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  • 12/02/2026

Nigéria : Avec Ericsson, Abuja veut transformer son dividende démographique en puissance technologique

 À Abuja, le lancement du « Connect NextGen Innovation Hackathon » ne relève pas d’un simple événement tech. Il s’agit d’un signal politique et industriel. En s’alliant à Ericsson, le gouvernement fédéral du Nigéria cherche à structurer une montée en compétences à grande échelle dans des technologies qui conditionnent désormais la compétitivité des économies : 5G, cloud, intelligence artificielle, Internet des objets et solutions durables.

 

Le programme, supervisé par le Bureau du vice-président et officiellement lancé le 11 février 2026, constitue la première phase opérationnelle du protocole d’accord signé entre l’État nigérian et le groupe suédois. Derrière l’initiative, un enjeu clair : convertir la pression démographique — plus de 200 millions d’habitants, dont une majorité de jeunes — en capital productif numérique.

 

Le format est structuré : quatre mois d’accompagnement, dont huit semaines d’accélération intensive, mentorat technique et apprentissage appliqué. Mais l’ambition dépasse la formation. Les équipes devront produire des solutions concrètes dans des segments stratégiques : inclusion numérique, villes intelligentes, agritech, durabilité. Autrement dit, des secteurs où le Nigéria accumule des besoins structurels et des opportunités de marché.

 

La question centrale est celle de la cohérence industrielle. La 5G, par exemple, est une infrastructure lourde, nécessitant investissements massifs et densification du réseau. L’intelligence artificielle suppose des capacités cloud robustes et des centres de données compétitifs. L’agritech, elle, répond à une urgence nationale : moderniser une agriculture encore largement informelle. En alignant ces priorités, Abuja tente de relier innovation technologique et transformation économique réelle.

 

L’initiative s’inscrit dans l’Agenda du Renouveau porté par le Président Bola Ahmed Tinubu, qui mise sur la diversification et l’économie numérique pour réduire la dépendance aux hydrocarbures. Mais le défi est d’exécution : former des talents ne suffit pas. Encore faut-il créer un environnement propice à leur rétention — stabilité réglementaire, accès au financement, infrastructures énergétiques fiables.

 

Pour Ericsson, l’opération est également stratégique. En soutenant le développement des compétences locales et en lançant en parallèle son programme Educate destiné aux décideurs et régulateurs en TIC, le groupe consolide son ancrage sur l’un des marchés télécoms les plus dynamiques du continent. Former aujourd’hui les ingénieurs et les décideurs de demain, c’est aussi sécuriser un écosystème favorable à long terme.

 

Le hackathon est ouvert aux étudiants, startups et jeunes innovateurs à travers tout le territoire. Les candidatures sont enregistrées du 11 février au 10 mars 2026 via la plateforme officielle dédiée. Les équipes les plus performantes bénéficieront d’un accès à des accélérateurs et à des dispositifs d’incubation, créant un pont direct entre prototype et mise sur le marché.

 

Reste l’enjeu fondamental : le Nigeria peut-il passer du statut de grand marché numérique africain à celui de producteur de solutions exportables ? Le pays dispose d’un écosystème startup dynamique et d’une diaspora technologique influente. Mais la consolidation d’une véritable industrie technologique exigera constance politique, financement patient et infrastructures solides.

 

Ce hackathon n’est donc pas une fin en soi. C’est un test.
Un test de capacité à transformer une initiative symbolique en politique industrielle crédible.
Et, peut-être, le début d’un repositionnement stratégique pour la première économie d’Afrique de l’Ouest.