Le Nigéria prépare une nouvelle génération de satellites de télécommunications pour renforcer sa capacité numérique, sécuriser ses communications stratégiques et réduire sa dépendance aux infrastructures étrangères. Abuja a retenu l’israélien Israel Aerospace Industries et le franco-italien Thales Alenia Space pour ce programme, dont les lancements sont prévus à partir de 2028.
Le Nigéria veut prendre de la hauteur pour
sécuriser son avenir numérique. Le gouvernement fédéral a approuvé
l’acquisition de deux nouveaux satellites de télécommunications, baptisés NIGCOMSAT-2A
et NIGCOMSAT-2B, dans le cadre d’un programme présenté comme stratégique pour
la connectivité, les communications critiques et la sécurité nationale. Les
deux engins doivent prendre progressivement le relais de l’actuelle génération
satellitaire du pays, alors que NIGCOMSAT-1R approche de la fin de sa durée
opérationnelle.
Pour Abuja, l'enjeu dépasse largement la prouesse
technologique. Les futurs satellites doivent augmenter la capacité nationale de
transmission et permettre au Nigéria d'étendre ses services de haut débit,
notamment dans les zones où les infrastructures terrestres restent difficiles
ou coûteuses à déployer. NIGCOMSAT, l'entreprise publique chargée du programme
satellitaire de télécommunications, présente également le projet comme un moyen
de renforcer les communications essentielles et de soutenir les secteurs
stratégiques de l'économie.
Deux satellites, deux partenaires stratégiques
Le choix des industriels est particulièrement
révélateur. NIGCOMSAT-2A doit être fabriqué par Israel Aerospace Industries,
avec un lancement ciblé en 2028. NIGCOMSAT-2B doit, lui, être fourni par Thales
Alenia Space, avec une mise en orbite envisagée en 2029. Les deux satellites
sont présentés comme des plateformes de télécommunications de nouvelle
génération à haut débit.
Cette association donne au programme une
dimension géopolitique particulière. Abuja s'appuie à la fois sur l'expertise
israélienne d'IAI dans les technologies spatiales et sur celle de Thales Alenia
Space, coentreprise détenue par le français Thales et l'italien Leonardo. Le
Nigéria diversifie ainsi ses partenariats technologiques au moment où les
infrastructures spatiales deviennent de plus en plus importantes pour les
télécommunications, la sécurité et la souveraineté numérique.
Ce choix tranche également avec l'histoire
récente du programme NIGCOMSAT. Les précédents satellites de télécommunications
nigérians avaient été développés avec des partenaires chinois. NIGCOMSAT-1,
lancé en 2007, avait notamment été construit en Chine avant de connaître une
défaillance en orbite l'année suivante. Son remplaçant, NIGCOMSAT-1R, avait
également été développé dans le cadre d'une coopération chinoise.
Remplacer un satellite, mais surtout augmenter la
capacité
L'objectif n'est pas simplement de remplacer un
équipement vieillissant par un autre. Abuja veut profiter du renouvellement de
sa flotte pour augmenter sa capacité satellitaire et accompagner l'expansion de
son économie numérique.
Les informations disponibles décrivent
NIGCOMSAT-2A et NIGCOMSAT-2B comme des satellites High-Throughput Satellites
(HTS). Cette technologie permet de concentrer davantage de capacité sur
certaines zones géographiques et d'améliorer l'efficacité des services de
transmission de données.
Pour un pays de la taille du Nigéria, l'enjeu est
considérable. Les réseaux de fibre optique et les infrastructures mobiles
peuvent progresser rapidement dans les grands centres urbains, mais leur
déploiement devient beaucoup plus complexe dans les régions éloignées. Le
satellite permet alors de compléter les réseaux terrestres et d'apporter une
couverture là où le modèle économique d'une infrastructure physique est moins
évident.
NIGCOMSAT entend ainsi soutenir le haut débit,
les communications gouvernementales, la diffusion audiovisuelle et d'autres
services numériques. L'entreprise estime que les deux nouveaux satellites
doivent contribuer à renforcer la place du pays dans l'économie numérique et
dans l'industrie spatiale africaine.
La sécurité au cœur du programme
Le volet sécuritaire est probablement l'un des
aspects les plus importants du projet. Le gouvernement nigérian associe
explicitement le renouvellement de sa capacité satellitaire à des objectifs de sécurité
nationale.
Dans un pays confronté à de vastes enjeux de
surveillance de son territoire, de sécurisation des communications et de
contrôle de zones difficiles d'accès, disposer d'une infrastructure
satellitaire nationale constitue un avantage stratégique.
Le satellite permet notamment de maintenir des
communications indépendantes des infrastructures terrestres, qui peuvent être
endommagées, interrompues ou insuffisantes dans certaines régions. Il peut
également contribuer à la résilience des communications gouvernementales en cas
de crise.
Cette dimension explique pourquoi la question ne
peut pas être réduite à une simple politique d'accès à Internet. Pour Abuja, le
satellite devient une infrastructure critique au même titre que les réseaux de
télécommunications, les data centers ou les infrastructures énergétiques.
Plus de 2 milliards de dollars ? Une enveloppe
encore à manier avec prudence
Le programme est présenté par plusieurs sources
spécialisées comme représentant un investissement de plus de 2 milliards de
dollars pour les deux satellites. Mais le gouvernement nigérian n'a pas rendu
publics, à ce stade, les montants détaillés des deux accords. Il serait donc
prématuré de présenter cette somme comme la valeur contractuelle définitive du
programme.
L'ordre de grandeur reste néanmoins révélateur de
la place que le Nigéria entend désormais accorder aux infrastructures
spatiales. Le pays ne cherche pas seulement à posséder des satellites : il veut
construire une capacité susceptible de soutenir plusieurs pans de son économie
numérique pendant les prochaines années.
La question sera donc moins celle du coût brut de
l'investissement que de sa capacité à générer des retombées économiques :
nouvelles capacités de télécommunications, revenus commerciaux pour NIGCOMSAT,
couverture des zones mal desservies, développement de compétences locales et
sécurisation des communications stratégiques.
Abuja veut aussi peser dans la nouvelle économie
spatiale africaine
Le timing du programme n'est pas anodin. L'espace
est progressivement devenu un nouveau terrain de compétition économique et
stratégique en Afrique. Satellites de télécommunications, observation de la
Terre, géolocalisation, agriculture de précision, gestion des catastrophes et
surveillance des infrastructures alimentent désormais une véritable économie
spatiale sur le continent.
Le Nigéria veut y occuper une place à la hauteur
de son poids démographique et économique.
Avec NIGCOMSAT-2A et NIGCOMSAT-2B, Abuja cherche
donc à faire d'une infrastructure spatiale nationale un outil au service de sa
transformation numérique. Le pays mise sur des partenaires étrangers pour
acquérir des technologies de pointe, tout en conservant la maîtrise de
l'exploitation de son infrastructure à travers NIGCOMSAT.
C'est toute l'ambivalence du projet : pour gagner
en souveraineté numérique, le Nigéria doit encore s'appuyer sur des
technologies étrangères. Mais Abuja semble considérer que la véritable
souveraineté ne consiste plus nécessairement à tout fabriquer soi-même. Elle
consiste plutôt à disposer de capacités nationales suffisantes pour choisir ses
partenaires, sécuriser ses infrastructures critiques et ne pas dépendre d'un
seul fournisseur.
Avec un premier lancement attendu en 2028, puis
un second en 2029, le Nigéria aura bientôt l'occasion de transformer cette
ambition en capacité opérationnelle.
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