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  • 24/02/2026

Dossier BankAssur Afrik+ : Potentiel d’exportations non exploité en Afrique — Analyse et perspectives

1. Export Potential Map : l’outil stratégique

 

La Export Potential Map de l’International Trade Centre (ITC) est une plateforme analytique qui combine données commerciales, tarifaires, économiques et géographiques pour identifier le potentiel inexploité des exportations de chaque pays et les marchés les plus attractifs. Elle permet de comparer les volumes exportés avec le potentiel estimé, intégrant des paramètres tels que la demande mondiale, les conditions d’accès aux marchés et les barrières commerciales.
Cette approche quantitative permet aux décideurs publics et privés d’identifier des opportunités concrètes de diversification et de croissance.

 

2. Le cas du Nigéria : milliards de dollars laissés sur la table

 

Le Nigéria, première économie africaine et première puissance démographique du continent, affiche un écart significatif entre exportations réelles et potentiel estimé. Selon l’ITC et des analyses du marché :

  • Exportations totales estimées : ~7,6 milliards $
  • Exportations effectivement réalisées : ~3,9 milliards $
  • Écart non exploité : ~3,9 milliards de dollars

 

Les secteurs présentant le plus fort potentiel non exploité incluent :

  • Cacao : ~749 millions $ non réalisés
  • Noix de cajou
  • Engrais (urée, phosphates)
  • Café
  • Produits miniers et poissons congelés

 

Cet écart illustre la dépendance persistante du Nigéria aux hydrocarbures et le déficit de transformation locale dans les secteurs agro-industriels.

 

3. Cacao : l’Afrique vend brut, l’Europe transforme

 

L’Afrique produit environ 70% du cacao mondial, mais la majeure partie est exportée sous forme de fèves brutes. Selon les données de marché, le beurre, la poudre et le chocolat industriel représentent des marges et volumes beaucoup plus élevés, capturés majoritairement par les entreprises européennes.

 

Les principaux obstacles à la transformation locale sont :

  • Infrastructure de transformation limitée
  • Financement industriel insuffisant
  • Accès aux normes internationales

 

Chaque tonne exportée brute représente un manque à gagner structurel, alors que le développement de filières locales pourrait générer emplois, devises et croissance industrielle.

 

4. ZLECAf et le potentiel intra-africain

 

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre une opportunité unique de stimuler le commerce intra-africain. Selon la CNUCED, le potentiel d’exportations intra-africaines supplémentaires pourrait atteindre 9,2 milliards de dollars grâce à la réduction des tarifs et à l’intégration des marchés.

 

Les secteurs les plus prometteurs sont :

  • Produits agro-transformés : manioc, huile de palme, cacao transformé
  • Céréales et légumineuses
  • Huiles essentielles et épices : gingembre, hibiscus
  • Textiles et vêtements
  • Services numériques et fintech

 

Cependant, le potentiel reste largement inexploité en raison de contraintes logistiques, de normes incomplètes et de financements industriels insuffisants. La ZLECAf ne sera pleinement bénéfique que si les chaînes de valeur africaines sont consolidées et intégrées.

 

5. Analyse stratégique

 

Ce que révèlent ces données :

  • L’Afrique dispose d’un potentiel d’exportation massif et mesurable, dans des secteurs classiques mais insuffisamment valorisés.
  • Les écarts entre export réel et potentiel s’expliquent principalement par des contraintes structurelles, pas par un manque de demande.
  • La diversification économique et l’intégration régionale sont des enjeux cruciaux pour transformer ces opportunités en croissance durable.

 

6. Conclusion : recommandations éditoriales

 

Pour BankAssur Afrik+, ce dossier démontre que :

  • Les opportunités existent et sont vérifiables grâce à des données officielles et analytiques.
  • Les chroniques économiques peuvent désormais être data-driven, en combinant chiffres et analyses stratégiques.
  • La ZLECAf, la transformation du cacao et la diversification nigériane offrent des angles éditoriaux concrets pour des enquêtes, dossiers ou séries premium.

 

En résumé, le potentiel est réel, les marchés existent, mais la capture de valeur dépend d’actions industrielles et politiques coordonnées. Le rôle du journalisme économique est de mettre en lumière ces écarts et de proposer des analyses stratégiques basées sur des faits solides.