Au Ghana, la lutte contre le blanchiment d’argent dans le secteur aurifère change de dimension. Le 4 février 2026, au ministère des Finances, les principales institutions de régulation, de renseignement et d’application de la loi ont formalisé un accord inédit, placé sous la présidence du vice-ministre des Finances, Thomas Nyarko Ampem. Un acte politique fort, dans un secteur aussi stratégique que sensible.
Cet accord interinstitutionnel vise à renforcer de
manière coordonnée les dispositifs de lutte contre le blanchiment d’argent, le
financement du terrorisme et le financement de la prolifération, en particulier
dans l’exploitation aurifère artisanale et à petite échelle. Un segment
longtemps identifié comme vulnérable aux flux financiers illicites, à la fraude
et aux pertes de recettes publiques.
Pour les autorités ghanéennes, le moment est loin
d’être anodin. Le pays est actuellement engagé dans une évaluation mutuelle du
Groupe intergouvernemental de lutte contre le blanchiment d’argent en Afrique
de l’Ouest (GIABA), un exercice déterminant pour sa crédibilité financière
régionale et internationale.
Dans son allocution, Thomas Nyarko Ampem a clairement
marqué la rupture avec une approche purement déclarative. « Aujourd’hui marque
le passage délibéré des discussions techniques à l’affirmation, à la
consolidation et à l’appropriation par les hauts responsables des réformes
convenues », a-t-il déclaré, soulignant un engagement politique assumé au plus
haut niveau.
L’accord repose sur un plan d’action conjoint élaboré
sur plus d’un an de travaux techniques. Il engage des institutions clés telles
que la Banque du Ghana, le Centre de renseignement financier, le Ghana Gold
Board (GoldBod), la Commission des minéraux et le Bureau d’enregistrement des
sociétés. Trois axes structurent cette stratégie : la réforme du cadre
juridique et réglementaire, le renforcement de l’application de la loi et du
renseignement financier, et une vigilance accrue sur la diligence raisonnable
et la propriété effective.
Concrètement, plusieurs avancées sont déjà mises en
avant par les autorités. Un bureau dédié à la lutte contre le blanchiment
d’argent et le financement du terrorisme a été créé au sein du GoldBod. Le
régime de sanctions sur la propriété effective, piloté par le Bureau
d’enregistrement des sociétés, est désormais opérationnel et a déjà conduit à
des sanctions contre des entreprises aurifères non conformes. Parallèlement,
l’intégration d’API permet désormais un partage de données en temps réel entre
institutions clés, renforçant la traçabilité des acteurs du secteur.
Pour le vice-ministre des Finances, l’objectif dépasse
largement l’échéance de l’évaluation du GIABA. « Nous affirmons conjointement
que ces réformes sont prises en charge au niveau national, intégrées dans les
institutions et conçues pour perdurer au-delà de l’évaluation mutuelle »,
a-t-il insisté, évoquant une transformation structurelle plutôt qu’un simple
exercice de conformité.
Au-delà des enjeux réglementaires, les autorités y
voient un levier économique majeur. « Plus important encore, il établit un
cadre pour la gestion des risques de criminalité financière dans le secteur
aurifère de manière à renforcer la mobilisation des recettes, la confiance des
investisseurs et la bonne gouvernance économique », a souligné Thomas Nyarko
Ampem.
Le ministère des Finances entend conserver un rôle
central dans la mise en œuvre de cet accord. Sa division Secteur réel, à
travers l’unité Mines et Industrie, assurera une surveillance structurée afin
de garantir la continuité et la cohérence des réformes engagées.
Soutenu techniquement par le programme or UK-Ghana,
salué pour avoir facilité la coopération interinstitutionnelle, cet accord
envoie, selon les autorités, « un signal fort et crédible de la détermination
du Ghana » à préserver l’intégrité de son secteur aurifère. Un message adressé
autant aux évaluateurs internationaux qu’aux investisseurs et aux acteurs
locaux de la filière.
Ici, l’or ne brille plus seulement par sa valeur
marchande. Il devient aussi un test de gouvernance. Et le Ghana semble décidé à
relever le défi.
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