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  • 07/09/2026

Ghana : 4 milliards de dollars sans emprunt, l’autoroute Accra-Kumasi franchit un cap décisif

Le Ghana veut réaliser l’un de ses plus importants projets d’infrastructures sans recourir à l’endettement. Alors que les Forces armées viennent d’achever le dégagement des 175,6 km de l’emprise de la future autoroute Accra-Kumasi, le gouvernement assure que l’intégralité du financement sera réunie avant la fin de 2026. Une première enveloppe de 1,7 milliard de dollars est déjà sécurisée.

 

Le chantier n’a pas encore commencé, mais une partie essentielle du chemin vient d’être parcourue. Au Ghana, les ingénieurs des Forces armées ont achevé le dégagement de 175,6 km de servitude destinés à accueillir la future autoroute Accra-Kumasi. L’opération, initialement prévue sur 20 semaines, a été bouclée en 19 semaines.

 

Le ministre des Routes et des Autoroutes, Kwame Governs Agbodza, a résumé la performance en deux mots : « Mission accomplie ». Le dispositif militaire a permis de libérer l’intégralité de l’emprise nécessaire au futur chantier.

 

Cette étape est loin d’être anodine. La libération du right of way — l’emprise foncière permettant de construire l’infrastructure — constitue généralement l’un des principaux obstacles aux grands projets routiers. Le Ghana peut désormais se concentrer sur le passage de la phase préparatoire à la construction proprement dite.

 

1,7 milliard de dollars déjà sécurisés

 

Mais c’est surtout le montage financier qui donne à ce projet une dimension particulière.

 

Le gouvernement ghanéen estime le coût de l’Accra-Kumasi Expressway à environ 4 milliards de dollars. Une première enveloppe de 1,7 milliard de dollars a déjà été sécurisée et déposée sur un compte dédié à la Banque du Ghana.

 

Le ministre des Finances, Cassiel Ato Forson, assure désormais que la totalité du financement sera disponible avant la fin de 2026.

 

Et il insiste sur un point qui constitue le cœur de la stratégie : aucun emprunt ne sera contracté pour financer le projet.

 

« Pour éviter tout doute, pas un seul pesewa ne sera emprunté pour ce projet », a déclaré le ministre.

 

Selon lui, cette approche pourrait même constituer une première pour le Ghana : sécuriser intégralement, avant le démarrage des travaux, le financement d’un projet d’infrastructure d’une telle ampleur.

 

Une infrastructure de 4 milliards de dollars

 

L’Accra-Kumasi Expressway doit devenir une autoroute bidirectionnelle à six voies, destinée à transformer la liaison entre Accra et Kumasi, les deux principales métropoles économiques du Ghana.

 

L’objectif dépasse largement la réduction du temps de parcours.

 

Cette infrastructure doit fluidifier le transport des personnes et des marchandises, réduire les congestions sur l’un des axes les plus importants du pays et stimuler l’activité économique le long du corridor.

 

Le projet s’inscrit dans le programme Big Push, vaste programme d’investissement public lancé par le gouvernement ghanéen pour accélérer le développement des infrastructures.

 

Le choix de ne pas recourir à un nouveau financement par dette est particulièrement significatif pour Accra. Après la crise de la dette qui a conduit le Ghana à restructurer une partie importante de ses engagements, la capacité du gouvernement à financer de grands investissements tout en maîtrisant son endettement constitue un enjeu économique majeur.

 

Quand l’armée prépare le terrain à la finance publique

 

Le projet présente ainsi une séquence assez inhabituelle.

 

D’abord, les Forces armées ghanéennes ont été mobilisées pour libérer le corridor. En quelques mois, elles sont passées de quelques dizaines de kilomètres dégagés à la totalité des 175,6 km, avec une semaine d’avance sur le calendrier initial.

 

Ensuite, le gouvernement a commencé à cantonner les ressources destinées au projet. Les 1,7 milliard de dollars déjà déposés à la Banque du Ghana ne constituent donc pas une simple promesse budgétaire : ils sont affectés au projet en attendant le lancement de la construction.

Enfin, Accra veut réunir le solde nécessaire avant la fin de l’année, sans nouvel emprunt.

 

Cette synchronisation entre maîtrise du foncier, préparation technique et sécurisation financière est probablement l’un des éléments les plus intéressants du dossier.

 

Un pari sur les ressources domestiques et les péages

 

Le financement du projet repose sur une logique de mobilisation de ressources domestiques et, selon les informations disponibles sur le montage, sur des revenus futurs liés à l’exploitation de l’infrastructure, notamment les péages.

 

C’est là que le projet devient particulièrement intéressant pour le secteur financier africain.

 

Le Ghana ne cherche pas seulement à construire une route. Il tente de démontrer qu’un État peut structurer une infrastructure lourde en combinant épargne publique, ressources domestiques et revenus futurs de l’actif, plutôt que de recourir systématiquement à la dette extérieure.

 

Le modèle devra évidemment être éprouvé dans la durée. Entre réunir les fonds et assurer la soutenabilité économique d’une infrastructure de cette taille, il existe encore un long chemin. Le coût final, le calendrier des décaissements, les conditions d’exploitation et la capacité des péages à contribuer au financement devront notamment être suivis de près.

 

Le prochain test : passer du financement au chantier

 

Avec l’emprise désormais libérée, le dossier entre dans une phase beaucoup plus concrète.

 

Le véritable test sera désormais celui de l’attribution des contrats, du bouclage financier définitif et du démarrage effectif des travaux.

 

Le gouvernement ghanéen veut donc arriver à cette étape avec deux obstacles majeurs déjà levés : le terrain et l’argent.

 

C’est précisément ce qui donne à l’annonce de Cassiel Ato Forson une portée qui dépasse le seul secteur routier. Pour un Ghana qui cherche encore à restaurer durablement sa crédibilité budgétaire après sa crise de dette, financer une infrastructure de plusieurs milliards de dollars sans nouvel emprunt serait autant une opération d’aménagement du territoire qu’un signal de discipline financière.

 

Et si Accra tient son calendrier, l’Accra-Kumasi Expressway pourrait devenir un cas d’école : une infrastructure stratégique préparée par l’armée, financée sans dette nouvelle et construite sur un corridor qui constitue l’une des principales artères économiques du pays.