Derrière les plantations, les usines de transformation et les ambitions industrielles de la Côte d’Ivoire, il existe un sujet aussi sensible que décisif : la terre. Sans sécurité foncière, l’agro-industrie avance sur un terrain fragile. C’est précisément pour lever cette incertitude que pouvoirs publics, entreprises, autorités traditionnelles et organisations de la société civile se sont réunis ce mercredi 4 février dernier, à Grand-Bassam dans le cadre d’un atelier national consacré aux problématiques foncières des entreprises agro-industrielles.
Organisée par le Comité de Concertation État–Secteur
Privé (CCESP), cette rencontre s’inscrit dans un dialogue stratégique visant à
consolider l’un des piliers du développement économique ivoirien : la
transformation locale des productions agricoles.
À l’ouverture des travaux, la Secrétaire exécutive du
CCESP, Mariam Fadiga Fofana, a rappelé que la question foncière ne relève pas
uniquement d’un débat juridique ou administratif. Elle touche directement aux
équilibres économiques, sociaux et territoriaux.
« Votre présence ici aujourd’hui témoigne de
l’importance que nous accordons collectivement à la question du foncier, au
cœur du développement agricole, de la sécurité alimentaire et de la cohésion
sociale », a-t-elle souligné, invitant l’ensemble des acteurs à privilégier une
approche concertée et inclusive.
Du côté du secteur privé, le message est sans
ambiguïté : la sécurisation du foncier conditionne directement la capacité du
pays à accélérer son industrialisation agricole. Pour Stéphane Aka-Anghui,
Directeur exécutif de la Confédération générale des entreprises de Côte
d’Ivoire (CGECI), l’équation est simple.
« Sans terrain sécurisé, pas d’usine. Sans usine, pas
de transformation. Sans transformation, pas de valeur ajoutée locale », a-t-il
résumé.
Dans un pays qui ambitionne de transformer une part
croissante de ses matières premières agricoles, les incertitudes foncières
peuvent rapidement devenir un frein à l’investissement. Chaque projet bloqué
par un litige ou une contestation représente des capitaux immobilisés, des
emplois différés et des opportunités manquées pour les territoires ruraux.
À l’inverse, un foncier clarifié et juridiquement
sécurisé constitue un puissant levier pour attirer les financements, faciliter
l’accès au crédit et structurer de véritables écosystèmes agro-industriels.
Représentant le ministre de l’Agriculture, du
Développement rural et des Productions vivrières, le conseiller technique
Seynou Idrissa a rappelé les efforts engagés par l’État pour améliorer la
gouvernance foncière rurale.
La réforme de la loi de 1998 relative au domaine
foncier rural, la déclaration de politique foncière rurale adoptée en 2017 et
la création de l’Agence foncière rurale (AFOR) s’inscrivent dans cette
dynamique.
À fin 2025, plus de 5 500 territoires de villages
avaient été délimités sur l’ensemble du territoire national, tandis que près de
68 000 certificats fonciers avaient été délivrés sur une superficie globale
avoisinant un million d’hectares. Malgré ces avancées, les défis restent
nombreux.
Les entreprises agro-industrielles continuent de faire
face à des contestations de titres, des occupations irrégulières de terrains,
des conflits avec les populations riveraines ou encore des pressions liées à
l’urbanisation et aux opérations immobilières.
« Il nous appartient, collectivement, de proposer des
solutions réalistes, pratiques et opérationnelles », a insisté Seynou Idrissa,
appelant les participants à privilégier le dialogue et la recherche de
consensus.
Le ministère du Commerce, de l’Industrie et de la
Promotion des PME a également mis en avant les réformes engagées pour sécuriser
le foncier industriel et améliorer l’attractivité du pays pour les
investisseurs.
Représentant le ministre Ibrahim Kalil Konaté, le
conseiller technique Mathurin Bombo a rappelé les différentes étapes de cette
modernisation : création de l’AGEDI et du FODI pour structurer la gestion des
zones industrielles, fusion de ces structures au sein de la Société de gestion
et de développement des infrastructures industrielles (SOGEDI), adoption d’un
cadre juridique renforcé pour l’attribution des terrains industriels et, plus
récemment, promulgation d’une nouvelle loi en 2025 visant à consolider l’ensemble
du dispositif.
Une taskforce a également été mise en place afin
d’améliorer la coordination entre les différentes administrations, d’accélérer
la mise à disposition de terrains viabilisés et de lever les contraintes
administratives ou foncières susceptibles de ralentir les projets industriels.
Mais au-delà du diagnostic partagé par l’ensemble des
intervenants, l’atelier de Grand-Bassam se veut surtout un espace de travail
orienté vers des résultats concrets.
Au fil des sessions, les participants devront
identifier les principales contraintes auxquelles sont confrontées les
entreprises agro-industrielles et formuler des propositions pour améliorer
durablement la sécurisation du foncier.
L’ambition affichée par les organisateurs est claire :
produire, au terme des travaux, un ensemble de recommandations opérationnelles
susceptibles de renforcer la sécurité juridique des investissements et
d’améliorer la coordination entre l’État, le secteur privé, les collectivités
territoriales et les communautés locales.
Ces conclusions devraient également déboucher sur
l’élaboration d’une feuille de route destinée à orienter les réformes futures
et à consolider le cadre de gouvernance foncière appliqué au développement de
l’agro-industrie.
Dans une économie où l’agriculture demeure un moteur
majeur de croissance, la question foncière apparaît ainsi comme l’un des
chantiers structurants des prochaines années.
À Grand-Bassam, le signal envoyé est clair : sécuriser
la terre, c’est sécuriser l’investissement, accélérer la transformation
agricole et préparer la prochaine étape de l’industrialisation ivoirienne.
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