La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) redonne un rôle central au président ivoirien Alassane Ouattara dans le chantier de la monnaie unique ECO. Réunis le 19 juillet 2026 à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État ont demandé à la Commission de la CEDEAO de convoquer, avant le sommet de décembre prochain, une réunion de la Task Force présidentielle « en collaboration avec le Président de la République de Côte d'Ivoire », désormais seul membre encore en fonction de cette instance. La Guinée a par ailleurs été intégrée à la Task Force.
Cette décision dépasse le simple symbole. Elle traduit
la volonté de la CEDEAO de s'appuyer sur l'un des dirigeants les plus
expérimentés du continent en matière de politique monétaire pour tenter de
relancer un projet reporté à plusieurs reprises depuis son annonce initiale.
Une expertise monétaire rare au sommet de
l'État
Si Alassane Ouattara apparaît aujourd'hui comme un
choix naturel, c'est d'abord en raison de son parcours. Bien avant son
accession à la présidence de la Côte d'Ivoire, il a dirigé la Banque centrale
des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), où il a acquis une connaissance
approfondie des mécanismes de politique monétaire, de stabilité financière et
de coopération entre États partageant une même devise.
À cette expérience s'ajoute son passage au Fonds
monétaire international (FMI) en qualité de directeur général adjoint, qui lui
a permis de participer aux débats sur les grandes politiques macroéconomiques
internationales. Peu de chefs d'État de la sous-région disposent d'une telle
combinaison d'expériences nationales, régionales et internationales.
Le dernier pilier de la Task Force
présidentielle
Le choix de la CEDEAO s'explique également par un
impératif de continuité. Au fil des années, plusieurs membres de la Task Force
présidentielle ont quitté le pouvoir. Alassane Ouattara est désormais le seul
dirigeant encore en exercice parmi les membres historiques de cette instance
créée pour accompagner politiquement la mise en place de l'ECO.
Son maintien à la tête de la Côte d'Ivoire lui confère
une mémoire institutionnelle précieuse dans un dossier marqué par de nombreux
reports et revirements.
Un changement de stratégie pour sauver
l'ECO
Au-delà du rôle confié au président ivoirien, le
sommet de Lungi a acté une évolution majeure de la stratégie de la CEDEAO.
L'organisation confirme toujours son ambition de lancer l'ECO en 2027, mais
abandonne l'idée d'un démarrage simultané de tous les États membres.
Désormais, seuls les pays respectant les critères de
convergence – notamment en matière de déficit budgétaire, d'inflation,
d'endettement et de réserves de change – participeront à la première phase. Les
autres rejoindront progressivement l'union monétaire une fois les conditions
remplies.
Cette approche graduelle vise à éviter que les retards
de certains États ne bloquent l'ensemble du projet, comme ce fut le cas ces
dernières années.
Une crédibilité utile face aux marchés
Le retour d'Alassane Ouattara au premier plan répond
aussi à un enjeu de confiance. La création d'une monnaie unique ne dépend pas
uniquement de décisions politiques. Elle exige de convaincre les investisseurs,
les banques centrales, les institutions financières et les partenaires
internationaux de la solidité du projet.
Dans ce contexte, le profil du chef de l'État ivoirien
constitue un atout pour porter un discours de discipline macroéconomique et de
stabilité, deux conditions essentielles au succès d'une union monétaire.
Un chantier encore semé d'obstacles
Pour autant, la relance de la Task Force ne garantit
pas le succès de l'ECO. Plusieurs défis demeurent, à commencer par le respect
des critères de convergence par les États membres. À cela s'ajoutent les
questions de gouvernance de la future banque centrale, la coordination des
politiques budgétaires ainsi que le rôle déterminant du Nigéria, première
économie de la région.
En confiant à Alassane Ouattara un rôle de premier
plan, la CEDEAO fait donc le pari que l'expérience, la crédibilité
internationale et la continuité institutionnelle permettront d'accélérer un
projet qui ambitionne, à terme, de doter l'Afrique de l'Ouest d'une monnaie
commune au service de près de 400 millions d'habitants et d'un marché régional
plus intégré.
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