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  • 03/09/2026

Zimbabwe-Mozambique : Le corridor de Beira accélère pour devenir l’autoroute pétrolière de l’Afrique australe

Le Mozambique et le Zimbabwe viennent de franchir une nouvelle étape dans le renforcement de leur corridor énergétique. Lancée le 2 septembre à Nhamatanda, l’extension du pipeline reliant le port de Beira à Feruka doit porter sa capacité de transport de carburants de 3 à 5 millions de m³ par an d’ici fin 2027. Derrière cette hausse de 67%, Maputo et Harare cherchent surtout à sécuriser l’approvisionnement du Zimbabwe et à faire de Beira une porte d’entrée énergétique majeure pour l’Afrique australe.

 

À Nhamatanda, dans la province mozambicaine de Sofala, le geste est symbolique, mais l’enjeu est très concret. Le 2 septembre 2026, les présidents mozambicain Daniel Chapo et zimbabwéen Emmerson Mnangagwa ont officiellement lancé la deuxième phase de l’extension du pipeline Beira-Feruka.

 

Cette infrastructure de 294 km relie le terminal pétrolier du port de Beira au terminal de Feruka, au Zimbabwe. Elle constitue l’une des principales artères d’approvisionnement en produits pétroliers du pays enclavé.

 

L’objectif de la nouvelle phase est de faire passer la capacité annuelle du pipeline de 3 à 5 millions de m³, soit une progression de 67%. La mise en service complète est attendue d’ici décembre 2027.

 

Pour Harare, l’enjeu dépasse largement celui d’une simple infrastructure de transport. Le Zimbabwe dépend de corridors extérieurs pour importer ses carburants. Renforcer la liaison avec Beira revient donc à consolider l’une des principales portes d’entrée de son approvisionnement énergétique.

 

« Le Zimbabwe s’engage à collaborer avec le Mozambique pour respecter tous les engagements liés à cette extension, notamment en matière de protection de l’environnement et de renforcement des normes de santé et de sécurité », a déclaré Emmerson Mnangagwa lors de la cérémonie.

 

Deux nouvelles stations pour absorber la croissance des volumes

 

L’extension prévoit notamment la construction de deux nouvelles stations de pompage, à Nhamatanda et Messica, dans le centre du Mozambique.

 

Le choix de ces infrastructures répond à une contrainte simple : augmenter le débit du système sans transformer le pipeline en goulet d’étranglement. La pression et la régularité du transport constituent en effet des paramètres déterminants pour acheminer davantage de carburants sur les 294 km séparant Beira de Feruka.

 

La nécessité de cette montée en puissance est déjà visible dans les statistiques d’exploitation. En 2025, près de 2,7 millions de m³ de produits pétroliers raffinés ont transité par le pipeline, un record pour l’infrastructure et une progression de 16% sur un an.

 

La capacité actuelle de 3 millions de m³ se rapproche donc progressivement de son plafond opérationnel.

Avec 5 millions de m³, le système disposera d’une marge supplémentaire de 2 millions de m³ par an, soit environ 2 milliards de litres de capacité additionnelle.

 

Beira veut devenir la porte énergétique de l’hinterland

 

C’est ici que le projet prend une dimension régionale.

 

Le corridor de Beira ne concerne pas uniquement le Zimbabwe. Le port mozambicain constitue une voie d’accès naturelle à plusieurs économies enclavées ou dépendantes des corridors régionaux, notamment le Malawi, la Zambie, le Botswana et la République démocratique du Congo.

 

L’objectif est donc de transformer progressivement une infrastructure bilatérale en plateforme logistique à vocation régionale.

 

Le schéma est relativement simple : les produits pétroliers arrivent par voie maritime à Beira, sont transférés vers le pipeline, acheminés jusqu’à Feruka, puis poursuivent leur route vers les centres de consommation zimbabwéens.

 

Le dispositif se prolonge avec le pipeline Feruka-Harare, exploité par Petrozim Line. Les deux infrastructures doivent voir leurs capacités renforcées afin de permettre une circulation plus fluide des produits pétroliers jusqu'à la capitale zimbabwéenne.

 

Cette intégration est essentielle. Augmenter la capacité de Beira-Feruka sans renforcer le maillon suivant reviendrait simplement à déplacer le goulot d’étranglement.

 

Un pari sur la sécurité énergétique du Zimbabwe

 

Pour Harare, cette stratégie répond également à une préoccupation de souveraineté économique.

 

Un pays enclavé ne contrôle pas directement ses voies d’accès aux marchés internationaux. Ses importations dépendent des infrastructures portuaires et des corridors de ses voisins.

 

Le renforcement de Beira permet donc au Zimbabwe de disposer d’une capacité accrue et potentiellement plus prévisible pour ses importations de diesel, d’essence et de carburant aviation.

 

Le pipeline présente par ailleurs un avantage structurel sur le transport routier massif : il permet d’acheminer de grands volumes de produits pétroliers sur longue distance avec une moindre dépendance aux convois de camions.

 

Pour une économie confrontée aux coûts élevés de la logistique régionale, l’enjeu est loin d’être secondaire.

 

Le port de Beira devra suivre

 

Mais le pari comporte une condition : l’ensemble du corridor doit progresser au même rythme.

 

Le pipeline peut transporter davantage de carburants uniquement si le terminal pétrolier de Beira est lui-même capable d’absorber les volumes supplémentaires.

 

Le Mozambique a justement engagé des investissements pour moderniser ses infrastructures portuaires et son terminal de carburants. Cette synchronisation entre capacités portuaires, stockage, pompage et distribution sera déterminante pour la compétitivité future du corridor.

 

Le raisonnement est celui d’une chaîne logistique intégrée : un terminal maritime plus performant, un pipeline plus puissant, un réseau de distribution renforcé et des capacités de stockage adaptées.

 

Si l’un de ces maillons reste sous-dimensionné, l’effet de l’investissement sur l’ensemble du corridor sera mécaniquement limité.

 

Vers une capacité de 12 millions de m³ ?

 

La hausse à 5 millions de m³ pourrait finalement n’être qu’une étape.

 

La stratégie de long terme de la compagnie du pipeline Mozambique-Zimbabwe vise une capacité nettement supérieure, qui pourrait atteindre environ 12 millions de m³ par an grâce notamment à une infrastructure de plus grande capacité.

 

Cela changerait alors complètement l’échelle du projet.

 

Beira ne serait plus seulement une voie d’approvisionnement privilégiée pour le Zimbabwe. Le corridor pourrait devenir une véritable plateforme énergétique pour l’hinterland de l’Afrique australe.

 

Cette perspective rejoint d’ailleurs une tendance plus large sur le continent : les infrastructures énergétiques sont de plus en plus pensées comme des actifs régionaux, capables de desservir plusieurs marchés plutôt que comme de simples équipements nationaux.

 

Le carburant comme infrastructure de l’intégration africaine

 

L’intérêt économique du projet réside finalement moins dans les 2 millions de m³ de capacité supplémentaire que dans ce qu’ils permettent de construire autour.

 

Un approvisionnement énergétique plus fiable facilite le fonctionnement des industries, du transport routier, de l’agriculture et des activités commerciales. Il réduit également la vulnérabilité des économies enclavées aux perturbations affectant les routes d’approvisionnement.

 

Le corridor de Beira se retrouve ainsi au croisement de trois enjeux : sécurité énergétique, compétitivité logistique et intégration régionale.

 

Pour le Mozambique, c’est l’occasion de renforcer le rôle économique de Beira et de capter davantage de flux destinés à son hinterland.

 

Pour le Zimbabwe, c’est une assurance supplémentaire pour son approvisionnement en carburants.

 

Pour l’Afrique australe, c’est potentiellement l’émergence d’une nouvelle artère énergétique capable de relier les marchés internationaux aux économies situées à l’intérieur du continent.

 

Le chantier lancé à Nhamatanda ne consiste donc pas simplement à installer quelques équipements de pompage supplémentaires. Il participe à une bataille beaucoup plus large : celle du contrôle et de la sécurisation des corridors qui alimenteront la croissance de l’Afrique australe dans les prochaines années.