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  • 30/06/2026

Golfe de Guinée : La Banque mondiale accélère sa stratégie de stabilisation par l’emploi avec 163 millions de dollars supplémentaires

Dans une région où les lignes de fracture sécuritaires et économiques se rapprochent dangereusement des côtes ouest-africaines, la Banque mondiale ajuste sa réponse. L’institution de Bretton Woods vient d’approuver un financement additionnel de 163 millions de dollars pour renforcer le projet COSO, un programme régional qui relie désormais les dynamiques de développement du Bénin, de la Côte d’Ivoire et du Togo autour d’un même objectif : contenir la fragilité par l’économie réelle.

 

Derrière cette nouvelle enveloppe, il ne s’agit pas seulement d’injecter des ressources supplémentaires. C’est une montée en puissance assumée d’une doctrine de développement devenue centrale dans la région : créer de l’emploi là où les vulnérabilités sociales, climatiques et sécuritaires se superposent.

 

Lancé en 2022, le projet COSO – « Cohésion sociale dans les régions septentrionales du golfe de Guinée » – s’est progressivement imposé comme l’un des instruments phares de prévention de l’instabilité dans les zones frontalières. Ces territoires, situés au nord du Bénin, de la Côte d’Ivoire et du Togo, subissent une pression croissante liée à l’insécurité transfrontalière, aux chocs climatiques et aux mouvements de populations en provenance du Sahel.

 

La Banque mondiale y voit désormais un point névralgique stratégique : un espace tampon où se joue une partie de la stabilité future du littoral ouest-africain.

 

Avec ce nouveau financement, le projet franchit une nouvelle étape d’échelle. Il devrait toucher près de 1,9 million de personnes supplémentaires, à travers des investissements communautaires ciblés et des infrastructures de proximité pensées pour répondre aux besoins immédiats des populations. L’ambition est claire : transformer des zones fragiles en territoires économiquement actifs.

 

Dans le concret, la nouvelle phase du programme prévoit plus de 2 200 sous-projets communautaires, allant des infrastructures sociales aux initiatives agricoles locales, en passant par les marchés ruraux et les services essentiels. À la clé, environ 52 000 emplois directs, avec un accent particulier sur les jeunes et les femmes, ainsi qu’un appui à plus de 600 petites entreprises locales, souvent premières victimes du manque d’accès au financement.

 

Au-delà des chiffres, c’est la logique d’intervention qui évolue. L’emploi n’est plus considéré comme une conséquence du développement, mais comme un outil de stabilisation en soi. Une approche qui traduit un changement profond dans la manière dont les institutions internationales lisent désormais les dynamiques de fragilité en Afrique de l’Ouest.

 

Pour la Banque mondiale, cette stratégie repose sur un constat simple : les menaces sécuritaires ne s’arrêtent pas aux frontières administratives. Elles circulent avec les flux économiques, les mobilités humaines et les déséquilibres territoriaux. D’où l’importance d’une réponse coordonnée entre les trois pays concernés.

 

Cette dimension régionale constitue le cœur du dispositif COSO. En renforçant la coopération entre le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Togo, le projet tente de construire une continuité économique dans des zones historiquement fragmentées par les logiques nationales. Une approche défendue par les responsables de la Banque mondiale, qui y voient un levier essentiel pour transformer les zones frontalières en espaces d’intégration et de croissance partagée.

 

Depuis son lancement, les premiers résultats ont renforcé cette orientation. Plus de 3,7 millions de personnes ont déjà bénéficié d’un meilleur accès aux services essentiels, tandis que plus de 82 000 emplois ont été créés dans les trois pays.

 

Les effets se mesurent différemment selon les territoires. Au nord du Bénin, plusieurs centaines de milliers de personnes ont été touchées par des investissements communautaires incluant des réfugiés et leurs communautés hôtes. En Côte d'Ivoire, près de 700 000 bénéficiaires ont été intégrés à travers des infrastructures locales. Au Togo, plus de 1 400 sous-projets ont amélioré l’accès aux services de base, y compris pour des populations déplacées.

 

Au-delà de l’impact social immédiat, la Banque mondiale insiste sur un effet plus diffus mais crucial : le renforcement de la cohésion sociale. Dans des zones où les tensions économiques et les pressions démographiques s’accumulent, plus de neuf bénéficiaires sur dix déclarent percevoir une amélioration du vivre-ensemble.

 

C’est peut-être là que se joue l’enjeu central du programme COSO : moins dans la multiplication des infrastructures que dans la reconstruction progressive d’un capital de confiance entre communautés.

 

Dans un contexte régional marqué par l’avancée des risques venus du Sahel, cette stratégie illustre une évolution plus large des politiques de développement : l’économie locale n’est plus seulement un moteur de croissance, elle devient aussi un instrument de prévention des crises.