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  • 09/02/2026

UEMOA : Une croissance enviable sur des équilibres encore fragiles

La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a livré sa note de conjoncture économique de janvier 2026. Ce rapport, attendu par les acteurs financiers et institutionnels, dresse un tableau contrasté : une Union en pleine expansion, mais exposée à des fragilités structurelles et aux aléas mondiaux.

 

Un environnement international incertain

 

La croissance mondiale reste modérée. Aux États-Unis, l’indice PMI composite a reculé à 52,7 points en décembre 2025, contre 54,2 un mois plus tôt, signalant un ralentissement du secteur privé. En zone euro, l’indice est tombé à 51,5 points, reflet d’une contraction persistante du secteur manufacturier.

La Chine, en revanche, affiche une légère amélioration (51,3 points), portée par les services et l’industrie. L’Afrique du Sud reste en zone de contraction (47,7 points), conséquence d’une demande intérieure atone.

 

Les banques centrales adoptent une posture prudente. La Réserve fédérale américaine maintient son taux directeur entre 3,50% et 3,75%, après trois baisses en 2025. La BCE conserve son taux de dépôt à 2,00%, anticipant une inflation proche de son objectif de 2%. En Afrique centrale, la BEAC a relevé ses taux en décembre 2025 pour soutenir le franc CFA et ses réserves de change, tombées à 4,2 mois d’importations.

 

Matières premières : un soutien fragile

 

Les pays de l’UEMOA ont profité en décembre 2025 d’une hausse des prix de l’or (+5,6%), du cacao (+4,2%) et de l’huile de palme (+10,4%). L’indice global des exportations a progressé de 3,7% sur un mois.

Mais la volatilité reste forte : le phosphate (-11,4%), le café (-9,9%) et le zinc (-0,3%) ont reculé. Sur un an, le cacao a chuté de 43,9%, le caoutchouc de 23,5% et le pétrole de 13,4%. Seul l’or tire son épingle du jeu (+63,2%), porté par la demande des banques centrales et les incertitudes géopolitiques.

 

Une inflation négative, reflet d’un paradoxe

 

Dans l’UEMOA, l’inflation est ressortie à -0,8% en décembre 2025, après -0,5% en novembre. Cette situation atypique s’explique par la baisse des prix alimentaires importés, notamment du riz (-32,8% sur un an), du sucre (-10,6%) et du lait (-15%).

La BCEAO note que « le maintien des taux négatifs reflète la poursuite de la baisse des prix de la composante produits alimentaires ». Mais derrière ce chiffre se cachent des tensions : insécurité dans certaines zones, perturbations logistiques et dépendance aux importations.

 

Monnaie et liquidité : expansion rapide

 

La masse monétaire a bondi de 18,2% en glissement annuel à fin novembre 2025, après +16,1% en octobre. Cette hausse spectaculaire est alimentée par l’accroissement des actifs extérieurs nets (+247,3%).

Les taux interbancaires se sont légèrement tendus (5,06% en décembre), tandis que les banques ont resserré leurs conditions de crédit (6,70% en moyenne).

 

Perspectives : croissance robuste mais vigilance

 

Le PIB réel de l’UEMOA devrait progresser de 6,5% au premier trimestre 2026, après 6,9% au trimestre précédent. Cette performance repose sur le dynamisme du commerce, des services et une bonne campagne agricole.

L’inflation devrait revenir en territoire positif (+0,1% attendu en février 2026), sous l’effet des perturbations logistiques et de l’insécurité.

 

Analyse stratégique

 

L’UEMOA affiche une croissance enviable, supérieure à la moyenne mondiale. Mais cette solidité repose sur des bases fragiles :

  • Dépendance aux matières premières : la volatilité des cours expose les économies à des chocs externes.
  • Inflation atypique : les taux négatifs masquent des tensions structurelles qui pourraient rapidement inverser la tendance.
  • Expansion monétaire : la forte progression de la liquidité, alimentée par les flux extérieurs, pose la question de la soutenabilité.

 

Pour transformer cette croissance en développement durable, l’Union devra diversifier sa base productive, renforcer ses infrastructures logistiques et stabiliser les zones à risque.