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  • 10/06/2026

Côte d’Ivoire : La BRVM veut transformer l’épargne régionale en levier stratégique pour un secteur minier encore sous-financé

Dans une économie africaine en quête de souveraineté financière, une contradiction persiste et s’impose avec force : les ressources minières se développent, mais leur financement reste largement extraverti. C’est ce paradoxe que la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) a choisi de mettre au centre du débat, à l’occasion d’une rencontre de haut niveau organisée avec la Chambre de Commerce Canada Côte d'Ivoire (CCCACI), sous le patronage du ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly.

 

Le décor est posé sans détour : la Côte d’Ivoire dispose d’un potentiel minier en expansion, mais son financement demeure l’un des angles morts de la chaîne de valeur. Derrière les ambitions industrielles affichées, un constat s’impose avec une certaine brutalité économique : le capital local reste marginal dans un secteur pourtant stratégique.

 

Réunis à Abidjan le 9 juin 2026, décideurs publics, investisseurs, institutions financières et opérateurs miniers ont confronté diagnostics et limites d’un modèle encore déséquilibré. Au centre des échanges, une interrogation structurante : pourquoi le marché financier régional, pourtant dynamique, ne joue-t-il pas encore un rôle significatif dans le financement minier ivoirien ?

 

La réponse esquissée par le Directeur Général de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), Edoh Kossi Amenounve, a donné la mesure du paradoxe. Depuis sa création, le marché financier régional a mobilisé plus de 26 000 milliards de FCFA. Pourtant, le secteur minier ivoirien reste quasiment absent de cette dynamique de financement. Une anomalie structurelle dans une région qui cherche à accélérer son industrialisation par les marchés de capitaux.

 

Ce décalage n’est pas seulement statistique, il est stratégique. Il révèle une inadéquation persistante entre les besoins des industries extractives et les outils financiers disponibles dans l’espace UEMOA. Autrement dit, le capital existe, mais il ne circule pas vers les bons segments de l’économie réelle.

 

Dans ce contexte, les discussions ont rapidement dépassé le simple constat pour s’orienter vers une recomposition du modèle. Le concept de contenu local s’est imposé comme la matrice du débat. Il ne s’agit plus uniquement d’extraire et d’exporter, mais de structurer un tissu d’entreprises capables d’intégrer durablement la chaîne de valeur minière.

 

Encore faut-il que ces entreprises existent à une échelle suffisante, et surtout qu’elles aient accès au financement nécessaire à leur montée en puissance. C’est précisément sur ce point que les opérateurs privés présents, dont Endeavour Mining et Sama Resources Inc, ont insisté : sans ingénierie financière adaptée, le contenu local reste une ambition théorique plus qu’une réalité économique.

 

La réflexion portée par la BRVM s’inscrit alors dans une logique d’évolution du marché. L’idée centrale est claire : adapter les instruments financiers aux spécificités du secteur minier, afin de mieux capter l’épargne régionale et de la réorienter vers les entreprises productives. Une ambition qui implique de repenser les mécanismes de levée de fonds, notamment à travers des outils boursiers plus flexibles et mieux calibrés pour les cycles longs de l’industrie extractive.

 

Au-delà de la technique financière, c’est une question de souveraineté économique qui s’est imposée dans les échanges. La capacité à financer localement ses propres ressources devient un marqueur de maturité économique, mais aussi un facteur de réduction de dépendance vis-à-vis des marchés internationaux.

 

Au fil des interventions, une ligne de convergence s’est dessinée : la transformation du potentiel minier ivoirien ne dépend plus uniquement de la géologie ou des investissements étrangers, mais de la capacité du système financier régional à se hisser au niveau des ambitions industrielles.

 

En clôture des discussions, une certitude prudente s’est dégagée : le défi n’est plus de diagnostiquer les limites, mais de construire les instruments. Reste désormais à savoir si l’écosystème financier de l’UEMOA saura franchir ce seuil décisif, celui où l’épargne locale cesse d’être une ressource passive pour devenir un moteur actif de transformation économique.