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  • 16/01/2026

Exercices navals avec l’Iran : Pretoria sous pression, Washington sort le carton jaune

Au large de l’Afrique australe, des exercices navals ont suffi à faire remonter à la surface une tension diplomatique latente entre l’Afrique du Sud et les États-Unis. En cause : la participation de l’Iran à ces manœuvres, un choix que Washington juge lourd de conséquences, tant sur le plan sécuritaire que politique.

 

Dans un ton inhabituellement direct, les États-Unis disent avoir pris note « avec inquiétude et consternation » des informations selon lesquelles le ministre sud-africain de la Défense et la South African National Defence Force (SANDF) auraient défié un ordre du gouvernement concernant l’implication de Téhéran. Un signal jugé préoccupant, dans un contexte international marqué par une crispation accrue autour des alliances militaires et des équilibres maritimes.

 

Pour Washington, le problème dépasse largement le cadre d’un simple exercice conjoint. « L’Iran est un acteur déstabilisateur et un État qui soutient le terrorisme », martèle la position américaine, estimant que son inclusion « compromet la sécurité maritime et la stabilité régionale ». Un rappel appuyé, alors que les routes maritimes restent un pilier stratégique du commerce mondial et de la sécurité énergétique.

 

Mais c’est sur le terrain symbolique que le malaise est le plus profond. Les autorités américaines jugent « particulièrement inadmissible » que l’Afrique du Sud ait accueilli des forces de sécurité iraniennes à un moment où celles-ci sont accusées de tirer sur des citoyens iraniens engagés dans des activités politiques pacifiques, de les emprisonner et de les torturer. Une situation que Washington met en parallèle avec l’histoire sud-africaine elle-même, rappelant que ce sont précisément ces libertés que « les Sud-Africains se sont battus si durement afin de les obtenir pour eux-mêmes ».

 

Dans cette optique, la charge est frontale : « L’Afrique du Sud ne peut pas donner de leçons au monde entier sur la “justice” tout en se rapprochant de l’Iran », tranche la position américaine. Une phrase lourde de sens pour un pays qui a longtemps bâti son influence internationale sur un capital moral hérité de la lutte anti-apartheid.

 

Washington rejette également l’argument du non-alignement avancé par Pretoria. Autoriser des forces militaires iraniennes à opérer dans les eaux sud-africaines, ou se rendre à Téhéran pour afficher une solidarité politique, « n’est pas du non-alignement », estiment les États-Unis. Selon eux, il s’agit clairement de « choisir de se ranger du côté d’un régime qui réprime brutalement son peuple et se livre au terrorisme ».

 

Derrière cet échange tendu se dessine une équation géo-économique délicate. L’Afrique du Sud cherche à consolider son ancrage au sein des BRICS et à affirmer une diplomatie souveraine, tout en restant dépendante des flux commerciaux, financiers et logistiques occidentaux. Dans ce jeu d’équilibriste, chaque décision sécuritaire devient un signal scruté par les investisseurs, les partenaires commerciaux et les agences de risque.

 

Plus qu’un incident diplomatique, l’épisode révèle une réalité plus large : à mesure que les rivalités stratégiques gagnent les mers, le non-alignement africain se heurte à ses propres limites. Et dans cet espace gris entre principes historiques et intérêts économiques, Pretoria avance désormais sous haute surveillance.