Avec un programme de pays de 14 milliards de dollars, Afreximbank signe l'un de ses engagements les plus ambitieux en faveur de l'Afrique du Sud. L'objectif dépasse le simple financement de projets : il s'agit d'accélérer la réindustrialisation du pays, de renforcer son rôle dans les chaînes de valeur africaines et de faire de la première économie industrielle du continent un pilier de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
L'Afrique du Sud et la Banque africaine
d'import-export (Afreximbank) ouvrent un nouveau chapitre de leur coopération
économique. Le gouvernement sud-africain et l'institution financière
panafricaine ont signé un protocole d'accord établissant un programme de pays
d'une capacité de financement pouvant atteindre 14 milliards de dollars
américains, destiné à accompagner les grandes priorités de développement de
Pretoria au cours des prochaines années.
Paraphé le 20 juin 2026 à Alamein, en Égypte, par le
président d'Afreximbank, le Dr George Elombi, et le ministre sud-africain du
Commerce, de l'Industrie et de la Concurrence, Mpho Parks Tau, cet accord
intervient quelques mois seulement après l'adhésion officielle de l'Afrique du
Sud à l'accord constitutif d'Afreximbank. Il traduit la volonté commune
d'inscrire le pays au cœur de la stratégie d'industrialisation et d'intégration
économique portée par la banque panafricaine.
Au-delà de son montant, l'accord répond à un contexte
économique particulier. Malgré la taille et la diversification de son économie,
l'Afrique du Sud est confrontée depuis plusieurs années à une croissance atone,
à des difficultés persistantes d'approvisionnement en électricité, à une
compétitivité industrielle sous pression et à un chômage structurel parmi les
plus élevés du continent. Dans ce contexte, le renforcement des capacités
industrielles, des infrastructures logistiques et des investissements productifs
est devenu une priorité stratégique pour Pretoria.
Le programme ne correspond pas à un décaissement
immédiat de 14 milliards de dollars. Il constitue plutôt une enveloppe de
financement mobilisable progressivement, combinant prêts, accompagnement
technique, ingénierie de projets et services de conseil destinés à soutenir les
investissements publics et privés. Les ressources seront orientées vers le
développement des infrastructures industrielles, la production et le transport
d'énergie, les réseaux logistiques ainsi que les secteurs susceptibles de renforcer
la compétitivité des entreprises sud-africaines et leurs échanges avec le reste
de l'Afrique.
Une attention particulière sera portée à l'inclusion
économique. Afreximbank consacrera 3 milliards de dollars à un programme
destiné à améliorer l'accès au financement des entreprises et des populations
historiquement défavorisées. L'ambition est de favoriser leur participation aux
secteurs productifs, de stimuler la création de richesse et de contribuer à une
croissance davantage partagée dans un pays où les inégalités demeurent parmi
les plus marquées au monde.
Pour George Elombi, ce partenariat illustre une
ambition qui dépasse largement les frontières sud-africaines. Selon le
président d'Afreximbank, ce programme doit permettre d'accélérer la
transformation locale des ressources minières et agricoles, de stimuler les
échanges commerciaux dans le cadre de la ZLECAf et d'encourager les
investissements sud-africains sur l'ensemble du continent. L'accord,
estime-t-il, renforcera également l'inclusion financière tout en consolidant la
présence opérationnelle d'Afreximbank dans l'une des économies les plus
stratégiques d'Afrique.
Le gouvernement sud-africain partage cette lecture.
Pour le ministre Mpho Parks Tau, le partenariat constitue un instrument concret
pour accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale
africaine. En renforçant les chaînes de valeur régionales et en levant
progressivement les obstacles qui freinent encore la circulation des biens, des
services et des capitaux, Pretoria entend consolider sa position de plateforme
industrielle au service du marché africain.
La coopération entre les deux parties ne se limitera
pas aux seuls financements. Le protocole d'accord prévoit notamment la relance
du Programme de promotion du commerce et des investissements Afrique du
Sud-Afrique (SATIPP 2.0), un appui technique à la création d'une banque
sud-africaine d'import-export, le développement de parcs industriels et de
zones économiques spéciales, le cofinancement de projets énergétiques,
notamment dans les énergies renouvelables, ainsi que la valorisation locale des
ressources minérales. L'assistance technique, le renforcement des capacités
institutionnelles et la préparation de projets d'investissement figurent
également parmi les axes majeurs de cette coopération.
L'ensemble de ces initiatives s'inscrit dans les
grandes orientations économiques définies par Pretoria à travers le Plan
national de développement à l'horizon 2030, le Plan de développement à moyen
terme 2024-2029 et le programme GAIN, destiné à soutenir une croissance plus
inclusive et plus compétitive.
Pour Afreximbank, cet accord illustre l'évolution de
son rôle sur le continent. Longtemps perçue comme une banque spécialisée dans
le financement du commerce, l'institution s'affirme désormais comme l'un des
principaux leviers de l'industrialisation africaine. Forte de plus de 48,5
milliards de dollars d'actifs et de provisions à fin 2025, elle multiplie les
interventions destinées à renforcer les chaînes de valeur régionales, à
soutenir la transformation locale des matières premières et à accélérer la mise
en œuvre de la ZLECAf.
Au-delà de l'Afrique du Sud, ce partenariat envoie un
signal plus large. À l'heure où de nombreux pays africains cherchent à
transformer leurs ressources sur place plutôt qu'à les exporter à l'état brut,
Afreximbank confirme sa volonté de devenir le principal partenaire financier de
cette nouvelle phase d'industrialisation. Si les engagements annoncés se
traduisent effectivement par des investissements concrets, Pretoria pourrait
devenir l'un des principaux laboratoires de cette ambition continentale.
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