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  • 10/06/2026

Standard Chartered : Les réformes rouvrent l’Afrique aux capitaux internationaux

Après plusieurs années de crises de dette, de tensions monétaires et de retrait des investisseurs, plusieurs économies africaines recommencent à attirer des financements internationaux. Pour Standard Chartered, les réformes engagées dans des pays comme le Nigéria, le Ghana, l’Égypte ou encore la Zambie contribuent à restaurer la confiance des marchés et à favoriser le retour progressif des capitaux étrangers.

 

Pendant une bonne partie de la décennie 2020, l'Afrique a incarné aux yeux de nombreux investisseurs l'une des régions les plus exposées aux chocs économiques mondiaux. La pandémie de Covid-19, la flambée des taux d'intérêt dans les économies avancées, l'appréciation du dollar et la multiplication des tensions sur la dette souveraine ont profondément détérioré la perception du risque africain.

 

Entre 2020 et 2024, plusieurs pays du continent ont vu leurs coûts d'emprunt s'envoler, tandis que certains, à l'image de la Zambie ou du Ghana, ont dû engager de longues négociations de restructuration de leur dette. Dans ce contexte, les investisseurs internationaux avaient largement déserté les marchés africains, privilégiant des actifs jugés plus sûrs.

 

Cette période pourrait toutefois avoir marqué un point bas.

 

Selon Dalu Ajene, directeur général et responsable de la couverture Afrique de Standard Chartered, les réformes économiques mises en œuvre dans plusieurs pays commencent à produire des effets tangibles sur la perception des investisseurs. L'établissement bancaire britannique observe un regain d'intérêt aussi bien de la part des bailleurs de fonds publics que des investisseurs privés.

 

« Les défis financiers après la pandémie étaient extrêmement profonds », a expliqué le dirigeant dans un entretien accordé à Reuters. « Cela avait créé une véritable aversion au risque. »

 

Pour la banque, l'amélioration de la discipline budgétaire, le renforcement de la crédibilité des banques centrales, l'assouplissement de certaines contraintes réglementaires et les efforts de transparence engagés par plusieurs gouvernements contribuent progressivement à changer le regard porté sur certaines économies africaines.

 

Le Nigéria est souvent cité comme l'un des exemples les plus emblématiques de cette évolution. Depuis l'arrivée au pouvoir du président Bola Tinubu, le pays a engagé plusieurs réformes majeures, notamment la suppression des subventions sur les carburants et la libéralisation du marché des changes. Si ces mesures ont provoqué d'importantes tensions sociales et alimenté l'inflation à court terme, elles sont généralement perçues par les investisseurs comme des signaux de rééquilibrage économique.

 

Le retour progressif des investisseurs institutionnels

 

Selon Standard Chartered, les premiers bénéficiaires de cette amélioration de la confiance sont les marchés de dette souveraine en monnaie locale.

 

Des gestionnaires d'actifs, des fonds spécialisés et certains investisseurs institutionnels recommencent à s'intéresser à des marchés qui étaient devenus pratiquement inaccessibles il y a encore quelques années. L'Égypte, le Nigéria, le Ghana, l'Ouganda et la Zambie figurent parmi les pays où ce regain d'intérêt est le plus visible, selon la banque.

 

Cette dynamique est également soutenue par les agences de crédit à l'exportation et les institutions de financement du développement, qui jouent souvent un rôle d'amorce en absorbant une partie des risques liés aux grands projets d'infrastructures.

 

Standard Chartered cite notamment le financement de la modernisation du port de Tin Can Island à Lagos, un projet d'environ un milliard de dollars soutenu par l'agence britannique UK Export Finance. Ce type d'opération illustre la volonté croissante des partenaires internationaux de soutenir des infrastructures jugées stratégiques pour le développement économique du continent.

 

Pour autant, tous les observateurs ne partagent pas nécessairement le même optimisme. Standard Chartered demeure un acteur directement impliqué dans le financement des économies africaines et bénéficie elle-même de l'accélération des transactions sur le continent. Son analyse reflète donc également la vision d'un établissement présent au cœur des marchés qu'il décrit.

 

Les capitaux du Golfe prennent une place croissante

 

L'un des changements les plus marquants observés ces dernières années concerne l'arrivée massive des capitaux du Golfe.

 

Longtemps concentrés sur les marchés occidentaux et asiatiques, les investisseurs des Émirats arabes unis, du Qatar ou encore d’Arabie saoudite multiplient désormais les investissements en Afrique dans les secteurs portuaires, miniers, énergétiques et agricoles.

 

Pour Standard Chartered, cette tendance devrait encore s'accélérer avec l'entrée en vigueur progressive des accords de partenariat économique conclus entre les Émirats arabes unis et plusieurs pays africains, notamment le Nigéria, le Kenya, le Maroc et Maurice.

 

L'enjeu dépasse largement la simple augmentation des flux financiers. Ces partenariats pourraient contribuer à modifier durablement la géographie des investissements étrangers en Afrique en renforçant le rôle des acteurs du Golfe aux côtés des partenaires traditionnels que sont l'Europe, les États-Unis et la Chine.

 

« Une fois que vous disposez de cadres de coopération solides, vous commencez à voir émerger le type d'investissements massifs qui comptent réellement », estime Dalu Ajene.

 

Selon lui, ces nouveaux cadres pourraient permettre l'émergence d'opérations de plusieurs centaines de millions de dollars, voire davantage, dans des secteurs considérés comme stratégiques.

 

Les TRS, un outil financier qui divise

 

Au-delà du retour des investisseurs, Standard Chartered met également en avant l'utilisation croissante de mécanismes financiers alternatifs destinés à diversifier les sources de financement des États africains.

 

Parmi eux figurent les Total Return Swaps (TRS), des instruments déjà utilisés par des pays comme l'Angola, le Nigéria ou le Sénégal.

 

Concrètement, ces mécanismes permettent à un État d'obtenir des financements auprès d'une banque en s'appuyant sur la performance d'actifs sous-jacents. Leurs défenseurs y voient une solution flexible lorsque les marchés obligataires traditionnels deviennent trop coûteux ou temporairement fermés.

 

Leur utilisation fait toutefois débat.

 

Le Fonds monétaire international et plusieurs spécialistes de la dette souveraine ont régulièrement appelé à davantage de transparence concernant ces opérations, estimant qu'elles peuvent parfois compliquer l'évaluation du niveau réel d'endettement de certains États.

 

Dalu Ajene rejette ces critiques. Selon lui, les TRS ne sont pas intrinsèquement plus risqués que d'autres instruments financiers et offrent une flexibilité appréciable dans un environnement mondial marqué par la volatilité des marchés.

 

Cette divergence de vues illustre un débat plus large sur les nouvelles formes de financement auxquelles les pays africains pourraient recourir pour répondre à leurs besoins d'investissement.

 

Une fenêtre d'opportunité à confirmer

 

L'analyse de Standard Chartered traduit avant tout une évolution de perception. Le retour des investisseurs reste encore inégal selon les pays et demeure fortement dépendant de la poursuite des réformes économiques engagées ces dernières années.

 

Mais à l'heure où l'aide publique internationale tend à se contracter sous l'effet des contraintes budgétaires des pays développés, la capacité des économies africaines à attirer des capitaux privés devient plus stratégique que jamais.

 

Pour les gouvernements du continent, l'enjeu n'est plus seulement de convaincre les investisseurs de revenir. Il s'agit désormais de démontrer que les réformes engagées peuvent produire durablement de la croissance, de la stabilité et des opportunités d'investissement à long terme.