Le 2 avril 2025, le président américain Donald Trump a une nouvelle fois secoué le monde économique en annonçant une réforme commerciale majeure. Depuis la Maison-Blanche, il a dévoilé une série de tarifs douaniers réciproques qui s’appliqueront à « tous les pays », avec un minimum de 10% sur toutes les importations aux États-Unis. Certains partenaires commerciaux, comme l’Union européenne (20%), la Chine (34%), le Vietnam (46%) ou encore le Japon (24%), seront particulièrement visés. « Nous réclamons une réciprocité juste. Si un pays taxe nos produits, nous taxerons les siens », a martelé Trump, fidèle à sa rhétorique protectionniste.
Si l’Afrique ne figure pas explicitement dans la liste des pays ciblés, cette décision pourrait pourtant bouleverser ses échanges commerciaux avec les États-Unis. En 2024, selon un article du Monde, les exportations africaines vers les États-Unis représentaient environ 39 milliards de dollars, un chiffre significatif pour un continent dont l’économie repose largement sur l’exportation de matières premières comme l’or, les diamants, le cobalt ou les produits agricoles. Une grande partie de ces flux bénéficie actuellement du programme AGOA (African Growth and Opportunity Act), qui offre des exonérations tarifaires à 32 pays sub-sahariens sur environ 1 800 produits. La mise en place des nouvelles taxes douanières soulève donc une inquiétude majeure : l’AGOA pourrait-il être menacé ?
L’Afrique du Sud, premier exportateur du continent vers les États-Unis, pourrait être en première ligne. En 2024, Pretoria a expédié pour 11 milliards de dollars de biens vers le marché américain, principalement des métaux et des produits chimiques, souvent sous l’AGOA. Jusqu’à présent, aucune réaction officielle du gouvernement sud-africain n’a été enregistrée ce 3 avril 2025. Pourtant, les craintes ne datent pas d’hier : Justin Chadwick, directeur de l’Association sud-africaine des producteurs d’agrumes, alertait déjà en 2024 sur une possible remise en cause de l’AGOA sous Trump. Dans une interview accordée à BBC News Afrique, il soulignait que des milliers d’emplois pourraient être menacés si les exemptions venaient à disparaître.
Alors que l’Union européenne et la Chine ont rapidement exprimé leur opposition à ces nouvelles mesures, l’Union africaine (UA) est restée étonnamment silencieuse. Mais ce mutisme pourrait être de courte durée. Historiquement, l’UA a toujours suivi de près les évolutions des politiques commerciales impactant l’Afrique, en particulier celles liées à l’AGOA ou à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Lancée en 2021, cette dernière pourrait d’ailleurs constituer une alternative viable pour diversifier les marchés africains et limiter la dépendance vis-à-vis des États-Unis.
Si l’impact global de ces nouvelles taxes reste difficile à évaluer, un rapport publié en 2018 par BBC News Afrique soulignait déjà que les précédentes guerres commerciales initiées par Trump avaient eu un effet limité sur le PIB mondial, mais qu’elles avaient perturbé les chaînes d’approvisionnement. En 2025, le contexte est différent et les incertitudes nombreuses.
À court terme, les tarifs de 10% pourraient renchérir le coût des exportations africaines vers les États-Unis, réduisant ainsi leur compétitivité. Certains économistes redoutent également une hausse des prix aux États-Unis, qui pourrait freiner la consommation et, par ricochet, faire baisser la demande de produits africains.
En définitive, cette annonce marque un tournant pour les relations commerciales entre les États-Unis et l’Afrique. À quelques jours de l’entrée en vigueur des nouvelles mesures, de nombreuses questions restent en suspens : l’AGOA survivra-t-il à cette tempête ? L’Afrique saura-t-elle rebondir en misant sur ses propres marchés ? Une chose est sûre : les prochaines heures seront décisives.