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  • 11/02/2026

FANAF 50 : A Abidjan, NSIA Asset Management appelle les assureurs à repenser radicalement leur gestion financière

À l’ombre de la 50ᵉ Assemblée générale de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF), au Sofitel Hôtel Ivoire d’Abidjan, les discussions officielles portent sur la transformation du secteur africain de l’assurance. Mais à quelques mètres de là, au Mandjaro de l’Ivoire Trade Center, c’est un autre débat, plus technique et peut-être plus décisif, qui s’est ouvert : celui de la rentabilité financière des assureurs.

 

En marge de la grande messe continentale, NSIA Asset Management a réuni dirigeants, directeurs financiers et responsables de placements autour d’un constat sans détour posé par son Directeur général, Jean Olivier Diagou : le secteur fait face à un déficit structurel et continu des résultats techniques. Autrement dit, le cœur du métier – souscription, tarification, gestion des sinistres – ne suffit plus, à lui seul, à garantir une rentabilité satisfaisante.

 

Dans ce contexte, le résultat financier devient un levier stratégique. Mais, selon le dirigeant, ce levier reste encore insuffisamment optimisé.

 

Un à deux points qui changent tout

 

La promesse avancée n’est pas spectaculaire en apparence : bonifier le rendement financier des assureurs de un à deux points. Pourtant, à l’échelle de portefeuilles d’investissement qui se chiffrent en dizaines, voire en centaines de milliards de FCFA, un tel différentiel peut transformer significativement le résultat net et le rendement des fonds propres.

 

Pour appuyer son argumentation, NSIA Asset Management met en avant des performances arrêtées au 31 décembre 2025. Sur 12 mois, son fonds actions « Aurore Opportunités » affiche une progression de 23,94%. Les fonds diversifiés évoluent entre 8% et 13%, tandis que les fonds obligataires et monétaires se situent, selon les compartiments, entre 6% et plus de 9%.

 

Au-delà des chiffres, le message est clair : dans un environnement prudentiel contraint, il existe des marges d’optimisation supérieures aux placements traditionnels, tels que les dépôts à terme, l’immobilier ou même certains titres d’État détenus en direct.

 

La critique implicite d’un modèle généralisé

 

L’intervention du DG de NSIA Asset Management a surtout mis en lumière une faiblesse organisationnelle observée dans plusieurs compagnies : l’application d’une stratégie d’investissement globale à l’ensemble du portefeuille, sans distinction fine des passifs.

 

Or, une compagnie d’assurance-vie gère simultanément des produits de prévoyance à flux plus courts et des produits de retraite à horizon long. Les profils de risque, de liquidité et de temporalité ne sont pas comparables. Investir ces masses financières de manière uniforme crée, selon lui, une inadéquation entre actifs et engagements.

 

La solution avancée repose sur une segmentation rigoureuse des portefeuilles, une allocation d’actifs différenciée et une gestion alignée sur le comportement réel des passifs. En filigrane, c’est toute la logique d’asset liability management qui est défendue, adaptée aux réalités des marchés de l’UEMOA.

 

Externaliser pour mieux performer

 

Autre message fort : le métier de gestionnaire d’actifs ne s’improvise pas.

 

Dans les années de forte expansion des marchés financiers, de nombreuses compagnies ont recruté des responsables de placements, parfois chargés à la fois de définir l’allocation et d’exécuter directement les investissements. Une confusion des rôles que le dirigeant juge contre-productive.

 

La gestion d’actifs requiert des équipes spécialisées, des analystes dédiés par classe d’actifs, des comités d’investissement structurés et une veille permanente des évolutions économiques et politiques. À défaut, le risque est de sous-performer face à des gestionnaires professionnels dont c’est le cœur de métier.

 

Le rôle du responsable de placements, dans cette approche, devient alors celui d’un pilote stratégique : définir les allocations, fixer des benchmarks et sélectionner les meilleurs gestionnaires ou fonds. En cas de sous-performance, l’arbitrage doit être rapide.

 

Une offensive stratégique en pleine FANAF

 

Le timing de cette conférence n’a rien d’anodin. À l’occasion du cinquantenaire de la FANAF, qui célèbre un demi-siècle de structuration du marché africain de l’assurance, NSIA Asset Management se positionne comme un partenaire technique de long terme pour les assureurs du continent.

 

Présente en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Sénégal, et annonçant une extension prochaine au Togo et au Mali, la société revendique un modèle fondé sur la proximité et l’adaptation aux spécificités locales.

 

Plus qu’une présentation de produits, l’événement d’Abidjan a ainsi pris la forme d’un plaidoyer : face à la pression sur les marges techniques, l’avenir de la rentabilité des assureurs africains passera par une gestion financière plus segmentée, plus spécialisée et plus exigeante.

 

Cinquante ans après la création de la FANAF, le débat ne porte plus seulement sur la pénétration du marché ou la modernisation réglementaire. Il s’élargit désormais à une question centrale : les assureurs africains exploitent-ils pleinement le potentiel de leurs actifs ?

 

À Abidjan, la réponse suggérée est claire. La bataille de la performance ne se jouera plus uniquement dans les contrats vendus, mais aussi dans la manière dont les primes collectées sont investies.

 

Et sur ce terrain, la compétition ne fait que commencer.