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  • 05/03/2026

Agro-industrie en Côte d’Ivoire : Le foncier au cœur du dialogue public-privé pour stimuler l’économie

Derrière les plantations, les usines de transformation et les ambitions industrielles de la Côte d’Ivoire, il existe un sujet aussi sensible que décisif : la terre. Sans sécurité foncière, l’agro-industrie avance sur un terrain fragile. C’est précisément pour lever cette incertitude que pouvoirs publics, entreprises, autorités traditionnelles et organisations de la société civile se sont réunis ce mercredi 4 février dernier, à Grand-Bassam dans le cadre d’un atelier national consacré aux problématiques foncières des entreprises agro-industrielles.

 

Organisée par le Comité de Concertation État–Secteur Privé (CCESP), cette rencontre s’inscrit dans un dialogue stratégique visant à consolider l’un des piliers du développement économique ivoirien : la transformation locale des productions agricoles.

 

À l’ouverture des travaux, la Secrétaire exécutive du CCESP, Mariam Fadiga Fofana, a rappelé que la question foncière ne relève pas uniquement d’un débat juridique ou administratif. Elle touche directement aux équilibres économiques, sociaux et territoriaux.

 

« Votre présence ici aujourd’hui témoigne de l’importance que nous accordons collectivement à la question du foncier, au cœur du développement agricole, de la sécurité alimentaire et de la cohésion sociale », a-t-elle souligné, invitant l’ensemble des acteurs à privilégier une approche concertée et inclusive.

 

Du côté du secteur privé, le message est sans ambiguïté : la sécurisation du foncier conditionne directement la capacité du pays à accélérer son industrialisation agricole. Pour Stéphane Aka-Anghui, Directeur exécutif de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), l’équation est simple.

 

« Sans terrain sécurisé, pas d’usine. Sans usine, pas de transformation. Sans transformation, pas de valeur ajoutée locale », a-t-il résumé.

 

Dans un pays qui ambitionne de transformer une part croissante de ses matières premières agricoles, les incertitudes foncières peuvent rapidement devenir un frein à l’investissement. Chaque projet bloqué par un litige ou une contestation représente des capitaux immobilisés, des emplois différés et des opportunités manquées pour les territoires ruraux.

 

À l’inverse, un foncier clarifié et juridiquement sécurisé constitue un puissant levier pour attirer les financements, faciliter l’accès au crédit et structurer de véritables écosystèmes agro-industriels.

 

Représentant le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, le conseiller technique Seynou Idrissa a rappelé les efforts engagés par l’État pour améliorer la gouvernance foncière rurale.

 

La réforme de la loi de 1998 relative au domaine foncier rural, la déclaration de politique foncière rurale adoptée en 2017 et la création de l’Agence foncière rurale (AFOR) s’inscrivent dans cette dynamique.

 

À fin 2025, plus de 5 500 territoires de villages avaient été délimités sur l’ensemble du territoire national, tandis que près de 68 000 certificats fonciers avaient été délivrés sur une superficie globale avoisinant un million d’hectares. Malgré ces avancées, les défis restent nombreux.

 

Les entreprises agro-industrielles continuent de faire face à des contestations de titres, des occupations irrégulières de terrains, des conflits avec les populations riveraines ou encore des pressions liées à l’urbanisation et aux opérations immobilières.

 

« Il nous appartient, collectivement, de proposer des solutions réalistes, pratiques et opérationnelles », a insisté Seynou Idrissa, appelant les participants à privilégier le dialogue et la recherche de consensus.

 

Le ministère du Commerce, de l’Industrie et de la Promotion des PME a également mis en avant les réformes engagées pour sécuriser le foncier industriel et améliorer l’attractivité du pays pour les investisseurs.

 

Représentant le ministre Ibrahim Kalil Konaté, le conseiller technique Mathurin Bombo a rappelé les différentes étapes de cette modernisation : création de l’AGEDI et du FODI pour structurer la gestion des zones industrielles, fusion de ces structures au sein de la Société de gestion et de développement des infrastructures industrielles (SOGEDI), adoption d’un cadre juridique renforcé pour l’attribution des terrains industriels et, plus récemment, promulgation d’une nouvelle loi en 2025 visant à consolider l’ensemble du dispositif.

 

Une taskforce a également été mise en place afin d’améliorer la coordination entre les différentes administrations, d’accélérer la mise à disposition de terrains viabilisés et de lever les contraintes administratives ou foncières susceptibles de ralentir les projets industriels.

 

Mais au-delà du diagnostic partagé par l’ensemble des intervenants, l’atelier de Grand-Bassam se veut surtout un espace de travail orienté vers des résultats concrets.

 

Au fil des sessions, les participants devront identifier les principales contraintes auxquelles sont confrontées les entreprises agro-industrielles et formuler des propositions pour améliorer durablement la sécurisation du foncier.

 

L’ambition affichée par les organisateurs est claire : produire, au terme des travaux, un ensemble de recommandations opérationnelles susceptibles de renforcer la sécurité juridique des investissements et d’améliorer la coordination entre l’État, le secteur privé, les collectivités territoriales et les communautés locales.

 

Ces conclusions devraient également déboucher sur l’élaboration d’une feuille de route destinée à orienter les réformes futures et à consolider le cadre de gouvernance foncière appliqué au développement de l’agro-industrie.

 

Dans une économie où l’agriculture demeure un moteur majeur de croissance, la question foncière apparaît ainsi comme l’un des chantiers structurants des prochaines années.

 

À Grand-Bassam, le signal envoyé est clair : sécuriser la terre, c’est sécuriser l’investissement, accélérer la transformation agricole et préparer la prochaine étape de l’industrialisation ivoirienne.