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  • 13/07/2026

L’Afrique fédère ses économistes en chef pour renforcer le leadership du continent en matière de politiques publiques


L’Afrique franchit une nouvelle étape dans le renforcement de sa gouvernance économique. Des décideurs, des institutions de développement et des économistes de premier plan ont lancé le 12 juillet 2026, le Réseau africain des économistes en chef (ACE-Network). Cette plateforme continentale est destinée à renforcer l’élaboration de politiques publiques grâce à des analyses fondées sur des données probantes et à promouvoir des réponses africaines coordonnées face aux défis croissants de l’économie mondiale.

Ce lancement, qui constitue l’une des principales retombées de l’édition 2026 de la Conférence économique africaine (CEA), intervient à un moment où les pays africains sont confrontés à une montée des tensions géopolitiques, à la fragmentation du commerce mondial, aux chocs climatiques, à l’aggravation de la dette et à l’évolution rapide de l’architecture internationale du financement du développement.

Placée sous le thème « Renforcer l’influence géopolitique de l’Afrique et sa résilience commerciale dans un monde multipolaire », la conférence a été organisée par la Banque africaine de développement (BAD), le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Répondre aux mutations de l’économie mondiale

La création du réseau ACE reflète une prise de conscience croissante de la nécessité pour les pays africains de renforcer la coordination entre leurs principaux experts économiques afin d’aider les décideurs à faire face à des crises mondiales de plus en plus interconnectées.

Le réseau vise à combler cette lacune en créant une communauté informelle, accessible uniquement sur invitation, réunissant des économistes en chef et des conseillers politiques de haut niveau afin d’échanger sur des analyses, coordonner la recherche, identifier les risques émergents et élaborer conjointement des recommandations de politiques publiques destinées aux gouvernements africains.

Parmi ses membres figureront des économistes en chef d’institutions africaines de financement du développement et d’organisations multilatérales, des conseillers économiques auprès de présidents et de Premiers ministres africains, des vice-gouverneurs de banques centrales chargés des politiques économiques, des responsables de groupes de réflexion de premier plan, des doyens de facultés d’économie et des économistes expérimentés du secteur privé.

Plutôt que de créer une nouvelle institution formelle, le réseau fonctionnera comme une plateforme de collaboration, se réunissant chaque année dans le cadre de la Conférence économique africaine, tout en organisant des sessions virtuelles trimestrielles et des réunions de réaction rapide lors de chocs économiques majeurs à l’échelle régionale ou mondiale.

Renforcer la souveraineté de l’Afrique en matière de connaissances

Présentant la vision stratégique du réseau, l’économiste en chef et vice-président de la BAD chargé de la gouvernance économique et de la gestion des connaissances, le professeur Kevin Urama, a affirmé que l’Afrique doit renforcer ses systèmes de production de connaissances si elle veut contribuer à façonner le nouvel ordre financier et économique mondial.

Selon lui, le continent dispose d’une fenêtre d’opportunité limitée pour influencer les réformes de l’architecture financière internationale. Une meilleure coordination entre les économistes africains aiderait ainsi les gouvernements à prendre des décisions plus éclairées dans un contexte inédit d’incertitude.

Parmi les priorités du réseau figurent le renforcement de la souveraineté intellectuelle de l’Afrique, l’accroissement des investissements dans la recherche et l’innovation, l’amélioration de la coordination des politiques publiques, la réduction des duplications institutionnelles, le renforcement des systèmes d’alerte précoce face aux risques émergents et une meilleure prise en compte des réalités africaines dans l’analyse économique.

Le professeur Urama a également plaidé pour des investissements plus importants dans ce qu’il qualifie d’« infrastructures immatérielles » — recherche, systèmes de données et institutions du savoir — afin de compléter les investissements croissants du continent dans les infrastructures physiques, notamment les transports et l’énergie.

S’exprimant au nom du président de la BAD, Dr Sidi Ould Tah, la vice-présidente principale Marie-Laure Akin-Olugbade, a qualifié le lancement du réseau ACE d’accomplissement majeur qui renforcera la capacité de l’Afrique à élaborer des solutions politiques pratiques fondées sur des données probantes.

Elle a souligné que la forte participation et l’engagement des parties prenantes issues de secteurs et d’institutions variés démontrent la pertinence, l’actualité et l’importance du thème de cette année pour l’avenir du continent. Elle a exhorté les membres du nouveau réseau à transformer les résultats de la recherche en politiques et en actions concrètes améliorant les conditions de vie des Africains.

Combler le fossé entre recherche et politiques publiques

L’économiste en chef du Bureau régional du PNUD pour l’Afrique, Dr Raymond Gilpin, a décrit le réseau comme « une force unifiée d’intellectuels africains », capable de réduire l’écart entre la recherche économique et les politiques publiques. Selon lui, cette initiative aidera les pays africains à mobiliser davantage de capitaux nationaux, à renforcer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), à développer des réponses innovantes aux défis climatiques et budgétaires et à transformer la croissance démographique du continent en moteur de prospérité durable.

« Le Réseau africain des économistes en chef sera un véritable moteur de conception de solutions innovantes dont l’Afrique a besoin pour atteindre les Objectifs de développement durable ainsi que l’Agenda 2063 de l’Union africaine », a-t-il déclaré.

Représentant l’OCDE, Ida McDonnell, responsable de l’Unité de recherche sur le développement, a souligné que les défis mondiaux actuels nécessitent des approches intégrées en matière de commerce, de dette, de financement climatique, de politique industrielle et d’investissement, plutôt qu’un traitement séparé de chaque problématique. Elle a ajouté que le nouveau réseau ACE permettra de réduire les chevauchements d’initiatives tout en renforçant la contribution de l’Afrique aux débats mondiaux sur les politiques publiques.

Pendant trois jours dans la capitale économique ivoirienne, les participants ont examiné les moyens pour l’Afrique de renforcer son influence géopolitique tout en améliorant sa résilience commerciale, en mobilisant davantage de ressources nationales, en développant les chaînes de valeur régionales, en accélérant l’industrialisation et en attirant davantage d’investissements dans un monde de plus en plus multipolaire.

Les sessions ont également porté sur l’avenir du financement du développement, l’efficacité de l’investissement public, l’intelligence artificielle, la transformation numérique, la résilience climatique, l’intégration régionale et les réformes institutionnelles nécessaires pour positionner l’Afrique comme un acteur plus influent de la gouvernance économique mondiale.

Les participants ont convenu que l’Afrique dispose d’atouts comparatifs majeurs — notamment la population la plus jeune du monde, d’importantes ressources en énergies renouvelables, des minerais critiques, des marchés numériques en expansion et la plus grande zone de libre-échange au monde grâce à la ZLECAf — mais que des institutions plus solides, une meilleure coordination des politiques publiques et des analyses économiques de plus grande qualité seront indispensables pour transformer ces atouts en une croissance durable.