes régionaux prennent le relais. Le capital devient plus africain. Les
décisions stratégiques se rapprochent des économies locales.
Coris incarne cette nouvelle génération : capital
africain, gouvernance régionale, ambition continentale.
En entrant en zone CEMAC, la banque ne cherche pas
seulement de nouveaux clients. Elle renforce sa capacité à accompagner des flux
commerciaux transfrontaliers entre l’UEMOA et l’Afrique centrale. À terme, cela
peut fluidifier les investissements régionaux.
Un test stratégique
Pour Coris, le Gabon représente un marché solvable
mais exigeant. L’environnement réglementaire de la CEMAC impose des standards
élevés en matière de capitalisation et de supervision via la COBAC.
L’implantation ne sera donc pas une formalité
administrative. Elle sera un test de solidité financière et de capacité
d’adaptation réglementaire.
Mais si l’opération aboutit, le groupe consolidera son
statut d’acteur panafricain crédible.
Ce que cela signifie vraiment
L’implantation annoncée n’est pas une simple ouverture
géographique. Elle illustre une transformation plus profonde : l’africanisation
progressive du système bancaire du continent.
Ce mouvement reste graduel. Il n’est pas
spectaculaire. Mais il est structurant.
Et le Gabon pourrait devenir l’un des prochains
terrains où se joue cette nouvelle compétition bancaire africaine.
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