Le Ghana veut réaliser l’un de ses plus importants projets d’infrastructures sans recourir à l’endettement. Alors que les Forces armées viennent d’achever le dégagement des 175,6 km de l’emprise de la future autoroute Accra-Kumasi, le gouvernement assure que l’intégralité du financement sera réunie avant la fin de 2026. Une première enveloppe de 1,7 milliard de dollars est déjà sécurisée.
Le chantier n’a pas encore commencé, mais une
partie essentielle du chemin vient d’être parcourue. Au Ghana, les ingénieurs
des Forces armées ont achevé le dégagement de 175,6 km de servitude destinés à
accueillir la future autoroute Accra-Kumasi. L’opération, initialement prévue
sur 20 semaines, a été bouclée en 19 semaines.
Le ministre des Routes et des Autoroutes, Kwame
Governs Agbodza, a résumé la performance en deux mots : « Mission accomplie ».
Le dispositif militaire a permis de libérer l’intégralité de l’emprise
nécessaire au futur chantier.
Cette étape est loin d’être anodine. La
libération du right of way — l’emprise foncière permettant de construire
l’infrastructure — constitue généralement l’un des principaux obstacles aux
grands projets routiers. Le Ghana peut désormais se concentrer sur le passage
de la phase préparatoire à la construction proprement dite.
1,7 milliard de dollars déjà sécurisés
Mais c’est surtout le montage financier qui donne
à ce projet une dimension particulière.
Le gouvernement ghanéen estime le coût de
l’Accra-Kumasi Expressway à environ 4 milliards de dollars. Une première
enveloppe de 1,7 milliard de dollars a déjà été sécurisée et déposée sur un
compte dédié à la Banque du Ghana.
Le ministre des Finances, Cassiel Ato Forson,
assure désormais que la totalité du financement sera disponible avant la fin de
2026.
Et il insiste sur un point qui constitue le cœur
de la stratégie : aucun emprunt ne sera contracté pour financer le projet.
« Pour éviter tout doute, pas un seul pesewa ne
sera emprunté pour ce projet », a déclaré le ministre.
Selon lui, cette approche pourrait même
constituer une première pour le Ghana : sécuriser intégralement, avant le
démarrage des travaux, le financement d’un projet d’infrastructure d’une telle
ampleur.
Une infrastructure de 4 milliards de dollars
L’Accra-Kumasi Expressway doit devenir une autoroute
bidirectionnelle à six voies, destinée à transformer la liaison entre Accra et
Kumasi, les deux principales métropoles économiques du Ghana.
L’objectif dépasse largement la réduction du
temps de parcours.
Cette infrastructure doit fluidifier le transport
des personnes et des marchandises, réduire les congestions sur l’un des axes
les plus importants du pays et stimuler l’activité économique le long du
corridor.
Le projet s’inscrit dans le programme Big Push,
vaste programme d’investissement public lancé par le gouvernement ghanéen pour
accélérer le développement des infrastructures.
Le choix de ne pas recourir à un nouveau
financement par dette est particulièrement significatif pour Accra. Après la
crise de la dette qui a conduit le Ghana à restructurer une partie importante
de ses engagements, la capacité du gouvernement à financer de grands
investissements tout en maîtrisant son endettement constitue un enjeu
économique majeur.
Quand l’armée prépare le terrain à la finance
publique
Le projet présente ainsi une séquence assez
inhabituelle.
D’abord, les Forces armées ghanéennes ont été
mobilisées pour libérer le corridor. En quelques mois, elles sont passées de
quelques dizaines de kilomètres dégagés à la totalité des 175,6 km, avec une
semaine d’avance sur le calendrier initial.
Ensuite, le gouvernement a commencé à cantonner
les ressources destinées au projet. Les 1,7 milliard de dollars déjà déposés à
la Banque du Ghana ne constituent donc pas une simple promesse budgétaire : ils
sont affectés au projet en attendant le lancement de la construction.
Enfin, Accra veut réunir le solde nécessaire
avant la fin de l’année, sans nouvel emprunt.
Cette synchronisation entre maîtrise du foncier,
préparation technique et sécurisation financière est probablement l’un des
éléments les plus intéressants du dossier.
Un pari sur les ressources domestiques et les
péages
Le financement du projet repose sur une logique
de mobilisation de ressources domestiques et, selon les informations
disponibles sur le montage, sur des revenus futurs liés à l’exploitation de
l’infrastructure, notamment les péages.
C’est là que le projet devient particulièrement
intéressant pour le secteur financier africain.
Le Ghana ne cherche pas seulement à construire
une route. Il tente de démontrer qu’un État peut structurer une infrastructure
lourde en combinant épargne publique, ressources domestiques et revenus futurs
de l’actif, plutôt que de recourir systématiquement à la dette extérieure.
Le modèle devra évidemment être éprouvé dans la
durée. Entre réunir les fonds et assurer la soutenabilité économique d’une
infrastructure de cette taille, il existe encore un long chemin. Le coût final,
le calendrier des décaissements, les conditions d’exploitation et la capacité
des péages à contribuer au financement devront notamment être suivis de près.
Le prochain test : passer du financement au
chantier
Avec l’emprise désormais libérée, le dossier
entre dans une phase beaucoup plus concrète.
Le véritable test sera désormais celui de l’attribution
des contrats, du bouclage financier définitif et du démarrage effectif des
travaux.
Le gouvernement ghanéen veut donc arriver à cette
étape avec deux obstacles majeurs déjà levés : le terrain et l’argent.
C’est précisément ce qui donne à l’annonce de
Cassiel Ato Forson une portée qui dépasse le seul secteur routier. Pour un
Ghana qui cherche encore à restaurer durablement sa crédibilité budgétaire
après sa crise de dette, financer une infrastructure de plusieurs milliards de
dollars sans nouvel emprunt serait autant une opération d’aménagement du
territoire qu’un signal de discipline financière.
Et si Accra tient son calendrier, l’Accra-Kumasi
Expressway pourrait devenir un cas d’école : une infrastructure stratégique
préparée par l’armée, financée sans dette nouvelle et construite sur un
corridor qui constitue l’une des principales artères économiques du pays.
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