News
  • 06/02/2026

Or ghanéen : L’État serre l’étau contre le blanchiment

Au Ghana, la lutte contre le blanchiment d’argent dans le secteur aurifère change de dimension. Le 4 février 2026, au ministère des Finances, les principales institutions de régulation, de renseignement et d’application de la loi ont formalisé un accord inédit, placé sous la présidence du vice-ministre des Finances, Thomas Nyarko Ampem. Un acte politique fort, dans un secteur aussi stratégique que sensible.

 

Cet accord interinstitutionnel vise à renforcer de manière coordonnée les dispositifs de lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération, en particulier dans l’exploitation aurifère artisanale et à petite échelle. Un segment longtemps identifié comme vulnérable aux flux financiers illicites, à la fraude et aux pertes de recettes publiques.

 

Pour les autorités ghanéennes, le moment est loin d’être anodin. Le pays est actuellement engagé dans une évaluation mutuelle du Groupe intergouvernemental de lutte contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), un exercice déterminant pour sa crédibilité financière régionale et internationale.

 

Dans son allocution, Thomas Nyarko Ampem a clairement marqué la rupture avec une approche purement déclarative. « Aujourd’hui marque le passage délibéré des discussions techniques à l’affirmation, à la consolidation et à l’appropriation par les hauts responsables des réformes convenues », a-t-il déclaré, soulignant un engagement politique assumé au plus haut niveau.

 

L’accord repose sur un plan d’action conjoint élaboré sur plus d’un an de travaux techniques. Il engage des institutions clés telles que la Banque du Ghana, le Centre de renseignement financier, le Ghana Gold Board (GoldBod), la Commission des minéraux et le Bureau d’enregistrement des sociétés. Trois axes structurent cette stratégie : la réforme du cadre juridique et réglementaire, le renforcement de l’application de la loi et du renseignement financier, et une vigilance accrue sur la diligence raisonnable et la propriété effective.

 

Concrètement, plusieurs avancées sont déjà mises en avant par les autorités. Un bureau dédié à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme a été créé au sein du GoldBod. Le régime de sanctions sur la propriété effective, piloté par le Bureau d’enregistrement des sociétés, est désormais opérationnel et a déjà conduit à des sanctions contre des entreprises aurifères non conformes. Parallèlement, l’intégration d’API permet désormais un partage de données en temps réel entre institutions clés, renforçant la traçabilité des acteurs du secteur.

 

Pour le vice-ministre des Finances, l’objectif dépasse largement l’échéance de l’évaluation du GIABA. « Nous affirmons conjointement que ces réformes sont prises en charge au niveau national, intégrées dans les institutions et conçues pour perdurer au-delà de l’évaluation mutuelle », a-t-il insisté, évoquant une transformation structurelle plutôt qu’un simple exercice de conformité.

 

Au-delà des enjeux réglementaires, les autorités y voient un levier économique majeur. « Plus important encore, il établit un cadre pour la gestion des risques de criminalité financière dans le secteur aurifère de manière à renforcer la mobilisation des recettes, la confiance des investisseurs et la bonne gouvernance économique », a souligné Thomas Nyarko Ampem.

 

Le ministère des Finances entend conserver un rôle central dans la mise en œuvre de cet accord. Sa division Secteur réel, à travers l’unité Mines et Industrie, assurera une surveillance structurée afin de garantir la continuité et la cohérence des réformes engagées.

 

Soutenu techniquement par le programme or UK-Ghana, salué pour avoir facilité la coopération interinstitutionnelle, cet accord envoie, selon les autorités, « un signal fort et crédible de la détermination du Ghana » à préserver l’intégrité de son secteur aurifère. Un message adressé autant aux évaluateurs internationaux qu’aux investisseurs et aux acteurs locaux de la filière.

 

Ici, l’or ne brille plus seulement par sa valeur marchande. Il devient aussi un test de gouvernance. Et le Ghana semble décidé à relever le défi.