Après plusieurs années de crises de dette, de tensions monétaires et de retrait des investisseurs, plusieurs économies africaines recommencent à attirer des financements internationaux. Pour Standard Chartered, les réformes engagées dans des pays comme le Nigéria, le Ghana, l’Égypte ou encore la Zambie contribuent à restaurer la confiance des marchés et à favoriser le retour progressif des capitaux étrangers.
Pendant une bonne partie
de la décennie 2020, l'Afrique a incarné aux yeux de nombreux investisseurs
l'une des régions les plus exposées aux chocs économiques mondiaux. La pandémie
de Covid-19, la flambée des taux d'intérêt dans les économies avancées, l'appréciation
du dollar et la multiplication des tensions sur la dette souveraine ont
profondément détérioré la perception du risque africain.
Entre 2020 et 2024,
plusieurs pays du continent ont vu leurs coûts d'emprunt s'envoler, tandis que
certains, à l'image de la Zambie ou du Ghana, ont dû engager de longues
négociations de restructuration de leur dette. Dans ce contexte, les
investisseurs internationaux avaient largement déserté les marchés africains,
privilégiant des actifs jugés plus sûrs.
Cette période pourrait
toutefois avoir marqué un point bas.
Selon Dalu Ajene,
directeur général et responsable de la couverture Afrique de Standard
Chartered, les réformes économiques mises en œuvre dans plusieurs pays
commencent à produire des effets tangibles sur la perception des investisseurs.
L'établissement bancaire britannique observe un regain d'intérêt aussi bien de
la part des bailleurs de fonds publics que des investisseurs privés.
« Les défis financiers
après la pandémie étaient extrêmement profonds », a expliqué le dirigeant dans
un entretien accordé à Reuters. « Cela avait créé une véritable aversion au
risque. »
Pour la banque,
l'amélioration de la discipline budgétaire, le renforcement de la crédibilité
des banques centrales, l'assouplissement de certaines contraintes
réglementaires et les efforts de transparence engagés par plusieurs
gouvernements contribuent progressivement à changer le regard porté sur
certaines économies africaines.
Le Nigéria est souvent
cité comme l'un des exemples les plus emblématiques de cette évolution. Depuis
l'arrivée au pouvoir du président Bola Tinubu, le pays a engagé plusieurs
réformes majeures, notamment la suppression des subventions sur les carburants
et la libéralisation du marché des changes. Si ces mesures ont provoqué
d'importantes tensions sociales et alimenté l'inflation à court terme, elles
sont généralement perçues par les investisseurs comme des signaux de
rééquilibrage économique.
Le retour
progressif des investisseurs institutionnels
Selon Standard
Chartered, les premiers bénéficiaires de cette amélioration de la confiance
sont les marchés de dette souveraine en monnaie locale.
Des gestionnaires
d'actifs, des fonds spécialisés et certains investisseurs institutionnels
recommencent à s'intéresser à des marchés qui étaient devenus pratiquement
inaccessibles il y a encore quelques années. L'Égypte, le Nigéria, le Ghana,
l'Ouganda et la Zambie figurent parmi les pays où ce regain d'intérêt est le
plus visible, selon la banque.
Cette dynamique est
également soutenue par les agences de crédit à l'exportation et les
institutions de financement du développement, qui jouent souvent un rôle
d'amorce en absorbant une partie des risques liés aux grands projets
d'infrastructures.
Standard Chartered cite
notamment le financement de la modernisation du port de Tin Can Island à Lagos,
un projet d'environ un milliard de dollars soutenu par l'agence britannique UK
Export Finance. Ce type d'opération illustre la volonté croissante des partenaires
internationaux de soutenir des infrastructures jugées stratégiques pour le
développement économique du continent.
Pour autant, tous les
observateurs ne partagent pas nécessairement le même optimisme. Standard
Chartered demeure un acteur directement impliqué dans le financement des
économies africaines et bénéficie elle-même de l'accélération des transactions
sur le continent. Son analyse reflète donc également la vision d'un
établissement présent au cœur des marchés qu'il décrit.
Les capitaux
du Golfe prennent une place croissante
L'un des changements les
plus marquants observés ces dernières années concerne l'arrivée massive des
capitaux du Golfe.
Longtemps concentrés sur
les marchés occidentaux et asiatiques, les investisseurs des Émirats arabes
unis, du Qatar ou encore d’Arabie saoudite multiplient désormais les
investissements en Afrique dans les secteurs portuaires, miniers, énergétiques
et agricoles.
Pour Standard Chartered,
cette tendance devrait encore s'accélérer avec l'entrée en vigueur progressive
des accords de partenariat économique conclus entre les Émirats arabes unis et
plusieurs pays africains, notamment le Nigéria, le Kenya, le Maroc et Maurice.
L'enjeu dépasse
largement la simple augmentation des flux financiers. Ces partenariats
pourraient contribuer à modifier durablement la géographie des investissements
étrangers en Afrique en renforçant le rôle des acteurs du Golfe aux côtés des
partenaires traditionnels que sont l'Europe, les États-Unis et la Chine.
« Une fois que vous
disposez de cadres de coopération solides, vous commencez à voir émerger le
type d'investissements massifs qui comptent réellement », estime Dalu Ajene.
Selon lui, ces nouveaux
cadres pourraient permettre l'émergence d'opérations de plusieurs centaines de
millions de dollars, voire davantage, dans des secteurs considérés comme
stratégiques.
Les TRS, un
outil financier qui divise
Au-delà du retour des
investisseurs, Standard Chartered met également en avant l'utilisation
croissante de mécanismes financiers alternatifs destinés à diversifier les
sources de financement des États africains.
Parmi eux figurent les
Total Return Swaps (TRS), des instruments déjà utilisés par des pays comme
l'Angola, le Nigéria ou le Sénégal.
Concrètement, ces
mécanismes permettent à un État d'obtenir des financements auprès d'une banque
en s'appuyant sur la performance d'actifs sous-jacents. Leurs défenseurs y
voient une solution flexible lorsque les marchés obligataires traditionnels
deviennent trop coûteux ou temporairement fermés.
Leur utilisation fait
toutefois débat.
Le Fonds monétaire
international et plusieurs spécialistes de la dette souveraine ont
régulièrement appelé à davantage de transparence concernant ces opérations,
estimant qu'elles peuvent parfois compliquer l'évaluation du niveau réel
d'endettement de certains États.
Dalu Ajene rejette ces
critiques. Selon lui, les TRS ne sont pas intrinsèquement plus risqués que
d'autres instruments financiers et offrent une flexibilité appréciable dans un
environnement mondial marqué par la volatilité des marchés.
Cette divergence de vues
illustre un débat plus large sur les nouvelles formes de financement auxquelles
les pays africains pourraient recourir pour répondre à leurs besoins
d'investissement.
Une fenêtre
d'opportunité à confirmer
L'analyse de Standard
Chartered traduit avant tout une évolution de perception. Le retour des
investisseurs reste encore inégal selon les pays et demeure fortement dépendant
de la poursuite des réformes économiques engagées ces dernières années.
Mais à l'heure où l'aide
publique internationale tend à se contracter sous l'effet des contraintes
budgétaires des pays développés, la capacité des économies africaines à attirer
des capitaux privés devient plus stratégique que jamais.
Pour les gouvernements
du continent, l'enjeu n'est plus seulement de convaincre les investisseurs de
revenir. Il s'agit désormais de démontrer que les réformes engagées peuvent
produire durablement de la croissance, de la stabilité et des opportunités d'investissement
à long terme.
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