Dans une région où les lignes de fracture sécuritaires et économiques se rapprochent dangereusement des côtes ouest-africaines, la Banque mondiale ajuste sa réponse. L’institution de Bretton Woods vient d’approuver un financement additionnel de 163 millions de dollars pour renforcer le projet COSO, un programme régional qui relie désormais les dynamiques de développement du Bénin, de la Côte d’Ivoire et du Togo autour d’un même objectif : contenir la fragilité par l’économie réelle.
Derrière cette nouvelle enveloppe, il ne s’agit pas
seulement d’injecter des ressources supplémentaires. C’est une montée en
puissance assumée d’une doctrine de développement devenue centrale dans la
région : créer de l’emploi là où les vulnérabilités sociales, climatiques et
sécuritaires se superposent.
Lancé en 2022, le projet COSO – « Cohésion sociale
dans les régions septentrionales du golfe de Guinée » – s’est progressivement
imposé comme l’un des instruments phares de prévention de l’instabilité dans
les zones frontalières. Ces territoires, situés au nord du Bénin, de la Côte
d’Ivoire et du Togo, subissent une pression croissante liée à l’insécurité
transfrontalière, aux chocs climatiques et aux mouvements de populations en
provenance du Sahel.
La Banque mondiale y voit désormais un point
névralgique stratégique : un espace tampon où se joue une partie de la
stabilité future du littoral ouest-africain.
Avec ce nouveau financement, le projet franchit une
nouvelle étape d’échelle. Il devrait toucher près de 1,9 million de personnes
supplémentaires, à travers des investissements communautaires ciblés et des
infrastructures de proximité pensées pour répondre aux besoins immédiats des
populations. L’ambition est claire : transformer des zones fragiles en
territoires économiquement actifs.
Dans le concret, la nouvelle phase du programme
prévoit plus de 2 200 sous-projets communautaires, allant des infrastructures
sociales aux initiatives agricoles locales, en passant par les marchés ruraux
et les services essentiels. À la clé, environ 52 000 emplois directs, avec un
accent particulier sur les jeunes et les femmes, ainsi qu’un appui à plus de
600 petites entreprises locales, souvent premières victimes du manque d’accès
au financement.
Au-delà des chiffres, c’est la logique d’intervention
qui évolue. L’emploi n’est plus considéré comme une conséquence du
développement, mais comme un outil de stabilisation en soi. Une approche qui
traduit un changement profond dans la manière dont les institutions
internationales lisent désormais les dynamiques de fragilité en Afrique de
l’Ouest.
Pour la Banque mondiale, cette stratégie repose sur un
constat simple : les menaces sécuritaires ne s’arrêtent pas aux frontières
administratives. Elles circulent avec les flux économiques, les mobilités
humaines et les déséquilibres territoriaux. D’où l’importance d’une réponse
coordonnée entre les trois pays concernés.
Cette dimension régionale constitue le cœur du
dispositif COSO. En renforçant la coopération entre le Bénin, la Côte d’Ivoire
et le Togo, le projet tente de construire une continuité économique dans des
zones historiquement fragmentées par les logiques nationales. Une approche
défendue par les responsables de la Banque mondiale, qui y voient un levier
essentiel pour transformer les zones frontalières en espaces d’intégration et
de croissance partagée.
Depuis son lancement, les premiers résultats ont
renforcé cette orientation. Plus de 3,7 millions de personnes ont déjà
bénéficié d’un meilleur accès aux services essentiels, tandis que plus de 82
000 emplois ont été créés dans les trois pays.
Les effets se mesurent différemment selon les
territoires. Au nord du Bénin, plusieurs centaines de milliers de personnes ont
été touchées par des investissements communautaires incluant des réfugiés et
leurs communautés hôtes. En Côte d'Ivoire, près de 700 000 bénéficiaires ont
été intégrés à travers des infrastructures locales. Au Togo, plus de 1 400
sous-projets ont amélioré l’accès aux services de base, y compris pour des
populations déplacées.
Au-delà de l’impact social immédiat, la Banque
mondiale insiste sur un effet plus diffus mais crucial : le renforcement de la
cohésion sociale. Dans des zones où les tensions économiques et les pressions
démographiques s’accumulent, plus de neuf bénéficiaires sur dix déclarent
percevoir une amélioration du vivre-ensemble.
C’est peut-être là que se joue l’enjeu central du
programme COSO : moins dans la multiplication des infrastructures que dans la
reconstruction progressive d’un capital de confiance entre communautés.
Dans un contexte régional marqué par l’avancée des
risques venus du Sahel, cette stratégie illustre une évolution plus large des
politiques de développement : l’économie locale n’est plus seulement un moteur
de croissance, elle devient aussi un instrument de prévention des crises.
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