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  • 16/02/2026

Nigéria : Un retour en force des capitaux étrangers, mais à quel prix ?

En 2025, l’économie nigériane connaît un tournant notable. Les chiffres publiés par le National Bureau of Statistics (NBS) dévoilent une reprise spectaculaire des importations de capitaux, après plusieurs années de performances modestes et de volatilité. Cette tendance mérite qu’on s’y attarde, tant elle traduit, à la fois, une confiance retrouvée des investisseurs et les limites d’un modèle encore déséquilibré.

 

Sur les deuxième et troisième trimestres de 2025, le Nigéria a attiré 11,13 milliards de dollars en capitaux étrangers. La moitié de ce total est venue du deuxième trimestre (5,12 milliards USD), presque doublé par rapport à la même période de 2024. Et le troisième trimestre a encore dépassé cette performance, avec 6,01 milliards USD, soit une augmentation de 380% en glissement annuel.

 

Cette progression ne se limite pas à une simple comparaison sur un trimestre. Sur les neuf premiers mois de 2025, les flux cumulés atteindraient près de 16,7 milliards USD, confirmant une dynamique durable après un début d’année déjà vigoureux. Et selon les autorités monétaires, si l’on étend cet horizon aux dix premiers mois, le pays frôle les 21 milliards USD de capitaux importés, soit une hausse de plus de 70% sur un an.

 

Qui finance qui ?

 

L’analyse de la structure des flux est essentielle. Dans ces montants, ce sont les investissements de portefeuille — essentiellement les achats d’actions et d’obligations — qui dominent largement. Ils représentent plus de 80% des entrées dans les deux trimestres observés, attirant des capitaux massifs vers les secteurs bancaire et financier nigérians. Pour une économie qui cherche des investissements durables dans les infrastructures, l’industrie ou l’agriculture, cette prédominance du portefeuille signe une dépendance à des flux liquidité‑driven, plus sensibles aux retournements de tendance sur les marchés mondiaux.

 

À l’inverse, les investissements directs étrangers (IDE) — considérés comme les plus structurants — restent une part minoritaire des flux totaux, même si certains secteurs comme les télécommunications montrent des signes de rebond. En Q3 2025, l’apport de capitaux directs dans les télécoms nigérians a crû de manière notable, atteignant plus de 208 millions USD. Ce type de mouvement, s’il se maintient, pourrait amorcer un cercle vertueux de croissance sectorielle.

 

D’où viennent ces capitaux ?

 

Le Nigéria attire principalement des fonds en provenance du Royaume‑Uni, des États‑Unis et de l’Afrique du Sud — trois places financières majeures. Cette configuration reflète une confiance accrue dans les marchés nigérians, renforcée par des réformes monétaires et une meilleure transparence dans la gestion des changes.

 

Une reprise inégale mais significative

 

À la lumière de ces chiffres, on perçoit deux réalités. D’une part, la capacité du Nigéria à attirer des capitaux étrangers en 2025 dépasse nettement les niveaux observés en 2024, marquant une inversion de tendance après plusieurs années de flux atones. D’autre part, la qualité de ces flux reste un sujet de débat. Une économie qui attire massivement des investissements de portefeuille sans ancrage significatif dans l’économie réelle peut être exposée à des risques de volatilité.

 

Cela dit, la progression des capitaux dans plusieurs trimestres consécutifs, combinée à une diversification nette des investisseurs internationaux, suggère une amélioration de l’attractivité du Nigéria comme destination financière. Cette dynamique, si elle se prolonge en 2026, pourrait enfin se traduire par une offre de crédit accrue, une stabilité monétaire renforcée et un regain d’intérêt pour l’investissement productif.