Sacrée championne du monde 2026, l'Espagne repart avec un chèque record de 51 millions de dollars versé par la FIFA. Mais une partie de cette somme pourrait ne jamais parvenir intégralement à la Fédération espagnole de football. En cause : la fiscalité américaine, qui s'applique aux revenus générés sur son territoire et pourrait prélever une fraction des primes distribuées lors du tournoi.
La question dépasse largement le cas de l'Espagne.
Elle met en lumière un aspect souvent méconnu des grandes compétitions
sportives : leur dimension fiscale. Organisée principalement aux États-Unis,
avec 78 des 104 rencontres disputées sur le sol américain, la Coupe du monde
2026 place les primes, rémunérations et autres revenus liés au tournoi dans le
champ d'application de l'Internal Revenue Service (IRS), l'administration
fiscale des États-Unis.
Contrairement à certaines affirmations relayées sur
les réseaux sociaux, Washington ne prélèvera pas automatiquement près de la
moitié des 51 millions de dollars remportés par l'Espagne. En réalité, le
traitement fiscal est plus complexe. Les revenus doivent être répartis entre
les États-Unis, le Canada et le Mexique, les trois pays hôtes, selon le lieu où
les matchs ont été disputés. Les conventions fiscales internationales,
notamment celle liant les États-Unis et l'Espagne, permettent par ailleurs d'atténuer
les risques de double imposition.
Au-delà de la prime de la FIFA, ce sont également les
rémunérations des joueurs, des entraîneurs, des membres du staff, des arbitres
et parfois même les revenus commerciaux liés à la compétition qui peuvent être
concernés par les règles fiscales américaines. Des experts estiment que la
charge fiscale globale peut être significative, en fonction de la nature des
revenus et de la situation fiscale des bénéficiaires, sans pour autant
représenter mécaniquement près de 50% de la prime versée au champion du monde.
Cette situation contraste avec celle de précédentes
éditions du Mondial. Le Brésil en 2014, la Russie en 2018 et le Qatar en 2022
avaient accordé à la FIFA et à plusieurs acteurs du tournoi des régimes fiscaux
particulièrement avantageux, voire des exonérations. Les États-Unis ont adopté
une approche différente, illustrant leur volonté d'appliquer leur législation
fiscale aux revenus générés sur leur territoire.
Au total, la FIFA distribuera 871 millions de dollars de
primes aux 48 sélections participantes, un niveau inédit qui confirme l'ampleur
économique de la compétition. Pour les administrations fiscales comme pour les
fédérations, la gestion de ces flux financiers devient désormais un enjeu
stratégique, mobilisant fiscalistes, juristes et spécialistes de la mobilité
internationale.
Au-delà du spectacle sportif, la Coupe du monde 2026
illustre ainsi une réalité de plus en plus prégnante : les grands événements
internationaux sont aussi des espaces où se jouent des arbitrages fiscaux
majeurs. Pour les États hôtes, l'organisation d'une compétition mondiale ne se
limite plus aux retombées touristiques et économiques ; elle ouvre également la
voie à de nouvelles recettes fiscales, faisant de la fiscalité un acteur à part
entière du business du sport.
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