Il y a des phrases qui valent plus que de longs discours. À Londres, cette semaine, le gouverneur de la Banque du Ghana, Johnson Pandit Asiama, en a formulé une qui marque un changement de cap : les transferts de la diaspora ne doivent plus être perçus comme de simples envois d’argent, mais comme une forme de capital à part entière.
Derrière cette affirmation, il y a bien plus qu’un
effet de tribune. Il y a une relecture stratégique d’un flux financier
longtemps cantonné à un rôle social. Depuis des années, les remittances (transferts
d’argent envoyés par les migrants à leurs proches restés dans leur pays
d’origine) soutiennent les ménages, amortissent les crises et participent
silencieusement à la stabilité économique. Mais elles restent, dans la plupart
des pays africains, en marge des politiques financières structurantes.
Le Ghana semble vouloir changer cette approche.
Le sommet organisé entre acteurs ghanéens,
britanniques et représentants de la diaspora s’inscrit dans une logique précise
: transformer un lien affectif en relation économique durable. En mettant
l’accent sur la nécessité d’institutions crédibles et de cadres transparents,
la Banque du Ghana envoie un message sans ambiguïté. L’ère de la confiance
implicite touche à sa fin ; place à la confiance institutionnelle.
Ce choix n’est pas anodin dans un pays qui sort d’une
période de fortes tensions macroéconomiques. En repositionnant les transferts
de la diaspora comme une source potentielle de financement à long terme, la
banque centrale cherche aussi à stabiliser son environnement financier.
Orienter ces flux vers des mécanismes plus structurés permettrait d’atténuer la
volatilité du marché des changes et de renforcer la résilience du système
financier.
Le partenariat avec le Royaume-Uni s’inscrit dans
cette logique. Londres concentre à la fois une importante diaspora ghanéenne et
une expertise financière reconnue. En clair, Accra ne cherche pas seulement des
devises supplémentaires, mais un capital plus patient, plus stable, capable
d’accompagner l’investissement productif plutôt que de répondre à des besoins
immédiats.
Ce positionnement traduit également une évolution du
rôle de la Banque du Ghana. L’institution ne se limite plus à la régulation
monétaire classique. Elle adopte une posture de diplomatie financière,
cherchant à connecter diaspora, partenaires internationaux et objectifs de
stabilité macroéconomique.
L’enjeu est clair : faire de la diaspora un acteur
économique à part entière, aux côtés de l’État et du secteur privé local. Si
cette stratégie se matérialise par des instruments concrets et des règles
lisibles, le Ghana pourrait ouvrir une voie observée de près par d’autres pays
africains confrontés aux mêmes défis de financement et de crédibilité.
Reste une condition essentielle : la cohérence dans le
temps. Car transformer les transferts en capital ne repose pas sur un sommet ou
un discours, mais sur la constance des politiques publiques, la solidité des
institutions et la stabilité des règles du jeu. Le signal est posé. Le marché,
lui, attendra les actes.
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