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  • 11/06/2026

Côte d’Ivoire : La BRVM cible 1,6 milliard de dollars de la diaspora pour financer la croissance

Chaque mois, des milliers d’Ivoiriens installés en Europe, en Amérique du Nord ou ailleurs dans le monde envoient de l’argent à leurs familles restées au pays. Ces transferts financent la vie quotidienne, les études des enfants, les soins de santé ou encore la construction de logements. Ils sont devenus, au fil des années, un pilier silencieux mais essentiel de l’économie ivoirienne.

 

Désormais, Abidjan veut changer de dimension. L’objectif n’est plus seulement de capter ces flux pour soutenir les ménages, mais d’en orienter une partie vers des investissements structurants capables de produire de la croissance et de l’emploi.

 

C’est dans ce contexte que la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) et le ministère chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’Extérieur ont signé, le 10 juin à Abidjan, un protocole d’entente visant à rapprocher la diaspora du marché financier régional.

 

Le chiffre donne la mesure de l’enjeu : en 2025, les transferts des Ivoiriens de l’étranger ont atteint près de 938 milliards de FCFA (environ 1,6 milliard de dollars). Une masse financière considérable, longtemps orientée vers la consommation, mais qui pourrait désormais être partiellement canalisée vers l’investissement productif.

 

Dans la vision portée par les autorités, cette épargne doit devenir un levier direct de financement pour les entreprises, les infrastructures et les projets à fort impact économique et social.

 

Pour la BRVM, l’enjeu est également structurel. Le marché financier régional, malgré ses progrès, reste encore peu accessible au grand public. La diaspora apparaît alors comme une cible naturelle : une population souvent bancarisée, habituée aux mécanismes financiers internationaux et disposant d’une capacité d’épargne significative.

 

L’une des pistes les plus marquantes évoquées dans ce partenariat concerne les « Diaspora Bonds », ces obligations spécialement conçues pour les ressortissants vivant à l’étranger. L’idée est simple sur le papier : permettre à la diaspora d’investir dans le développement de son pays tout en percevant un rendement financier encadré.

 

Mais entre ambition et réalité, l’écart peut être important.

 

La réussite de ce projet dépendra d’abord de la confiance. Sans transparence sur l’utilisation des fonds, sans gouvernance claire et sans garanties suffisantes, les investisseurs potentiels pourraient rester prudents. Dans un environnement où les opportunités d’investissement sont mondiales, la concurrence est directe.

 

Elle dépendra aussi de l’expérience utilisateur. Investir depuis l’étranger devra devenir un geste simple, rapide, digitalisé, loin des lourdeurs administratives encore associées à certains marchés financiers de la région.

 

Au-delà de la Côte d’Ivoire, cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large au sein de l’UEMOA : celle de la recherche de nouvelles sources de financement endogènes, moins dépendantes des marchés internationaux et des bailleurs traditionnels.

 

Le protocole signé à Abidjan ouvre donc une perspective : faire évoluer la diaspora du rôle de soutien familial vers celui d’investisseur à part entière du développement économique.

 

Reste maintenant la phase décisive : celle des instruments concrets. Car en matière de finance, les intentions comptent, mais seuls les produits réellement proposés sur le marché écrivent la suite de l’histoire.