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  • 10/05/2026

Zimbabwe : L’or peut-il réellement sauver le ZiG de la crise de confiance ?

Dans les coffres de la Banque centrale du Zimbabwe, les lingots brillent désormais comme un argument politique autant qu’économique.

 

Ce lundi 11 mai 2026, le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a lui-même inspecté les réserves d’or de la Reserve Bank of Zimbabwe (RBZ), mettant en scène une image soigneusement calibrée : celle d’un État qui tente de reconstruire sa crédibilité monétaire à partir d’un métal précieux vieux comme les empires.

 

Le message est limpide. Cette fois, assure Harare, la monnaie nationale ne repose plus sur des promesses fragiles ou des planches à billets incontrôlées, mais sur des actifs tangibles. Plus de 4 tonnes d’or seraient aujourd’hui stockées dans les coffres du pays, avec un objectif affiché de 5 tonnes d’ici la fin de l’année. Pour le pouvoir zimbabwéen, cette accumulation progressive constitue la colonne vertébrale du ZiG — le “Zimbabwe Gold” — la nouvelle devise lancée en avril 2024 pour tenter de stabiliser une économie longtemps ravagée par l’hyperinflation.

 

Mais derrière les lingots et les déclarations officielles, une question demeure entière : l’or suffit-il réellement à sauver une monnaie lorsque la confiance collective a déjà été détruite plusieurs fois ?

 

Car le Zimbabwe ne mène pas seulement une bataille monétaire. Il mène surtout une bataille psychologique.

 

Pendant près de deux décennies, le pays a vécu l’une des plus graves catastrophes monétaires de l’histoire contemporaine. Au sommet de la crise de 2008, les prix explosaient à un rythme délirant, forçant la banque centrale à imprimer des billets de plusieurs milliards de dollars zimbabwéens devenus pratiquement sans valeur. Les images de citoyens transportant des sacs de billets pour acheter quelques produits de base ont profondément marqué la mémoire collective africaine.

 

L’effondrement fut si brutal que le pays finit par abandonner de facto sa monnaie au profit du dollar américain. Pendant des années, l’économie zimbabwéenne s’est ainsi “dollarisée”, transformant l’USD en véritable monnaie du quotidien. Salaires, loyers, carburant, commerce : presque tout se négociait en billets verts.

 

Le problème, pour Harare, est qu’un État sans véritable monnaie nationale perd une partie de sa souveraineté économique. La banque centrale ne contrôle plus réellement sa politique monétaire, tandis que l’économie devient dépendante des entrées de devises étrangères. Le ZiG est donc né d’une ambition claire : restaurer une monnaie locale crédible sans replonger dans les erreurs du passé.

 

Contrairement aux précédentes tentatives monétaires du Zimbabwe, le ZiG se veut discipliné. La devise est officiellement adossée à des réserves d’or et de devises étrangères. Le gouvernement affirme également avoir limité le financement monétaire des déficits publics, longtemps considéré comme le carburant principal de l’hyperinflation.

 

Et, à première vue, certains indicateurs semblent donner raison aux autorités. L’inflation, longtemps incontrôlable, a fortement ralenti. Le Zimbabwe enregistre même sa première période prolongée d’inflation à un chiffre depuis plusieurs décennies. Pour Harare, cette stabilisation constitue la preuve que le modèle fonctionne.

 

Mais dans les rues de Harare, Bulawayo ou Mutare, la réalité est plus nuancée.

 

Le dollar américain continue largement de dominer les transactions quotidiennes. De nombreux commerçants préfèrent encore fixer leurs prix en USD. Les ménages, eux, gardent une méfiance presque instinctive envers toute monnaie nationale. Et pour cause : le Zimbabwe a déjà connu plusieurs renaissances monétaires avortées. Après le vieux dollar zimbabwéen sont venus les “bond notes”, puis le RTGS dollar, avant l’apparition du ZiG. À chaque fois, la promesse officielle était similaire : stabilité, discipline, souveraineté. À chaque fois, la confiance populaire s’est finalement effondrée.

 

C’est précisément là que réside la fragilité du pari actuel.

 

Une monnaie n’est pas simplement un instrument économique soutenu par des réserves. C’est avant tout un contrat psychologique entre un État et sa population. L’or peut rassurer les investisseurs, renforcer les réserves stratégiques et limiter certaines dérives monétaires. Mais il ne peut pas, à lui seul, effacer des années de traumatismes économiques.

 

Le gouvernement zimbabwéen semble d’ailleurs conscient de cette réalité. Harare a discrètement abandonné son objectif initial de dé-dollarisation totale d’ici 2030. Désormais, les autorités parlent davantage d’une transition progressive conditionnée à la stabilité économique et au rétablissement durable de la confiance.

 

Autrement dit, même l’État sait qu’il ne peut pas forcer les citoyens à aimer leur monnaie.

 

Cette prudence intervient dans un contexte international paradoxalement favorable à la stratégie zimbabwéenne. Depuis plusieurs années, de nombreuses banques centrales renforcent leurs réserves d’or afin de se protéger contre les turbulences géopolitiques, les tensions inflationnistes mondiales et la domination du dollar américain. Des pays comme la Chine, la Russie ou la Turquie ont considérablement augmenté leurs stocks d’or ces dernières années.

 

Le Zimbabwe tente ainsi de transformer son principal atout minier en instrument de souveraineté financière. Sur le papier, l’idée est loin d’être absurde. Le pays possède d’importantes ressources aurifères et cherche à convertir cette richesse naturelle en crédibilité monétaire.

 

Mais le véritable test du ZiG ne se jouera probablement ni dans les coffres de la banque centrale, ni dans les discours présidentiels.

 

Il se jouera dans les habitudes quotidiennes des Zimbabwéens.

 

Le jour où les commerçants préféreront spontanément le ZiG au dollar. Le jour où les épargnants accepteront de conserver leurs économies en monnaie locale sans craindre un nouvel effondrement. Le jour où la confiance redeviendra plus forte que la mémoire des crises passées.

 

C’est à ce moment-là seulement que l’or pourra prétendre avoir sauvé la monnaie zimbabwéenne.

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