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  • 06/03/2026

Ghana : Une nouvelle cimenterie bas carbone pour rebattre les cartes du marché ouest-africain

Le Ghana avance ses pions dans l’industrie du ciment. Le président John Dramani Mahama a inauguré le 6 mars 2026 une nouvelle cimenterie présentée comme la plus grande installation industrielle au monde exploitant la technologie de l’argile calcinée.

 

Implantée dans la zone industrielle de Tema Free Zones Enclave, l’usine a été développée par CBI Ghana Ltd pour un investissement estimé à 110 millions de dollars. Sa capacité de production atteint 1,5 million de tonnes de ciment par an.

 

Pour Accra, l’enjeu dépasse largement l’ouverture d’un nouveau site industriel. L’objectif est clair : positionner le Ghana sur le marché émergent du ciment bas carbone tout en renforçant son autonomie industrielle.

 

Une technologie qui pourrait transformer la production de ciment

 

Le site repose sur une technologie appelée LC3 (Limestone Calcined Clay Cement).

 

Le principe consiste à remplacer une partie du clinker, composant central du ciment traditionnel, par de l’argile calcinée et du calcaire.

 

Ce changement peut sembler technique. Il est pourtant stratégique.

 

La fabrication du clinker nécessite des températures supérieures à 1 400 °C, ce qui en fait l’un des procédés industriels les plus énergivores au monde. Le secteur cimentier représente à lui seul près de 8% des émissions mondiales de CO₂ selon plusieurs études internationales.

 

En substituant une partie du clinker par de l’argile calcinée, le procédé LC3 permettrait de réduire les émissions de 30 à 40% par rapport au ciment conventionnel, tout en conservant les propriétés mécaniques nécessaires à la construction.

 

Autre avantage : l’argile est abondante dans de nombreux pays africains, ce qui réduit la dépendance aux matières premières importées.

 

Un marché africain du ciment en pleine expansion

 

La mise en service de cette cimenterie intervient alors que la demande de matériaux de construction progresse rapidement sur le continent.

 

La croissance démographique, l’urbanisation et les besoins en infrastructures alimentent une consommation de ciment en forte hausse. Selon plusieurs estimations sectorielles, l’Afrique pourrait devenir l’un des principaux marchés mondiaux du ciment dans les prochaines décennies.

 

Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, la production locale reste toutefois dépendante des importations de clinker.

Le développement de technologies alternatives pourrait donc modifier l’équilibre industriel du secteur.

 

Le Ghana veut renforcer son industrie manufacturière

 

Pour les autorités ghanéennes, le projet s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation économique.

 

Lors de l’inauguration, le président John Dramani Mahama a déclaré que « cette installation représente plus que l’ouverture d’une usine ; elle marque une avancée majeure dans la relance industrielle et la promotion d’une production durable au Ghana », selon la présidence ghanéenne.

 

Le gouvernement souhaite porter la contribution du secteur manufacturier à au moins 15% du produit intérieur brut d’ici 2030.

 

La cimenterie devrait également fonctionner dans le cadre de la politique dite “24-Hour Economy”, un programme visant à encourager l’activité industrielle en continu afin d’augmenter la production et l’emploi.

 

Une stratégie tournée vers le marché régional

 

Au-delà du marché domestique, Accra vise également l’exportation.

Le Ghana entend tirer parti de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui ambitionne de stimuler le commerce intra-africain en supprimant progressivement les barrières tarifaires entre les pays membres.

 

Produire localement pour alimenter les marchés régionaux constitue désormais l’un des axes majeurs de la politique industrielle ghanéenne.

 

Une concurrence croissante dans l’industrie du ciment

 

Le secteur du ciment en Afrique reste largement dominé par quelques grands groupes industriels. Parmi eux figure Dangote Cement, fondé par l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote, qui a déployé un vaste réseau de cimenteries sur le continent.

 

Le modèle de ces groupes repose principalement sur des cimenteries intégrées utilisant le procédé traditionnel basé sur le clinker.

 

L’émergence de technologies comme le ciment à l’argile calcinée pourrait cependant ouvrir une nouvelle phase de concurrence industrielle, en réduisant les coûts énergétiques et l’empreinte carbone de la production.

 

Dans un continent où la construction d’infrastructures, de logements et de villes nouvelles va s’accélérer dans les décennies à venir, la bataille pour produire le ciment du futur ne fait sans doute que commencer.