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  • 03/09/2026

Brésil-Afrique : Depuis Addis-Abeba, Brasilia installe sa nouvelle tête de pont commerciale sur le continent

L’inauguration à Addis-Abeba du premier bureau africain permanent d’ApexBrasil marque une nouvelle étape dans la stratégie du Brésil en Afrique. Au-delà du renforcement des échanges avec l’Éthiopie, Brasilia veut utiliser la capitale éthiopienne comme plateforme pour identifier des marchés, attirer des investissements et connecter ses entreprises aux opportunités offertes par le continent.

 

Le signal est suffisamment important pour être relevé. Le 2 septembre 2026, l’Agence brésilienne de promotion du commerce et des investissements, ApexBrasil, a officiellement ouvert son premier bureau permanent en Afrique à Addis-Abeba. L’initiative intervient après plusieurs mois d’intensification des relations économiques entre les deux pays.

 

Pour l’Éthiopie, l’enjeu dépasse donc largement l’arrivée d’une nouvelle représentation étrangère. Pour le Brésil, il s’agit de disposer d’un point d’ancrage institutionnel capable d’accompagner ses entreprises sur le marché éthiopien, mais aussi d’explorer plus largement les débouchés africains.

 

Addis-Abeba, laboratoire de la nouvelle offensive brésilienne

 

ApexBrasil est à la fois l’agence brésilienne de promotion commerciale et une agence d’attraction des investissements. Placée sous la supervision du gouvernement fédéral brésilien, elle accompagne les entreprises dans leur internationalisation et cherche également à attirer des capitaux étrangers vers le Brésil.

 

Son implantation permanente en Éthiopie donne ainsi une dimension nouvelle à la diplomatie économique brésilienne.

 

L’agence pourra notamment fournir des informations de marché, identifier des partenaires locaux, organiser des missions commerciales et faciliter les rencontres entre entreprises brésiliennes et africaines.

 

Le président d’ApexBrasil, Laudemir Müller, a précisément insisté sur la nécessité de réduire les barrières informationnelles auxquelles se heurtent les investisseurs et de fournir aux entreprises des informations adaptées aux réalités locales.

 

L’objectif est clair : transformer l’information économique en contrats commerciaux et en investissements.

 

Cette approche est déjà à l’œuvre. En février 2026, un forum économique Éthiopie-Brésil organisé à Addis-Abeba avait réuni des acteurs publics et privés autour des investissements et du commerce bilatéral.

 

La dynamique s’est également traduite par des initiatives brésiliennes dans le domaine agricole. En février, l’Agence brésilienne de coopération et Embrapa, l’institut brésilien de recherche agricole, ont inauguré un bureau régional africain à Addis-Abeba, avec l’ambition de renforcer la coopération agricole.

 

L’ouverture d’ApexBrasil vient donc compléter un dispositif qui commence à prendre forme.

 

Agriculture, industrie et énergie en première ligne

 

L’un des principaux paris concerne l’agriculture.

 

Le Brésil possède une expertise considérable dans l’agriculture tropicale, la mécanisation, les semences, l’élevage et la transformation agroalimentaire. L’Éthiopie, de son côté, dispose d’un vaste potentiel agricole et cherche à développer davantage la transformation locale et les chaînes de valeur.

 

Les deux pays ont d’ailleurs déjà renforcé leur coopération dans les domaines du commerce et de l’agriculture en 2026.

 

Mais l’agriculture ne sera pas seule.

 

Les autorités éthiopiennes ont également identifié l’industrie manufacturière, les énergies renouvelables, la bioénergie, la logistique et les transports comme des secteurs susceptibles d'accueillir davantage de coopération brésilienne.

 

Ce sont précisément des domaines dans lesquels le déficit d’infrastructures et de capacités productives africaines crée des besoins importants en capitaux, équipements et technologies.

 

Un commerce bilatéral encore largement sous-exploité

 

C’est probablement l’un des arguments les plus forts en faveur de cette nouvelle implantation.

 

La relation commerciale entre le Brésil et l’Éthiopie reste relativement étroite au regard de la taille des deux économies. Une étude publiée par ApexBrasil avait identifié plus de 100 opportunités commerciales sur le marché éthiopien. Elle mettait notamment en évidence des débouchés dans les machines et équipements de transport, l’agroalimentaire, les produits manufacturés et la chimie.

 

Mais le commerce demeure concentré sur quelques produits. En 2023, les huiles combustibles de pétrole représentaient à elles seules environ 80% des exportations brésiliennes vers l’Éthiopie.

 

La logique du nouveau bureau est donc aussi celle de la diversification.

 

Pour Brasilia, il ne s’agit plus simplement d’écouler quelques produits sur le marché éthiopien. Il faut désormais construire des chaînes commerciales plus diversifiées et, surtout, encourager les entreprises brésiliennes à investir directement sur le continent.

 

Le facteur BRICS ajoute une dimension géopolitique

 

Le contexte politique renforce cette stratégie.

 

Le Brésil et l’Éthiopie appartiennent désormais tous deux aux BRICS, ce que les responsables éthiopiens ont explicitement présenté comme un cadre stratégique pour approfondir la coopération économique.

 

Il serait toutefois excessif de présenter ApexBrasil comme un instrument des BRICS. Son mandat reste commercial et économique.

 

Mais l’appartenance commune aux BRICS offre un environnement politique favorable à une intensification des relations Sud-Sud, à l'heure où les économies émergentes cherchent à renforcer leurs échanges en dehors des circuits traditionnels dominés par les puissances occidentales.

 

Le choix d’Addis-Abeba est, de ce point de vue, particulièrement pertinent.

 

La capitale éthiopienne accueille le siège de l’Union africaine et constitue l’un des principaux centres diplomatiques du continent. Installer le premier bureau africain d’ApexBrasil dans cette ville permet donc à Brasilia de se rapprocher simultanément du marché éthiopien et de l’écosystème institutionnel africain.

 

Le vrai enjeu : passer du commerce aux investissements

 

C’est probablement là que se jouera le succès de l’opération.

 

Le Brésil dispose déjà d’entreprises capables de fournir des machines, des équipements agricoles, des technologies énergétiques et des solutions industrielles. Mais pénétrer durablement les marchés africains suppose davantage que des missions commerciales.

 

Il faut des partenaires locaux, des financements, des garanties, des assurances, des infrastructures logistiques et une connaissance fine des réglementations.

 

C’est précisément pourquoi la présence permanente d’ApexBrasil peut avoir un effet d’entraînement sur l’écosystème financier.

 

Chaque nouvelle opération commerciale peut générer des besoins de financement du commerce, d’assurance-crédit, de garanties, de financement d’équipements ou encore d’assurance des investissements.

 

Pour les banques et assureurs africains, la montée en puissance des entreprises brésiliennes constitue donc potentiellement un nouveau corridor d'affaires à exploiter.

 

Une bataille plus large pour les marchés africains

 

Le mouvement brésilien intervient surtout dans un continent où la concurrence économique internationale s’intensifie.

 

Chine, Inde, Turquie, pays du Golfe, Europe, États-Unis et désormais Brésil cherchent tous à accroître leur présence commerciale et industrielle en Afrique.

 

Brasilia dispose toutefois d’un avantage spécifique : une expertise particulièrement adaptée à plusieurs problématiques africaines, notamment dans l’agriculture tropicale, l’agro-industrie, les biocarburants, les énergies renouvelables et certaines industries de transformation.

 

L’ouverture d’ApexBrasil ne garantit évidemment pas que les entreprises brésiliennes réussiront à conquérir ces marchés. Elle leur donne néanmoins un outil permanent pour mieux les comprendre et réduire le coût de leur entrée.

 

Et c’est peut-être le véritable changement.

 

Après avoir longtemps privilégié les relations politiques et la coopération technique, le Brésil cherche désormais à transformer son capital diplomatique africain en présence économique durable.

 

Addis-Abeba pourrait en être le premier laboratoire.