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  • 03/09/2026

Ghana : L’inflation remonte à 5%, mais la baisse des prix ouvre une nouvelle bataille pour le crédit

Après avoir ramené l’inflation de 11,5% à 5% en un an, le Ghana entre dans une nouvelle phase de sa stabilisation économique. En août, les prix ont reculé de 1% sur un mois, mais l’inflation annuelle est remontée à 5%. Pour la Bank of Ghana, le défi est désormais de transformer cette accalmie en conditions de financement plus favorables, sans relancer les tensions sur les prix.

 

À première vue, le chiffre peut sembler paradoxal. En août 2026, l’inflation annuelle du Ghana est remontée à 5,0%, contre 4,6% en juillet. Pourtant, sur la même période, le niveau général des prix a baissé de 1%. Le Government Statistician, Dr Alhassan Iddrisu, a mis en avant cette distinction dans sa présentation des nouvelles données du Ghana Statistical Service (GSS).

 

Il n’y a pourtant aucune contradiction. L’inflation annuelle compare les prix d’août 2026 à ceux d’août 2025, tandis que l’évolution mensuelle mesure le mouvement des prix entre juillet et août. Le Ghana a donc connu une baisse des prix sur un mois, tout en conservant un niveau de prix supérieur à celui d’un an auparavant.

 

Surtout, le mouvement annuel reste spectaculaire. À 5%, l’inflation est inférieure de 6,5 points de pourcentage à celle enregistrée en août 2025, qui s’établissait à 11,5%. Le Ghana a ainsi pratiquement réduit de moitié son inflation en douze mois.

 

Mais cette désinflation entre dans une zone plus délicate.

 

Le problème n’est plus seulement alimentaire

 

Le détail du CPI révèle en effet un changement de nature des pressions inflationnistes. L’inflation alimentaire a légèrement diminué, passant de 3,1% en juillet à 3,0% en août. À l’inverse, l’inflation non alimentaire est montée à 6,8%, contre 6,7% un mois plus tôt.

 

Le non-alimentaire représente désormais 70,9% de la contribution à l’inflation, contre 29,1% pour l’alimentation.

 

La distinction entre biens et services est encore plus révélatrice. L’inflation des biens s’est établie à 3,8%, tandis que celle des services a atteint 8,6%, contre 8,5% en juillet. Les services augmentent donc à un rythme plus de deux fois supérieur à celui des biens.

 

Cette configuration change la nature du combat contre l’inflation. Lorsque la hausse des prix est essentiellement importée, la stabilité du taux de change et l’évolution des prix internationaux peuvent apporter une partie de la réponse. Lorsque les pressions viennent davantage des services, du logement, du transport ou de l’énergie, les leviers sont beaucoup plus domestiques.

 

Le GSS constate justement que l’inflation des produits et services produits localement est passée de 5,9% à 6,1%, alors que l’inflation importée reste beaucoup plus faible, à 2,2%. Les composantes domestiques représentent environ 86,2% de l’inflation totale.

 

Le Ghana a donc franchi une étape : la bataille contre l’inflation est désormais largement une bataille contre ses propres coûts de production et de distribution.

 

Logement et transport restent sous pression

 

Les données du CPI montrent où se concentrent ces tensions.

 

L’inflation dans le groupe logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles atteint environ 10,2%, tandis que celle du transport s’établit à 10,5%. L’habillement et les chaussures affichent environ 8%, et les services d’éducation 6,6%.

 

Ces chiffres ont une portée économique supérieure à leur simple poids statistique. Le logement, l’énergie, le transport et l’éducation sont des dépenses auxquelles les ménages peuvent difficilement renoncer. Une inflation globale à 5% peut donc donner une impression de normalisation alors que certaines dépenses essentielles continuent d'augmenter beaucoup plus rapidement.

 

Le contraste est également visible dans l’alimentation.

 

Les tomates fraîches affichent une hausse annuelle de 458,3%, tandis que le gingembre progresse de 128,3%, les crevettes de 67,1% et les mangues de 57,7%. À l’inverse, le prix du citron vert a reculé de 33,7% et celui du maïs de 31,3%.

 

La moyenne nationale masque donc des mouvements de prix extrêmement dispersés.

 

Les tomates fraîches constituent d’ailleurs le premier contributeur individuel à l’inflation, avec environ 21,4% de la contribution totale, devant les loyers à 14,7% et le gingembre à 12,2%.

 

Une inflation à 5% change le débat monétaire

 

C’est ici que les statistiques du GSS rencontrent directement les intérêts des banques, des entreprises et des ménages.

 

La Bank of Ghana (BoG) maintient actuellement son taux directeur à 14%, après avoir interrompu en juillet son cycle d'assouplissement. Son objectif d’inflation est fixé à 8%, avec une bande symétrique de ±2 points. Avec une inflation de 5%, le Ghana se situe donc encore sous la borne inférieure de cette cible.

 

La tentation pourrait être forte de considérer cette situation comme une invitation à réduire davantage le coût de l’argent.

 

Mais la BoG marche désormais sur une ligne plus étroite.

D’un côté, la forte désinflation de ces derniers mois crée un environnement beaucoup plus favorable à l’assouplissement monétaire. Des taux plus bas peuvent réduire le coût du financement des entreprises, soutenir le fonds de roulement, stimuler l’investissement et faciliter progressivement l’accès au crédit bancaire.

 

De l’autre, le rebond de l’inflation à 5%, la persistance des tensions sur les services et les risques liés à l’énergie et au taux de change invitent à la prudence. Le Fonds monétaire international a d’ailleurs appelé récemment la BoG à conserver une approche prudente et dépendante des données, malgré l’amélioration de l’inflation.

 

Autrement dit, la question n’est plus de savoir si la BoG peut baisser ses taux, mais jusqu’où elle peut le faire sans compromettre les gains obtenus sur l’inflation.

 

Le crédit devient le prochain test

 

C’est probablement la prochaine étape décisive pour l’économie ghanéenne.

 

Une inflation beaucoup plus faible ne constitue pas, à elle seule, une reprise économique. Elle devient réellement transformatrice lorsqu’elle se traduit par une amélioration des conditions de financement.

 

Pour les banques, l’enjeu est de convertir la baisse du risque inflationniste et l’amélioration des conditions monétaires en crédit au secteur privé, sans relâcher les standards de gestion du risque.

 

Pour les entreprises, le bénéfice attendu est tout aussi concret : financement du besoin en fonds de roulement, investissement productif, renouvellement des équipements et capacité à planifier sur un horizon plus long.

 

Pour les ménages, enfin, la transmission est susceptible de passer par le coût des prêts immobiliers, des crédits à la consommation et du financement des petites entreprises.

 

Mais cette transmission ne sera ni automatique ni instantanée. Entre le taux directeur de la banque centrale et le taux effectivement payé par un emprunteur, interviennent le coût des dépôts, le risque de crédit, les besoins de liquidité des banques, les marges commerciales et les anticipations économiques.

 

Le véritable test de la désinflation ghanéenne sera donc sa transmission au système financier.

 

Les régions racontent une autre histoire

 

Le chiffre national de 5% masque également de fortes disparités géographiques.

 

La Central Region affiche une inflation de 11,1%, tandis que l’Ashanti atteint 8,7%. Greater Accra se situe à 5%, au niveau national. À l’autre extrémité, le Bono East affiche 3,3%.

 

Cette dispersion rappelle une réalité fondamentale : il n’existe pas une seule expérience de l’inflation au Ghana.

 

Les ménages, les commerçants et les entreprises ne subissent pas nécessairement les mêmes pressions selon leur localisation, leur structure de consommation et leur exposition aux coûts de transport ou aux marchés agricoles.

 

Pour les acteurs financiers, cette hétérogénéité est loin d’être anecdotique. Elle peut influencer la demande de crédit, la capacité de remboursement des emprunteurs et, plus largement, le profil de risque des portefeuilles bancaires.

 

Le Ghana a gagné la première bataille, pas encore la guerre

 

Les données d’août 2026 racontent finalement une histoire plus nuancée que celle d'une simple remontée de l’inflation.

 

Le Ghana reste très loin des niveaux de hausse des prix observés un an auparavant. L’inflation annuelle est passée de 11,5% à 5%, tandis que les prix ont même reculé de 1% entre juillet et août.

 

Mais la deuxième phase sera plus complexe.

 

L’alimentation s’est relativement calmée. L’inflation importée reste contenue. Le cedi bénéficie d’un environnement plus favorable. Désormais, les tensions se concentrent davantage sur le logement, le transport, l’énergie et les services, autrement dit sur les coûts profondément enracinés dans l’économie domestique.

 

C’est précisément pourquoi le passage de 4,6% à 5% mérite d’être surveillé sans être dramatisé.

 

Le Ghana n’est pas en train de perdre sa bataille contre l’inflation. Il découvre simplement que la dernière étape est la plus difficile : transformer la stabilité des prix en baisse durable du coût du financement, en crédit au secteur privé et, in fine, en investissement et en croissance.

 

Pour la Bank of Ghana comme pour le secteur bancaire, le prochain indicateur à surveiller ne sera donc pas seulement l’inflation. Ce sera la manière dont la désinflation se transmet au crédit.