Le Sénégal vient de réussir un nouveau test sur le marché financier régional. Alors que Dakar prépare le traitement de sa dette extérieure et que ses créanciers internationaux se regroupent, le Trésor a levé 101,34 milliards FCFA, soit environ 179 millions de dollars, lors de son émission du 11 septembre. Une opération qui montre que, pour l’instant, le marché régional continue de financer le pays malgré la forte dégradation de son profil de risque.
Le chiffre est à première vue rassurant. Le
Sénégal avait sollicité 100 milliards FCFA et les investisseurs ont proposé
environ 109 milliards FCFA, permettant au Trésor de retenir finalement 101,34
milliards FCFA. Surtout, les conditions de financement n’ont pas connu de
dérapage majeur : le rendement moyen à cinq ans est ressorti à environ 7,89%,
contre 8,24% lors de l’opération précédente.
Cette capacité à lever des fonds intervient
pourtant dans un contexte particulièrement délicat. Le gouvernement sénégalais
a officiellement lancé, le 1er septembre, son Plan de traitement de la dette du
Sénégal (PTDS), après avoir constaté l’ampleur des déséquilibres accumulés au
cours des dernières années. Dakar veut notamment réduire le poids du service de
la dette et ses besoins de refinancement, tout en restaurant progressivement
des marges de manœuvre budgétaires.
Le marché régional reste la bouée de financement
L’élément le plus significatif de cette émission
réside peut-être moins dans les 179 millions de dollars levés que dans le fait
que le Sénégal conserve un accès au marché régional.
Le gouvernement a explicitement décidé d’exclure
la dette libellée en francs CFA du plan de traitement. Dakar considère en effet
le marché régional comme un rouage essentiel du financement de l’État et de
l’économie sénégalaise. Cette décision permet donc au Trésor de continuer à
solliciter les investisseurs de l’UEMOA pendant qu’il négocie le traitement de
sa dette extérieure.
C’est un point stratégique. Une rupture de
confiance sur le marché régional aurait considérablement compliqué la gestion
de la trésorerie de l’État. Le succès relatif de l’émission du 11 septembre
suggère, à ce stade, que les investisseurs régionaux ne sont pas encore prêts à
fermer le robinet.
Mais ils ne financent pas Dakar gratuitement. Les
rendements restent élevés et traduisent une perception du risque nettement
supérieure à celle observée avant la crise de la dette.
Une confiance qui n’existe plus sur les marchés
internationaux
Le contraste est particulièrement frappant avec
les marchés internationaux.
Après la révélation de plusieurs milliards de
dollars d’emprunts qui n’avaient pas été correctement déclarés sous l’ancienne
administration, la dette sénégalaise a subi une forte dégradation de son profil
de risque. La dette publique a été estimée à plus de 130% du PIB, tandis que
Dakar tente désormais de convaincre le FMI de la viabilité de ses finances
publiques pour obtenir un nouveau programme de 2,2 milliards de dollars.
Les investisseurs internationaux, eux, se
préparent déjà à une négociation musclée. Au moins huit gestionnaires de fonds
détenant des obligations souveraines sénégalaises ont constitué un groupe de
créanciers et mandaté le cabinet White & Case pour les représenter.
L’enjeu est considérable : Dakar insiste sur le
terme de « reprofilage » plutôt que sur celui de restructuration. Dans les
faits, le gouvernement entend notamment allonger certaines maturités et
renégocier des taux d’intérêt. Pour les créanciers, la nuance sémantique ne
change toutefois pas la réalité économique : les conditions initiales de leurs
investissements pourraient être modifiées.
Le gestionnaire d’actifs Amundi estime d’ailleurs
que les obligations sénégalaises pourraient être trop chères au regard du
risque qu’elles portent actuellement. Les titres se négocient autour de la
moitié de leur valeur nominale, tandis que les investisseurs anticipent de
nouvelles concessions de la part de Dakar.
3,5 milliards de dollars d’arriérés à apurer
La pression ne vient pas uniquement des
créanciers obligataires.
Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a
indiqué que le Sénégal devait apurer environ 3,5 milliards de dollars
d’arriérés de paiement, correspondant à 1 956 milliards FCFA à fin mars 2025.
Ces impayés constituent une autre contrainte majeure pour les finances
publiques et risquent de peser sur la trésorerie des entreprises ainsi que sur
l’activité économique.
Le plan de traitement de la dette doit donc
permettre de dégager des ressources pour s’attaquer simultanément à plusieurs
fronts : réduire le service de la dette, limiter les besoins de refinancement
et libérer des marges budgétaires pour apurer progressivement les arriérés
envers le secteur privé.
Le gouvernement sénégalais mise également sur le
Cadre commun du G20, dans une version qu’il présente comme « améliorée », afin
de coordonner les discussions avec ses créanciers internationaux. L’objectif
affiché est d’accélérer le processus tout en assurant un partage plus précoce
des informations entre les différentes parties.
Un répit, pas encore une victoire
Dans ce contexte, les 101,34 milliards FCFA levés
le 11 septembre constituent davantage un signal qu’une solution.
Le Sénégal démontre qu’il peut encore mobiliser
l’épargne régionale alors que ses relations avec les créanciers internationaux
sont devenues beaucoup plus complexes. C’est une bonne nouvelle pour la
trésorerie de l’État et, plus largement, pour la stabilité du marché financier
de l’UEMOA.
Mais l’opération ne change pas l’équation
fondamentale. Dakar doit encore restaurer la soutenabilité de sa dette, apurer
plusieurs milliards de dollars d’arriérés et parvenir à un accord acceptable
avec ses créanciers extérieurs pour sécuriser le soutien du FMI.
Autrement dit, le marché régional continue de
prêter au Sénégal, mais il ne lui a pas encore accordé un blanc-seing. La
véritable épreuve sera désormais de savoir combien coûtera ce financement dans
la durée et jusqu’où les investisseurs régionaux accepteront de suivre Dakar
pendant que les créanciers internationaux négocient, eux, les conditions du
traitement de la dette.
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