Chaque mois, des milliers d’Ivoiriens installés en Europe, en Amérique du Nord ou ailleurs dans le monde envoient de l’argent à leurs familles restées au pays. Ces transferts financent la vie quotidienne, les études des enfants, les soins de santé ou encore la construction de logements. Ils sont devenus, au fil des années, un pilier silencieux mais essentiel de l’économie ivoirienne.
Désormais, Abidjan veut
changer de dimension. L’objectif n’est plus seulement de capter ces flux pour
soutenir les ménages, mais d’en orienter une partie vers des investissements
structurants capables de produire de la croissance et de l’emploi.
C’est dans ce contexte
que la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) et le ministère chargé de
l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’Extérieur ont signé, le 10 juin à
Abidjan, un protocole d’entente visant à rapprocher la diaspora du marché
financier régional.
Le chiffre donne la
mesure de l’enjeu : en 2025, les transferts des Ivoiriens de l’étranger ont
atteint près de 938 milliards de FCFA (environ 1,6 milliard de dollars). Une
masse financière considérable, longtemps orientée vers la consommation, mais
qui pourrait désormais être partiellement canalisée vers l’investissement
productif.
Dans la vision portée
par les autorités, cette épargne doit devenir un levier direct de financement
pour les entreprises, les infrastructures et les projets à fort impact
économique et social.
Pour la BRVM, l’enjeu
est également structurel. Le marché financier régional, malgré ses progrès,
reste encore peu accessible au grand public. La diaspora apparaît alors comme
une cible naturelle : une population souvent bancarisée, habituée aux mécanismes
financiers internationaux et disposant d’une capacité d’épargne significative.
L’une des pistes les
plus marquantes évoquées dans ce partenariat concerne les « Diaspora Bonds »,
ces obligations spécialement conçues pour les ressortissants vivant à
l’étranger. L’idée est simple sur le papier : permettre à la diaspora
d’investir dans le développement de son pays tout en percevant un rendement
financier encadré.
Mais entre ambition et
réalité, l’écart peut être important.
La réussite de ce projet
dépendra d’abord de la confiance. Sans transparence sur l’utilisation des
fonds, sans gouvernance claire et sans garanties suffisantes, les investisseurs
potentiels pourraient rester prudents. Dans un environnement où les opportunités
d’investissement sont mondiales, la concurrence est directe.
Elle dépendra aussi de
l’expérience utilisateur. Investir depuis l’étranger devra devenir un geste
simple, rapide, digitalisé, loin des lourdeurs administratives encore associées
à certains marchés financiers de la région.
Au-delà de la Côte
d’Ivoire, cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large au sein de
l’UEMOA : celle de la recherche de nouvelles sources de financement endogènes,
moins dépendantes des marchés internationaux et des bailleurs traditionnels.
Le protocole signé à
Abidjan ouvre donc une perspective : faire évoluer la diaspora du rôle de
soutien familial vers celui d’investisseur à part entière du développement
économique.
Reste maintenant la
phase décisive : celle des instruments concrets. Car en matière de finance, les
intentions comptent, mais seuls les produits réellement proposés sur le marché
écrivent la suite de l’histoire.
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