La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a livré sa note de conjoncture économique de janvier 2026. Ce rapport, attendu par les acteurs financiers et institutionnels, dresse un tableau contrasté : une Union en pleine expansion, mais exposée à des fragilités structurelles et aux aléas mondiaux.
Un environnement international incertain
La croissance mondiale reste modérée. Aux États-Unis,
l’indice PMI composite a reculé à 52,7 points en décembre 2025, contre 54,2 un
mois plus tôt, signalant un ralentissement du secteur privé. En zone euro,
l’indice est tombé à 51,5 points, reflet d’une contraction persistante du
secteur manufacturier.
La Chine, en revanche, affiche une légère amélioration
(51,3 points), portée par les services et l’industrie. L’Afrique du Sud reste
en zone de contraction (47,7 points), conséquence d’une demande intérieure
atone.
Les banques centrales adoptent une posture prudente.
La Réserve fédérale américaine maintient son taux directeur entre 3,50% et
3,75%, après trois baisses en 2025. La BCE conserve son taux de dépôt à 2,00%,
anticipant une inflation proche de son objectif de 2%. En Afrique centrale, la
BEAC a relevé ses taux en décembre 2025 pour soutenir le franc CFA et ses
réserves de change, tombées à 4,2 mois d’importations.
Matières premières : un soutien fragile
Les pays de l’UEMOA ont profité en décembre 2025 d’une
hausse des prix de l’or (+5,6%), du cacao (+4,2%) et de l’huile de palme
(+10,4%). L’indice global des exportations a progressé de 3,7% sur un mois.
Mais la volatilité reste forte : le phosphate
(-11,4%), le café (-9,9%) et le zinc (-0,3%) ont reculé. Sur un an, le cacao a
chuté de 43,9%, le caoutchouc de 23,5% et le pétrole de 13,4%. Seul l’or tire
son épingle du jeu (+63,2%), porté par la demande des banques centrales et les
incertitudes géopolitiques.
Une inflation négative, reflet d’un
paradoxe
Dans l’UEMOA, l’inflation est ressortie à -0,8% en
décembre 2025, après -0,5% en novembre. Cette situation atypique s’explique par
la baisse des prix alimentaires importés, notamment du riz (-32,8% sur un an),
du sucre (-10,6%) et du lait (-15%).
La BCEAO note que « le maintien des taux négatifs
reflète la poursuite de la baisse des prix de la composante produits
alimentaires ». Mais derrière ce chiffre se cachent des tensions : insécurité
dans certaines zones, perturbations logistiques et dépendance aux importations.
Monnaie et liquidité : expansion rapide
La masse monétaire a bondi de 18,2% en glissement
annuel à fin novembre 2025, après +16,1% en octobre. Cette hausse spectaculaire
est alimentée par l’accroissement des actifs extérieurs nets (+247,3%).
Les taux interbancaires se sont légèrement tendus
(5,06% en décembre), tandis que les banques ont resserré leurs conditions de
crédit (6,70% en moyenne).
Perspectives : croissance robuste mais
vigilance
Le PIB réel de l’UEMOA devrait progresser de 6,5% au
premier trimestre 2026, après 6,9% au trimestre précédent. Cette performance
repose sur le dynamisme du commerce, des services et une bonne campagne
agricole.
L’inflation devrait revenir en territoire positif
(+0,1% attendu en février 2026), sous l’effet des perturbations logistiques et
de l’insécurité.
Analyse stratégique
L’UEMOA affiche une croissance enviable, supérieure à
la moyenne mondiale. Mais cette solidité repose sur des bases fragiles :
Pour transformer cette croissance en développement
durable, l’Union devra diversifier sa base productive, renforcer ses
infrastructures logistiques et stabiliser les zones à risque.
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