Après avoir ramené l’inflation de 11,5% à 5% en un an, le Ghana entre dans une nouvelle phase de sa stabilisation économique. En août, les prix ont reculé de 1% sur un mois, mais l’inflation annuelle est remontée à 5%. Pour la Bank of Ghana, le défi est désormais de transformer cette accalmie en conditions de financement plus favorables, sans relancer les tensions sur les prix.
À première vue, le chiffre peut sembler
paradoxal. En août 2026, l’inflation annuelle du Ghana est remontée à 5,0%,
contre 4,6% en juillet. Pourtant, sur la même période, le niveau général des
prix a baissé de 1%. Le Government Statistician, Dr Alhassan Iddrisu, a mis en
avant cette distinction dans sa présentation des nouvelles données du Ghana
Statistical Service (GSS).
Il n’y a pourtant aucune contradiction.
L’inflation annuelle compare les prix d’août 2026 à ceux d’août 2025, tandis
que l’évolution mensuelle mesure le mouvement des prix entre juillet et août.
Le Ghana a donc connu une baisse des prix sur un mois, tout en conservant un
niveau de prix supérieur à celui d’un an auparavant.
Surtout, le mouvement annuel reste spectaculaire.
À 5%, l’inflation est inférieure de 6,5 points de pourcentage à celle
enregistrée en août 2025, qui s’établissait à 11,5%. Le Ghana a ainsi
pratiquement réduit de moitié son inflation en douze mois.
Mais cette désinflation entre dans une zone plus
délicate.
Le problème n’est plus seulement alimentaire
Le détail du CPI révèle en effet un changement de
nature des pressions inflationnistes. L’inflation alimentaire a légèrement
diminué, passant de 3,1% en juillet à 3,0% en août. À l’inverse, l’inflation
non alimentaire est montée à 6,8%, contre 6,7% un mois plus tôt.
Le non-alimentaire représente désormais 70,9% de
la contribution à l’inflation, contre 29,1% pour l’alimentation.
La distinction entre biens et services est encore
plus révélatrice. L’inflation des biens s’est établie à 3,8%, tandis que celle
des services a atteint 8,6%, contre 8,5% en juillet. Les services augmentent
donc à un rythme plus de deux fois supérieur à celui des biens.
Cette configuration change la nature du combat
contre l’inflation. Lorsque la hausse des prix est essentiellement importée, la
stabilité du taux de change et l’évolution des prix internationaux peuvent
apporter une partie de la réponse. Lorsque les pressions viennent davantage des
services, du logement, du transport ou de l’énergie, les leviers sont beaucoup
plus domestiques.
Le GSS constate justement que l’inflation des
produits et services produits localement est passée de 5,9% à 6,1%, alors que
l’inflation importée reste beaucoup plus faible, à 2,2%. Les composantes
domestiques représentent environ 86,2% de l’inflation totale.
Le Ghana a donc franchi une étape : la bataille
contre l’inflation est désormais largement une bataille contre ses propres
coûts de production et de distribution.
Logement et transport restent sous pression
Les données du CPI montrent où se concentrent ces
tensions.
L’inflation dans le groupe logement, eau,
électricité, gaz et autres combustibles atteint environ 10,2%, tandis que celle
du transport s’établit à 10,5%. L’habillement et les chaussures affichent
environ 8%, et les services d’éducation 6,6%.
Ces chiffres ont une portée économique supérieure
à leur simple poids statistique. Le logement, l’énergie, le transport et
l’éducation sont des dépenses auxquelles les ménages peuvent difficilement
renoncer. Une inflation globale à 5% peut donc donner une impression de
normalisation alors que certaines dépenses essentielles continuent d'augmenter
beaucoup plus rapidement.
Le contraste est également visible dans
l’alimentation.
Les tomates fraîches affichent une hausse
annuelle de 458,3%, tandis que le gingembre progresse de 128,3%, les crevettes
de 67,1% et les mangues de 57,7%. À l’inverse, le prix du citron vert a reculé
de 33,7% et celui du maïs de 31,3%.
La moyenne nationale masque donc des mouvements
de prix extrêmement dispersés.
Les tomates fraîches constituent d’ailleurs le
premier contributeur individuel à l’inflation, avec environ 21,4% de la
contribution totale, devant les loyers à 14,7% et le gingembre à 12,2%.
Une inflation à 5% change le débat monétaire
C’est ici que les statistiques du GSS rencontrent
directement les intérêts des banques, des entreprises et des ménages.
La Bank of Ghana (BoG) maintient actuellement son
taux directeur à 14%, après avoir interrompu en juillet son cycle
d'assouplissement. Son objectif d’inflation est fixé à 8%, avec une bande
symétrique de ±2 points. Avec une inflation de 5%, le Ghana se situe donc
encore sous la borne inférieure de cette cible.
La tentation pourrait être forte de considérer
cette situation comme une invitation à réduire davantage le coût de l’argent.
Mais la BoG marche désormais sur une ligne plus
étroite.
D’un côté, la forte désinflation de ces derniers
mois crée un environnement beaucoup plus favorable à l’assouplissement
monétaire. Des taux plus bas peuvent réduire le coût du financement des
entreprises, soutenir le fonds de roulement, stimuler l’investissement et
faciliter progressivement l’accès au crédit bancaire.
De l’autre, le rebond de l’inflation à 5%, la
persistance des tensions sur les services et les risques liés à l’énergie et au
taux de change invitent à la prudence. Le Fonds monétaire international a
d’ailleurs appelé récemment la BoG à conserver une approche prudente et
dépendante des données, malgré l’amélioration de l’inflation.
Autrement dit, la question n’est plus de savoir
si la BoG peut baisser ses taux, mais jusqu’où elle peut le faire sans
compromettre les gains obtenus sur l’inflation.
Le crédit devient le prochain test
C’est probablement la prochaine étape décisive
pour l’économie ghanéenne.
Une inflation beaucoup plus faible ne constitue
pas, à elle seule, une reprise économique. Elle devient réellement
transformatrice lorsqu’elle se traduit par une amélioration des conditions de
financement.
Pour les banques, l’enjeu est de convertir la
baisse du risque inflationniste et l’amélioration des conditions monétaires en crédit
au secteur privé, sans relâcher les standards de gestion du risque.
Pour les entreprises, le bénéfice attendu est
tout aussi concret : financement du besoin en fonds de roulement,
investissement productif, renouvellement des équipements et capacité à
planifier sur un horizon plus long.
Pour les ménages, enfin, la transmission est
susceptible de passer par le coût des prêts immobiliers, des crédits à la
consommation et du financement des petites entreprises.
Mais cette transmission ne sera ni automatique ni
instantanée. Entre le taux directeur de la banque centrale et le taux
effectivement payé par un emprunteur, interviennent le coût des dépôts, le
risque de crédit, les besoins de liquidité des banques, les marges commerciales
et les anticipations économiques.
Le véritable test de la désinflation ghanéenne
sera donc sa transmission au système financier.
Les régions racontent une autre histoire
Le chiffre national de 5% masque également de
fortes disparités géographiques.
La Central Region affiche une inflation de 11,1%,
tandis que l’Ashanti atteint 8,7%. Greater Accra se situe à 5%, au niveau
national. À l’autre extrémité, le Bono East affiche 3,3%.
Cette dispersion rappelle une réalité
fondamentale : il n’existe pas une seule expérience de l’inflation au Ghana.
Les ménages, les commerçants et les entreprises
ne subissent pas nécessairement les mêmes pressions selon leur localisation,
leur structure de consommation et leur exposition aux coûts de transport ou aux
marchés agricoles.
Pour les acteurs financiers, cette hétérogénéité
est loin d’être anecdotique. Elle peut influencer la demande de crédit, la
capacité de remboursement des emprunteurs et, plus largement, le profil de
risque des portefeuilles bancaires.
Le Ghana a gagné la première bataille, pas encore
la guerre
Les données d’août 2026 racontent finalement une
histoire plus nuancée que celle d'une simple remontée de l’inflation.
Le Ghana reste très loin des niveaux de hausse
des prix observés un an auparavant. L’inflation annuelle est passée de 11,5% à
5%, tandis que les prix ont même reculé de 1% entre juillet et août.
Mais la deuxième phase sera plus complexe.
L’alimentation s’est relativement calmée.
L’inflation importée reste contenue. Le cedi bénéficie d’un environnement plus
favorable. Désormais, les tensions se concentrent davantage sur le logement, le
transport, l’énergie et les services, autrement dit sur les coûts profondément
enracinés dans l’économie domestique.
C’est précisément pourquoi le passage de 4,6% à 5%
mérite d’être surveillé sans être dramatisé.
Le Ghana n’est pas en train de perdre sa bataille
contre l’inflation. Il découvre simplement que la dernière étape est la plus
difficile : transformer la stabilité des prix en baisse durable du coût du
financement, en crédit au secteur privé et, in fine, en investissement et en
croissance.
Pour la Bank of Ghana comme pour le secteur bancaire, le prochain indicateur à surveiller ne sera donc pas seulement l’inflation. Ce sera la manière dont la désinflation se transmet au crédit.
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