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  • 01/09/2026

Niger : De Kafra à Bilma, SONATRACH déploie sa stratégie pétrolière au cœur du Sahel

Après Kafra, le groupe algérien s’attaque au bloc de Bilma. En parallèle, il commercialise du brut nigérien, fournit du Jet A1 et étend sa coopération avec SONIDEP. Une offensive qui pourrait progressivement faire de SONATRACH un acteur central de la chaîne pétrolière nigérienne.

 

Le Niger est en train de prendre une place particulière dans la stratégie africaine de SONATRACH. En quelques semaines, le groupe pétrolier public algérien a multiplié les initiatives avec la Société nigérienne des pétroles (SONIDEP), passant progressivement de l’exploration à la commercialisation et à l’approvisionnement du marché nigérien.

 

Le dernier épisode remonte au 29 août 2026. À Alger, le ministre d’État algérien chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a reçu le directeur général de SONIDEP, Ali Seibou Hassane. Les deux parties ont notamment examiné le renforcement des investissements et le développement du bloc pétrolier de Bilma.

 

Pour SONATRACH, Bilma pourrait constituer une nouvelle pièce maîtresse de son dispositif nigérien.

 

Bilma, un potentiel de plus de 20 000 barils par jour

 

Le dossier doit désormais passer par une nouvelle étape technique. SONATRACH doit réexaminer l’étude de faisabilité du bloc avant de contribuer à l’élaboration du plan de développement.

 

Selon les estimations relayées autour du projet, Bilma pourrait présenter un potentiel supérieur à 20 000 barils de pétrole brut par jour, sur une durée d’exploitation pouvant atteindre une vingtaine d’années.

 

Il faut toutefois éviter tout raccourci : ces volumes correspondent à un potentiel annoncé et non à une production déjà disponible. Le projet doit encore franchir les étapes techniques, financières et opérationnelles nécessaires avant une éventuelle mise en production.

 

Cette nuance est importante pour mesurer correctement l’enjeu économique.

 

Kafra : le passage à l’exploration intensive

 

Bilma n’arrive pas seul. Il intervient alors que SONATRACH vient d’accélérer ses opérations sur le bloc de Kafra, dans la région d’Agadez.

 

Le 13 août, SONATRACH et SONIDEP ont lancé une nouvelle campagne comprenant quatre puits d’exploration, avec l’intervention d’Enafor, filiale du groupe algérien spécialisée dans le forage.

 

Le permis de Kafra couvre environ 23 737 km². Le projet est donc d’une dimension considérable et pourrait, à terme, contribuer significativement à l’augmentation de la production pétrolière nigérienne.

 

Des estimations publiées précédemment évoquent même un potentiel de développement pouvant atteindre 90 000 barils par jour supplémentaires pour la production nigérienne. Mais là encore, il s’agit d'un potentiel associé au développement futur du bloc et non d'une capacité actuellement produite.

 

Le forage constitue donc une étape déterminante : il doit permettre de mieux caractériser les réservoirs, de confirmer leur productivité et d'évaluer leur viabilité économique.

 

SONATRACH ne veut plus seulement chercher le pétrole

 

C’est probablement ici que se trouve le véritable changement.

 

La présence algérienne au Niger ne se limite désormais plus à l’exploration.

 

Le 14 août, SONATRACH et SONIDEP ont réalisé leur première commercialisation conjointe de pétrole brut nigérien. Une cargaison de brut « Meleck » a été chargée depuis le terminal de Sèmè, au Bénin.

 

Cette opération donne à SONATRACH un rôle supplémentaire dans la chaîne de valeur : celui de partenaire commercial du Niger pour la valorisation de sa production pétrolière.

 

Le lendemain, le groupe algérien franchissait une autre étape en livrant pour la première fois du Jet A1 au Niger, depuis sa raffinerie d’Adrar, dans le cadre d’un contrat conclu avec SONIDEP.

 

Le mouvement est donc désormais lisible :

le Niger produit du brut, SONATRACH participe à sa commercialisation et l’Algérie fournit parallèlement des produits raffinés au marché nigérien.

 

C’est une coopération beaucoup plus intégrée qu’une simple relation entre un producteur et un prestataire pétrolier.

 

Trois accords qui élargissent encore le partenariat

 

La dynamique avait été préparée dès juin avec la signature de trois mémorandums d’entente entre SONIDEP et des filiales de SONATRACH.

 

Les accords concernent notamment les données sismiques, les opérations de forage et la coopération dans les produits pétroliers.

 

L’objectif est clairement de faire intervenir l’expertise algérienne sur plusieurs maillons de la chaîne énergétique nigérienne.

 

Le groupe dispose pour cela d’un avantage particulier : SONATRACH est un acteur intégré de l’industrie des hydrocarbures, présent dans l’exploration, la production, le transport, le raffinage et la commercialisation.

 

Pour Niamey, cette expertise peut contribuer à accélérer la valorisation de ressources dont le pays cherche précisément à tirer davantage de revenus.

 

Le raffinage entre également dans l’équation

 

La coopération ne s’arrête d’ailleurs pas aux champs pétroliers.

 

Les deux pays examinent également plusieurs pistes autour du raffinage et de la logistique des produits pétroliers, notamment autour de la raffinerie de Zinder.

 

Des discussions portent notamment sur l’approvisionnement en bitume, les carburants routiers et le Jet A1. Un projet de nouvelle raffinerie et de complexe pétrochimique à Dosso est également évoqué dans le cadre de l’élargissement de la coopération.

 

Cela pourrait changer la nature du partenariat à moyen terme.

 

L’enjeu pour le Niger n’est plus seulement de produire davantage de pétrole. Il est aussi de transformer davantage localement, sécuriser l’approvisionnement du marché intérieur et capter une part plus importante de la valeur ajoutée.

 

Le TSGP donne une dimension régionale au projet

 

À cette stratégie pétrolière s’ajoute un autre dossier majeur : le Trans-Saharan Gas Pipeline (TSGP).

 

Le projet doit relier le Nigeria à l’Algérie en passant par le Niger. Pour Niamey, il représente potentiellement une nouvelle infrastructure stratégique capable d'inscrire le pays dans un corridor énergétique reliant l’Afrique de l’Ouest au bassin méditerranéen.

 

La participation de SONATRACH à ce projet donne donc au rapprochement algéro-nigérien une dimension qui dépasse les seuls intérêts bilatéraux.

 

À terme, pétrole, gaz, raffinage, carburants et infrastructures énergétiques pourraient se retrouver dans une même architecture de coopération.

 

Un pari économique… mais aussi géopolitique

 

Cette accélération intervient dans un contexte particulier.

 

Depuis le changement de régime de 2023, le Niger a profondément réorienté ses partenariats extérieurs. Dans ce nouvel environnement, l’Algérie dispose d’un avantage : sa proximité géographique, son poids énergétique et son expérience industrielle.

 

Le renforcement de SONATRACH permet ainsi à Alger de convertir son expertise énergétique en présence économique durable au Sahel.

 

Pour Niamey, l'intérêt est tout aussi évident : diversifier ses partenaires, développer ses ressources nationales et renforcer sa capacité à maîtriser sa chaîne énergétique.

 

Mais cette stratégie comporte aussi des risques.

 

Le secteur pétrolier nigérien reste exposé aux contraintes sécuritaires, logistiques et politiques. La récente mutinerie signalée à Niamey le 29 août rappelle que le risque-pays demeure un facteur à intégrer dans les décisions d’investissement. Aucun gel ou retrait de SONATRACH du projet de Bilma n’a été annoncé, mais l’instabilité peut peser sur les coûts, les calendriers et les conditions de sécurisation des opérations.

 

Le véritable enjeu : transformer le potentiel en production

 

C’est finalement le principal test pour SONATRACH et SONIDEP.

 

Kafra doit encore confirmer son potentiel à travers les campagnes de forage. Bilma doit passer de la réévaluation technique à un véritable plan de développement et, éventuellement, à une décision d’investissement.

 

Le TSGP doit, lui aussi, franchir plusieurs étapes avant de devenir une infrastructure opérationnelle.

 

Mais le changement de dimension est déjà perceptible.

 

SONATRACH ne se contente plus d’explorer le sous-sol nigérien. Elle participe désormais à la commercialisation du brut, fournit des produits raffinés, développe des compétences locales et se positionne sur les infrastructures énergétiques.

 

Si Kafra et Bilma débouchent sur une production significative, le groupe algérien pourrait progressivement devenir l’un des partenaires énergétiques les plus importants du Niger.

 

Et derrière les barils de pétrole se joue quelque chose de plus large : la construction d’un axe énergétique Alger–Niamey susceptible de donner à l’Algérie une nouvelle profondeur économique au Sahel, tout en offrant au Niger un partenaire industriel capable d’accompagner la montée en puissance de son secteur des hydrocarbures.

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