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  • 07/09/2026

International / Or : Face aux tensions géopolitiques, les Pays-Bas déplacent 86 tonnes de leurs réserves vers Londres

Le signal est discret, mais il n’est pas anodin. Entre mars et août 2026, la banque centrale néerlandaise, De Nederlandsche Bank (DNB), a réalloué 86 tonnes d’or de ses réserves détenues en Amérique du Nord vers Londres. Une décision officiellement motivée par la montée des tensions géopolitiques et la volonté de renforcer la capacité des Pays-Bas à mobiliser rapidement leur or en cas de crise.

 

La DNB a confirmé cette opération le 2 septembre. Son objectif affiché est d’améliorer la « tradabilité » de ses réserves, c’est-à-dire leur capacité à être rapidement négociées ou mobilisées sur les marchés internationaux.

 

Le choix de Londres n’est pas fortuit. La capitale britannique constitue l’un des principaux centres mondiaux du marché de l’or physique. Pour la banque centrale néerlandaise, les lingots conservés auprès de la Banque d’Angleterre peuvent donc être négociés plus facilement que ceux stockés à New York ou Ottawa.

 

« En raison de l’accroissement des tensions géopolitiques, la DNB renforce sa préparation aux crises », explique la banque centrale.

 

Un déplacement qui ne signifie pas un désengagement total des États-Unis

 

La formule « 86 tonnes déplacées des États-Unis vers le Royaume-Uni » est toutefois réductrice.

 

Avant l’opération, 31,3% des réserves d’or néerlandaises étaient conservées à New York et 19,7% à Ottawa. Après la réallocation, la proportion détenue dans chacune de ces deux places est tombée à 18,5%. Dans le même temps, la part conservée à Londres est passée de 18,1% à 32,1%. Les Pays-Bas conservent par ailleurs 30,8% de leur or sur leur propre territoire.

 

Surtout, les 86 tonnes n’ont pas toutes été transportées physiquement d’Amérique du Nord jusqu’à Londres.

 

Un peu plus de 27 tonnes ont effectivement été transférées physiquement de New York et Ottawa vers un coffre sécurisé de la DNB à Zeist, aux Pays-Bas. Une quantité équivalente a ensuite été transférée de Zeist vers Londres.

 

Pour environ 59 tonnes supplémentaires, la DNB a procédé autrement : elle a vendu l’or détenu à New York et acheté une quantité équivalente à Londres. L’opération a ainsi permis de réduire les mouvements physiques de métal et les risques logistiques associés.

 

612,4 tonnes d’or : un actif stratégique

 

La DNB détient au total environ 612,4 tonnes d’or. À la fin de 2025, ces réserves étaient valorisées à environ 72,2 milliards d’euros.

 

L’or demeure, aux yeux de la banque centrale, un actif de réserve particulièrement important pour absorber les chocs extrêmes. Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les conflits commerciaux et une plus grande incertitude sur l’environnement financier international, sa capacité à être rapidement mobilisé devient donc un enjeu stratégique.

 

La décision néerlandaise ne constitue pas une vente d’or. Le volume total des réserves reste inchangé : c’est leur localisation et leur degré de liquidité potentielle qui évoluent.

 

Londres plutôt que New York : une question de liquidité

 

Le choix de Londres apporte un élément particulièrement intéressant à l’analyse.

 

La DNB considère que l’or conservé à Londres est actuellement le plus facilement négociable. En cas de crise, cette localisation permettrait donc de transformer plus rapidement une partie des réserves en liquidités ou de les utiliser dans des opérations financières.

 

La banque centrale néerlandaise ne présente pas cette décision comme une rupture avec les États-Unis. Elle l'inscrit plutôt dans une logique de diversification géographique et de préparation aux crises.

 

Mais le contexte donne évidemment à cette décision une portée plus large.

 

Depuis plusieurs années, les banques centrales accordent une place croissante à l’or dans leurs stratégies de réserve. La hausse des risques géopolitiques pousse également plusieurs institutions à réfléchir non seulement à la quantité d’or qu’elles détiennent, mais aussi à l’endroit où elles le conservent et à la rapidité avec laquelle elles peuvent y accéder.

 

Un mouvement à surveiller en Europe

 

La décision de la DNB intervient ainsi dans un environnement où la localisation des réserves d’or redevient un sujet stratégique en Europe.

 

Le cas néerlandais est particulièrement intéressant parce qu’il ne s’agit pas d’un rapatriement massif vers Amsterdam. Les Pays-Bas ont choisi une troisième voie : réduire leur exposition à New York et Ottawa tout en augmentant fortement leur présence à Londres, sans pour autant abandonner les réserves conservées aux Pays-Bas.

 

Le message est donc moins « sortir l’or des États-Unis » que « disposer d’un portefeuille de stockage plus flexible ».

 

Pour les marchés, cette distinction est importante. Pour les banques centrales, elle l’est encore davantage : dans une crise systémique, posséder de l’or ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir le mobiliser rapidement.

 

Et c’est précisément cette capacité que les Pays-Bas cherchent désormais à renforcer.