Le Ghana a abaissé le prix d’achat du cacao à 41 392 cedis la tonne, soit environ 3 700 dollars. L’annonce, faite par le ministre des Finances et rapportée par Reuters le 12 février 2026, intervient dans un moment délicat pour la première économie cacaoyère d’Afrique de l’Ouest après la Côte d’Ivoire.
Ce n’est pas un simple ajustement technique. C’est une
décision macroéconomique.
Le cacao représente environ un cinquième des recettes
d’exportation du pays et fait vivre des centaines de milliers de ménages
ruraux. Modifier son prix producteur revient à toucher au cœur du contrat
économique national.
La fin de l’euphorie mondiale
En 2024, les cours internationaux avaient dépassé les
10 000 dollars la tonne. Une flambée historique portée par les maladies des
plantations et les tensions sur l’offre en Afrique de l’Ouest.
Mais le cycle s’est retourné.
En 2025 puis début 2026, les marchés de Londres et de
New York ont nettement corrigé. La demande industrielle en Europe et en Asie
s’est tassée. L’offre s’est légèrement redressée. Les prix ont reculé.
Pour un pays qui achète la récolte à l’avance et vend
ensuite à l’export, la baisse des cours change tout. Lorsque les prix mondiaux
chutent, maintenir un prix interne élevé érode les marges du Cocoa Board,
l’organisme public chargé d’acheter et de commercialiser la production.
L’ajustement à 41 392 cedis apparaît donc comme un
réalignement sur la nouvelle réalité du marché.
Discipline budgétaire obligatoire
Cette décision ne peut être dissociée du contexte
financier du pays.
Le Ghana sort d’une restructuration de dette et
poursuit un programme d’assainissement budgétaire. La priorité est claire :
restaurer la crédibilité macroéconomique et réduire les vulnérabilités.
Dans ce cadre, toute subvention implicite dans la
filière cacao devient coûteuse. Si l’État paie trop cher la fève par rapport
aux prix de vente internationaux, l’écart doit être absorbé quelque part. Et ce
“quelque part” finit souvent dans les comptes publics.
La baisse du prix producteur est donc aussi un geste
de rigueur.
Mais cette rigueur n’est pas neutre. Elle pèse
directement sur les revenus des producteurs et pourrait accentuer les
incitations à la contrebande vers les pays voisins si les différentiels
deviennent significatifs.
Un virage financier stratégique
L’autre annonce du ministre des Finances éclaire
encore davantage la décision.
Selon Reuters, le Ghana va désormais financer l’achat
de la récolte par l’émission d’obligations cacao sur le marché domestique. Les
investisseurs locaux avanceront les fonds. Ils seront remboursés la même année
grâce aux recettes d’exportation.
Le changement est profond.
Jusqu’ici, le pays s’appuyait largement sur des prêts
syndiqués internationaux en dollars pour financer chaque campagne. Ces montages
exposaient le Ghana au risque de change et à la pression des marchés
extérieurs.
Avec les obligations domestiques, Accra internalise le
financement. Elle réduit son exposition aux devises et mobilise son épargne
locale.
Mais le mécanisme exige une discipline accrue. Si les
ventes ralentissent ou si les prix internationaux reculent davantage, le
remboursement rapide des obligations pourrait devenir plus tendu.
Dans cette architecture, la maîtrise du prix d’achat
devient une variable clé de sécurisation financière.
Cap sur la transformation locale
Le ministre des Finances a également indiqué que le
Ghana prévoit de transformer plus de 50% de ses fèves localement.
L’objectif est stratégique.
Exporter des fèves brutes expose directement aux
cycles des matières premières. Transformer en beurre, pâte ou poudre permet de
capter davantage de valeur ajoutée et de stabiliser les recettes.
C’est aussi une ambition industrielle : créer des
emplois, renforcer les chaînes de valeur locales, réduire la dépendance aux
centres de transformation européens et asiatiques.
Mais la montée en puissance suppose des
investissements lourds, une énergie fiable et compétitive, ainsi qu’un
environnement financier stable.
Une équation délicate
Pris ensemble, ces trois mouvements — baisse du prix
producteur, financement domestique via obligations, accélération de la
transformation — dessinent une stratégie cohérente.
Le Ghana cherche à reprendre le contrôle.
Contrôle budgétaire.
Contrôle financier.
Contrôle industriel.
Le cacao devient un instrument de souveraineté
économique.
Mais la ligne est étroite. Trop de rigueur fragilise
le tissu rural. Trop de générosité fragilise les comptes publics. Trop
d’optimisme industriel peut créer des surcapacités coûteuses.
Accra avance dans un environnement mondial moins
favorable qu’en 2024. La phase d’euphorie est terminée. Place à la gestion
fine.
Le succès de cette stratégie dépendra d’un équilibre :
préserver la confiance des producteurs, rassurer les investisseurs domestiques
et maintenir la compétitivité internationale.
Au Ghana, le cacao n’est pas seulement une culture
d’exportation. C’est un baromètre économique. Et aujourd’hui, il indique un
pays en pleine réingénierie financière.
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