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  • 22/07/2026

ECO : Pourquoi la CEDEAO remet Alassane Ouattara aux commandes du projet de monnaie unique

La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) redonne un rôle central au président ivoirien Alassane Ouattara dans le chantier de la monnaie unique ECO. Réunis le 19 juillet 2026 à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État ont demandé à la Commission de la CEDEAO de convoquer, avant le sommet de décembre prochain, une réunion de la Task Force présidentielle « en collaboration avec le Président de la République de Côte d'Ivoire », désormais seul membre encore en fonction de cette instance. La Guinée a par ailleurs été intégrée à la Task Force.

 

Cette décision dépasse le simple symbole. Elle traduit la volonté de la CEDEAO de s'appuyer sur l'un des dirigeants les plus expérimentés du continent en matière de politique monétaire pour tenter de relancer un projet reporté à plusieurs reprises depuis son annonce initiale.

 

Une expertise monétaire rare au sommet de l'État

 

Si Alassane Ouattara apparaît aujourd'hui comme un choix naturel, c'est d'abord en raison de son parcours. Bien avant son accession à la présidence de la Côte d'Ivoire, il a dirigé la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), où il a acquis une connaissance approfondie des mécanismes de politique monétaire, de stabilité financière et de coopération entre États partageant une même devise.

 

À cette expérience s'ajoute son passage au Fonds monétaire international (FMI) en qualité de directeur général adjoint, qui lui a permis de participer aux débats sur les grandes politiques macroéconomiques internationales. Peu de chefs d'État de la sous-région disposent d'une telle combinaison d'expériences nationales, régionales et internationales.

 

Le dernier pilier de la Task Force présidentielle

 

Le choix de la CEDEAO s'explique également par un impératif de continuité. Au fil des années, plusieurs membres de la Task Force présidentielle ont quitté le pouvoir. Alassane Ouattara est désormais le seul dirigeant encore en exercice parmi les membres historiques de cette instance créée pour accompagner politiquement la mise en place de l'ECO.

 

Son maintien à la tête de la Côte d'Ivoire lui confère une mémoire institutionnelle précieuse dans un dossier marqué par de nombreux reports et revirements.

 

Un changement de stratégie pour sauver l'ECO

 

Au-delà du rôle confié au président ivoirien, le sommet de Lungi a acté une évolution majeure de la stratégie de la CEDEAO. L'organisation confirme toujours son ambition de lancer l'ECO en 2027, mais abandonne l'idée d'un démarrage simultané de tous les États membres.

 

Désormais, seuls les pays respectant les critères de convergence – notamment en matière de déficit budgétaire, d'inflation, d'endettement et de réserves de change – participeront à la première phase. Les autres rejoindront progressivement l'union monétaire une fois les conditions remplies.

 

Cette approche graduelle vise à éviter que les retards de certains États ne bloquent l'ensemble du projet, comme ce fut le cas ces dernières années.

 

Une crédibilité utile face aux marchés

 

Le retour d'Alassane Ouattara au premier plan répond aussi à un enjeu de confiance. La création d'une monnaie unique ne dépend pas uniquement de décisions politiques. Elle exige de convaincre les investisseurs, les banques centrales, les institutions financières et les partenaires internationaux de la solidité du projet.

 

Dans ce contexte, le profil du chef de l'État ivoirien constitue un atout pour porter un discours de discipline macroéconomique et de stabilité, deux conditions essentielles au succès d'une union monétaire.

 

Un chantier encore semé d'obstacles

 

Pour autant, la relance de la Task Force ne garantit pas le succès de l'ECO. Plusieurs défis demeurent, à commencer par le respect des critères de convergence par les États membres. À cela s'ajoutent les questions de gouvernance de la future banque centrale, la coordination des politiques budgétaires ainsi que le rôle déterminant du Nigéria, première économie de la région.

 

En confiant à Alassane Ouattara un rôle de premier plan, la CEDEAO fait donc le pari que l'expérience, la crédibilité internationale et la continuité institutionnelle permettront d'accélérer un projet qui ambitionne, à terme, de doter l'Afrique de l'Ouest d'une monnaie commune au service de près de 400 millions d'habitants et d'un marché régional plus intégré.