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  • 08/01/2026

Ghana : Quand la diaspora passe du soutien familial au capital stratégique

Il y a des phrases qui valent plus que de longs discours. À Londres, cette semaine, le gouverneur de la Banque du Ghana, Johnson Pandit Asiama, en a formulé une qui marque un changement de cap : les transferts de la diaspora ne doivent plus être perçus comme de simples envois d’argent, mais comme une forme de capital à part entière.

 

Derrière cette affirmation, il y a bien plus qu’un effet de tribune. Il y a une relecture stratégique d’un flux financier longtemps cantonné à un rôle social. Depuis des années, les remittances (transferts d’argent envoyés par les migrants à leurs proches restés dans leur pays d’origine) soutiennent les ménages, amortissent les crises et participent silencieusement à la stabilité économique. Mais elles restent, dans la plupart des pays africains, en marge des politiques financières structurantes.

 

Le Ghana semble vouloir changer cette approche.

 

Le sommet organisé entre acteurs ghanéens, britanniques et représentants de la diaspora s’inscrit dans une logique précise : transformer un lien affectif en relation économique durable. En mettant l’accent sur la nécessité d’institutions crédibles et de cadres transparents, la Banque du Ghana envoie un message sans ambiguïté. L’ère de la confiance implicite touche à sa fin ; place à la confiance institutionnelle.

 

Ce choix n’est pas anodin dans un pays qui sort d’une période de fortes tensions macroéconomiques. En repositionnant les transferts de la diaspora comme une source potentielle de financement à long terme, la banque centrale cherche aussi à stabiliser son environnement financier. Orienter ces flux vers des mécanismes plus structurés permettrait d’atténuer la volatilité du marché des changes et de renforcer la résilience du système financier.

 

Le partenariat avec le Royaume-Uni s’inscrit dans cette logique. Londres concentre à la fois une importante diaspora ghanéenne et une expertise financière reconnue. En clair, Accra ne cherche pas seulement des devises supplémentaires, mais un capital plus patient, plus stable, capable d’accompagner l’investissement productif plutôt que de répondre à des besoins immédiats.

 

Ce positionnement traduit également une évolution du rôle de la Banque du Ghana. L’institution ne se limite plus à la régulation monétaire classique. Elle adopte une posture de diplomatie financière, cherchant à connecter diaspora, partenaires internationaux et objectifs de stabilité macroéconomique.

 

L’enjeu est clair : faire de la diaspora un acteur économique à part entière, aux côtés de l’État et du secteur privé local. Si cette stratégie se matérialise par des instruments concrets et des règles lisibles, le Ghana pourrait ouvrir une voie observée de près par d’autres pays africains confrontés aux mêmes défis de financement et de crédibilité.

 

Reste une condition essentielle : la cohérence dans le temps. Car transformer les transferts en capital ne repose pas sur un sommet ou un discours, mais sur la constance des politiques publiques, la solidité des institutions et la stabilité des règles du jeu. Le signal est posé. Le marché, lui, attendra les actes.