À l’ombre de la 50ᵉ Assemblée générale de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF), au Sofitel Hôtel Ivoire d’Abidjan, les discussions officielles portent sur la transformation du secteur africain de l’assurance. Mais à quelques mètres de là, au Mandjaro de l’Ivoire Trade Center, c’est un autre débat, plus technique et peut-être plus décisif, qui s’est ouvert : celui de la rentabilité financière des assureurs.
En marge de la grande messe continentale, NSIA Asset
Management a réuni dirigeants, directeurs financiers et responsables de
placements autour d’un constat sans détour posé par son Directeur général, Jean
Olivier Diagou : le secteur fait face à un déficit structurel et continu des
résultats techniques. Autrement dit, le cœur du métier – souscription,
tarification, gestion des sinistres – ne suffit plus, à lui seul, à garantir
une rentabilité satisfaisante.
Dans ce contexte, le résultat financier devient un
levier stratégique. Mais, selon le dirigeant, ce levier reste encore
insuffisamment optimisé.
Un à deux points qui changent tout
La promesse avancée n’est pas spectaculaire en
apparence : bonifier le rendement financier des assureurs de un à deux points.
Pourtant, à l’échelle de portefeuilles d’investissement qui se chiffrent en
dizaines, voire en centaines de milliards de FCFA, un tel différentiel peut
transformer significativement le résultat net et le rendement des fonds
propres.
Pour appuyer son argumentation, NSIA Asset Management
met en avant des performances arrêtées au 31 décembre 2025. Sur 12 mois, son
fonds actions « Aurore Opportunités » affiche une progression de 23,94%. Les
fonds diversifiés évoluent entre 8% et 13%, tandis que les fonds obligataires
et monétaires se situent, selon les compartiments, entre 6% et plus de 9%.
Au-delà des chiffres, le message est clair : dans un
environnement prudentiel contraint, il existe des marges d’optimisation
supérieures aux placements traditionnels, tels que les dépôts à terme,
l’immobilier ou même certains titres d’État détenus en direct.
La critique implicite d’un modèle
généralisé
L’intervention du DG de NSIA Asset Management a
surtout mis en lumière une faiblesse organisationnelle observée dans plusieurs
compagnies : l’application d’une stratégie d’investissement globale à
l’ensemble du portefeuille, sans distinction fine des passifs.
Or, une compagnie d’assurance-vie gère simultanément
des produits de prévoyance à flux plus courts et des produits de retraite à
horizon long. Les profils de risque, de liquidité et de temporalité ne sont pas
comparables. Investir ces masses financières de manière uniforme crée, selon
lui, une inadéquation entre actifs et engagements.
La solution avancée repose sur une segmentation
rigoureuse des portefeuilles, une allocation d’actifs différenciée et une
gestion alignée sur le comportement réel des passifs. En filigrane, c’est toute
la logique d’asset liability management qui est défendue, adaptée aux réalités
des marchés de l’UEMOA.
Externaliser pour mieux performer
Autre message fort : le métier de gestionnaire
d’actifs ne s’improvise pas.
Dans les années de forte expansion des marchés
financiers, de nombreuses compagnies ont recruté des responsables de
placements, parfois chargés à la fois de définir l’allocation et d’exécuter
directement les investissements. Une confusion des rôles que le dirigeant juge
contre-productive.
La gestion d’actifs requiert des équipes spécialisées,
des analystes dédiés par classe d’actifs, des comités d’investissement
structurés et une veille permanente des évolutions économiques et politiques. À
défaut, le risque est de sous-performer face à des gestionnaires professionnels
dont c’est le cœur de métier.
Le rôle du responsable de placements, dans cette
approche, devient alors celui d’un pilote stratégique : définir les
allocations, fixer des benchmarks et sélectionner les meilleurs gestionnaires
ou fonds. En cas de sous-performance, l’arbitrage doit être rapide.
Une offensive stratégique en pleine FANAF
Le timing de cette conférence n’a rien d’anodin. À
l’occasion du cinquantenaire de la FANAF, qui célèbre un demi-siècle de
structuration du marché africain de l’assurance, NSIA Asset Management se
positionne comme un partenaire technique de long terme pour les assureurs du
continent.
Présente en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Sénégal, et
annonçant une extension prochaine au Togo et au Mali, la société revendique un
modèle fondé sur la proximité et l’adaptation aux spécificités locales.
Plus qu’une présentation de produits, l’événement
d’Abidjan a ainsi pris la forme d’un plaidoyer : face à la pression sur les
marges techniques, l’avenir de la rentabilité des assureurs africains passera
par une gestion financière plus segmentée, plus spécialisée et plus exigeante.
Cinquante ans après la création de la FANAF, le débat
ne porte plus seulement sur la pénétration du marché ou la modernisation
réglementaire. Il s’élargit désormais à une question centrale : les assureurs
africains exploitent-ils pleinement le potentiel de leurs actifs ?
À Abidjan, la réponse suggérée est claire. La bataille
de la performance ne se jouera plus uniquement dans les contrats vendus, mais
aussi dans la manière dont les primes collectées sont investies.
Et sur ce terrain, la compétition ne fait que
commencer.
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