Réunis ce jeudi 16 avril au Noom Hôtel à Abidjan, autorités publiques, banques et acteurs agricoles ont affiché un front commun autour du Système de Récépissés d’Entreposage (SRE), présenté comme un levier structurant pour financer l’agriculture. Mais derrière ce consensus, le défi reste entier : transformer l’adhésion institutionnelle en adoption réelle sur le terrain.
Au Noom Hôtel
d’Abidjan, ce jeudi matin, le constat est posé sans détour : en Côte d’Ivoire,
le principal verrou du secteur agricole n’est plus la production, mais le
financement.
Représentant le
ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, le Colonel-major Sangaré
Souleymane plante le décor :
« Le principal défi aujourd’hui n’est plus seulement de produire, mais de
consolider les mécanismes de financement durable et de sécuriser les revenus
des producteurs. »
Un consensus
institutionnel autour d’un outil structurant
Dans la salle, les
discours convergent. Le Système de Récépissés d’Entreposage s’impose comme une
réforme centrale dans la stratégie de modernisation agricole.
Pour la Secrétaire
exécutive du Comité de Concertation État-Secteur privé, Mariam Fadiga Fofana,
l’enjeu est avant tout pédagogique :
« Cette tribune vise à permettre une pleine appropriation de ce mécanisme
inédit dans la facilitation des affaires en Côte d’Ivoire. »
Même tonalité du
côté de l’Autorité de régulation. Son directeur général, Justin Koffi, insiste
sur la portée du dispositif :
« Le SRE constitue un mécanisme moderne permettant de sécuriser les stocks et
d’obtenir des financements en utilisant les produits agricoles comme garantie.
»
Transformer les
récoltes en actifs financiers
Dans son principe,
le SRE repose sur une mécanique simple mais structurante : convertir les stocks
agricoles en garanties bancables.
« Les produits
stockés deviennent une garantie tangible, traçable et contrôlée », explique
Justin Koffi, soulignant l’intérêt du dispositif pour les institutions
financières.
Pour les
autorités, l’objectif est clair : faciliter l’accès au crédit, améliorer la
gestion des flux agricoles et sécuriser les transactions.
Le SRE, socle de
la future bourse agricole
Représentant le
ministère de l’Agriculture, Jacques Dadié élargit la perspective. Le SRE ne se
limite pas au financement : il s’inscrit dans une architecture de marché plus
large.
« Le récépissé
d’entreposage donne corps et substance aux produits négociés », affirme-t-il,
en référence à la future Bourse des Matières Premières Agricoles (BMPA).
Sans système
fiable de stockage, de certification et de traçabilité, aucune cotation
crédible ne peut émerger. Le SRE apparaît ainsi comme un maillon clé entre
production agricole et marchés organisés.
Des avancées
mesurables, mais encore limitées
Sur le terrain, le
dispositif progresse, mais à un rythme encore modéré.
À ce jour, 982
récépissés ont été émis, pour un volume global d’environ 26 404 tonnes de
marchandises, principalement dans les filières cajou, maïs et cola.
Des résultats
jugés encourageants, mais encore en deçà des ambitions affichées pour un
secteur qui mobilise près de 60 % de la population active.
Le défi de
l’appropriation
Au fil des
interventions, un constat s’impose : le succès du SRE dépendra moins de sa
conception que de son adoption.
« Le SRE est un
levier puissant de croissance inclusive et durable », rappelle le représentant
du ministère des Finances, appelant à une mobilisation accrue de l’ensemble des
acteurs.
Dans le même
esprit, Jacques Dadié insiste sur la nécessité d’une dynamique collective :
« Le succès du système repose sur une appropriation et une synergie d’action
entre l’ensemble des parties prenantes. »
Entre ambition et
réalité, l’épreuve du terrain
Au-delà des
discours, cette rencontre met en lumière une réalité plus nuancée. Le SRE est
désormais reconnu comme un outil pertinent, mais son déploiement reste encore
inégal.
Entre prudence des
banques, appropriation progressive par les producteurs et contraintes
d’infrastructures, la montée en puissance du dispositif dépendra de sa capacité
à s’ancrer durablement dans les pratiques.
La question reste
ouverte : le SRE parviendra-t-il à s’imposer comme un instrument central du
financement agricole en Côte d’Ivoire, ou restera-t-il un outil encore marginal
?
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