Au port d’Abidjan, des centaines de camions chargés de cacao restent immobilisés depuis plusieurs semaines, faute de validation administrative. Ce blocage logistique, loin d’être anecdotique, exerce une pression directe sur les producteurs, fragilise les transporteurs et relance le débat sur la gouvernance d’une filière stratégique pour l’économie ivoirienne.
La filière cacao ivoirienne traverse une zone de
fortes turbulences. Premier exportateur mondial de fèves, le pays voit
aujourd’hui son principal couloir de sortie grippé. Au port d’Abidjan, cœur
logistique du cacao ivoirien, l’exportation est quasiment à l’arrêt, provoquant
un engorgement inédit et une accumulation massive de stocks.
Le mardi 6 janvier 2026, la plateforme
SYNAPCI-ANAPROCI s’est rendue sur le périmètre portuaire pour mesurer l’ampleur
de la situation. Sur place, les images parlent d’elles-mêmes. Des centaines de
camions-remorques chargés de cacao patientent, parfois depuis plusieurs
semaines, dans l’attente de la validation de leurs connaissements, documents
indispensables pour embarquer les fèves vers les marchés internationaux.
Cette immobilisation prolongée engorge le port, sature
les entrepôts et perturbe toute la chaîne logistique. Pour la plateforme, «
c’est le désastre ». Elle estime que cette situation révèle une défaillance
grave dans la gestion d’une filière pourtant centrale pour les recettes
d’exportation du pays.
Sur le terrain, les effets du blocage se font sentir
bien au-delà des quais du port. Les premiers touchés sont les producteurs.
Faute de fluidité dans l’exportation, le marché intérieur se grippe. Dans
plusieurs zones de production, le cacao se négocie désormais autour de 2 000
francs CFA, un niveau très inférieur au prix officiel, accentuant la précarité
des planteurs.
« Cela fait plusieurs mois que nous ne vivons plus
dignement », confie un producteur, traduisant un sentiment de décrochage
croissant entre les annonces officielles et la réalité vécue dans les
plantations. Dans un secteur qui fait vivre des centaines de milliers de
ménages, cette chute des prix informels alimente inquiétude et frustration.
Les transporteurs subissent, eux aussi, de plein fouet
les conséquences du blocage. L’immobilisation des camions entraîne des frais
supplémentaires, des pertes d’exploitation et une pression accrue sur leur
trésorerie. Sur le port, l’exaspération monte. « Chaque jour, on nous promet un
déchargement pour demain. Finalement, on ne sait plus où donner de la tête »,
témoigne un chauffeur, résigné.
Face à ce qu’elle qualifie de désastre économique, la
plateforme SYNAPCI-ANAPROCI met en cause la gouvernance du secteur. Elle pointe
directement la direction du Conseil Café-Cacao, accusant son directeur général,
Yves Brahima Koné, d’incapacité à apporter une réponse efficace à la crise. Les
présidents de la plateforme, Koné Moussa pour la SYNAPCI et Kanga Koffi pour
l’ANAPROCI, dénoncent une gestion qu’ils jugent inefficace et réclament son
départ.
Ils rappellent avoir alerté les autorités dès le 3
décembre 2025, lors d’une conférence de presse accompagnée d’un préavis de
grève. Ce mouvement avait été suspendu afin de laisser une marge de manœuvre à
la direction du secteur. Selon eux, cette décision n’a pas permis de débloquer
la situation.
Alors que le blocage commence à peser sur l’économie
nationale, la plateforme appelle à une intervention rapide du président
Alassane Ouattara et de son gouvernement, plaidant pour la mise en place d’un
plan d’urgence. Des sources proches du dossier indiquent que la présidence
suivrait de près l’évolution de la crise et aurait donné instruction pour
qu’aucune fève ne reste stockée dans les zones de production.
La filière cacao ivoirienne est désormais sous haute
tension. Au-delà de l’urgence logistique, cette crise pose une question plus
large : celle de la capacité du dispositif de régulation à absorber les chocs
et à protéger durablement les acteurs d’un secteur clé pour la stabilité
économique du pays.
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