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  • 23/01/2026

SONABHY et la titrisation : La révolution silencieuse de la finance publique africaine

Le 22 janvier 2026, beaucoup ont cru que la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY) lançait ses actions en bourse. La réalité est plus subtile, et beaucoup plus stratégique. La SONABHY n’a pas vendu de capital : elle a franchi un pas inédit en Afrique de l’Ouest, en mobilisant le marché financier pour financer ses activités.

 

Ce jour-là, la SONABHY a vu un emprunt obligataire titrisé admis à la cote de la BRVM, la Bourse régionale des valeurs mobilières de l’UEMOA. Pour une entreprise publique énergétique, c’est une première.

 

Concrètement, la société a transformé ses créances détenues sur l’État burkinabè en titres financiers négociables. Ces obligations ont été regroupées dans un Fonds commun de titrisation de créances (FCTC SONABHY 8,10% 2025‑2031), puis offertes aux investisseurs.
Résultat : plus de 34 milliards FCFA mobilisés, largement souscrits par des investisseurs régionaux.

 

Dans un communiqué, le directeur général de la SONABHY a souligné que l’opération « ouvre la voie à des instruments financiers innovants pour les entreprises publiques africaines et renforce notre autonomie face aux fluctuations des marchés pétroliers » (SONABHY, janvier 2026).
Le quotidien burkinabè Sidwaya note que cette réussite traduit « la confiance des investisseurs dans la qualité de la signature SONABHY et dans le mécanisme de titrisation mis en place ».

 

Pour le marché financier régional, la titrisation est un signal fort. Peu utilisée jusqu’ici en Afrique de l’Ouest, elle montre que les investisseurs sont prêts à financer les entreprises publiques, à condition que les mécanismes soient transparents et solides. La BRVM voit dans cette opération « la capacité du marché régional à proposer des solutions innovantes adaptées aux réalités économiques des États et de leurs entreprises publiques ».

 

L’intérêt est double :

  • Pour la SONABHY, c’est un accès immédiat à de la trésorerie, sans attendre l’apurement progressif des créances par l’État.
  • Pour le marché, c’est une montée en compétence : il démontre qu’il peut absorber des produits financiers plus complexes et soutenir le développement public sans créer de nouvelle dette souveraine.

 

Mais ce mouvement dépasse le Burkina Faso. Dans un contexte africain où les entreprises publiques peinent souvent à trouver des financements sûrs, cette opération ouvre une voie d’émancipation financière. Les pays africains pourraient s’inspirer de ce modèle pour mobiliser leur épargne régionale et structurer des marchés financiers plus profonds.

 

La SONABHY n’est pas devenue une entreprise cotée, mais elle dialogue désormais avec les marchés, rend des comptes aux investisseurs et utilise des outils modernes pour financer ses missions stratégiques.
C’est un pas discret, mais décisif. Une révolution silencieuse qui pourrait bien redessiner le financement public en Afrique.