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  • 16/04/2026

Côte d’Ivoire : Le SRE peut-il vraiment débloquer le crédit agricole ?

Réunis ce jeudi 16 avril au Noom Hôtel à Abidjan, autorités publiques, banques et acteurs agricoles ont affiché un front commun autour du Système de Récépissés d’Entreposage (SRE), présenté comme un levier structurant pour financer l’agriculture. Mais derrière ce consensus, le défi reste entier : transformer l’adhésion institutionnelle en adoption réelle sur le terrain.

 

Au Noom Hôtel d’Abidjan, ce jeudi matin, le constat est posé sans détour : en Côte d’Ivoire, le principal verrou du secteur agricole n’est plus la production, mais le financement.

 

Représentant le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, le Colonel-major Sangaré Souleymane plante le décor :
« Le principal défi aujourd’hui n’est plus seulement de produire, mais de consolider les mécanismes de financement durable et de sécuriser les revenus des producteurs. »

 

Un consensus institutionnel autour d’un outil structurant

 

Dans la salle, les discours convergent. Le Système de Récépissés d’Entreposage s’impose comme une réforme centrale dans la stratégie de modernisation agricole.

 

Pour la Secrétaire exécutive du Comité de Concertation État-Secteur privé, Mariam Fadiga Fofana, l’enjeu est avant tout pédagogique :
« Cette tribune vise à permettre une pleine appropriation de ce mécanisme inédit dans la facilitation des affaires en Côte d’Ivoire. »

 

Même tonalité du côté de l’Autorité de régulation. Son directeur général, Justin Koffi, insiste sur la portée du dispositif :
« Le SRE constitue un mécanisme moderne permettant de sécuriser les stocks et d’obtenir des financements en utilisant les produits agricoles comme garantie. »

 

Transformer les récoltes en actifs financiers

 

Dans son principe, le SRE repose sur une mécanique simple mais structurante : convertir les stocks agricoles en garanties bancables.

 

« Les produits stockés deviennent une garantie tangible, traçable et contrôlée », explique Justin Koffi, soulignant l’intérêt du dispositif pour les institutions financières.

 

Pour les autorités, l’objectif est clair : faciliter l’accès au crédit, améliorer la gestion des flux agricoles et sécuriser les transactions.

 

Le SRE, socle de la future bourse agricole

 

Représentant le ministère de l’Agriculture, Jacques Dadié élargit la perspective. Le SRE ne se limite pas au financement : il s’inscrit dans une architecture de marché plus large.

 

« Le récépissé d’entreposage donne corps et substance aux produits négociés », affirme-t-il, en référence à la future Bourse des Matières Premières Agricoles (BMPA).

 

Sans système fiable de stockage, de certification et de traçabilité, aucune cotation crédible ne peut émerger. Le SRE apparaît ainsi comme un maillon clé entre production agricole et marchés organisés.

 

Des avancées mesurables, mais encore limitées

 

Sur le terrain, le dispositif progresse, mais à un rythme encore modéré.

 

À ce jour, 982 récépissés ont été émis, pour un volume global d’environ 26 404 tonnes de marchandises, principalement dans les filières cajou, maïs et cola.

 

Des résultats jugés encourageants, mais encore en deçà des ambitions affichées pour un secteur qui mobilise près de 60 % de la population active.

 

Le défi de l’appropriation

 

Au fil des interventions, un constat s’impose : le succès du SRE dépendra moins de sa conception que de son adoption.

 

« Le SRE est un levier puissant de croissance inclusive et durable », rappelle le représentant du ministère des Finances, appelant à une mobilisation accrue de l’ensemble des acteurs.

 

Dans le même esprit, Jacques Dadié insiste sur la nécessité d’une dynamique collective :
« Le succès du système repose sur une appropriation et une synergie d’action entre l’ensemble des parties prenantes. »

 

Entre ambition et réalité, l’épreuve du terrain

 

Au-delà des discours, cette rencontre met en lumière une réalité plus nuancée. Le SRE est désormais reconnu comme un outil pertinent, mais son déploiement reste encore inégal.

 

Entre prudence des banques, appropriation progressive par les producteurs et contraintes d’infrastructures, la montée en puissance du dispositif dépendra de sa capacité à s’ancrer durablement dans les pratiques.

 

La question reste ouverte : le SRE parviendra-t-il à s’imposer comme un instrument central du financement agricole en Côte d’Ivoire, ou restera-t-il un outil encore marginal ?