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  • 10/01/2026

Cacao ivoirien : Au port d’Abidjan, un blocage qui fissure toute la filière

Au port d’Abidjan, des centaines de camions chargés de cacao restent immobilisés depuis plusieurs semaines, faute de validation administrative. Ce blocage logistique, loin d’être anecdotique, exerce une pression directe sur les producteurs, fragilise les transporteurs et relance le débat sur la gouvernance d’une filière stratégique pour l’économie ivoirienne.

 

La filière cacao ivoirienne traverse une zone de fortes turbulences. Premier exportateur mondial de fèves, le pays voit aujourd’hui son principal couloir de sortie grippé. Au port d’Abidjan, cœur logistique du cacao ivoirien, l’exportation est quasiment à l’arrêt, provoquant un engorgement inédit et une accumulation massive de stocks.

 

Le mardi 6 janvier 2026, la plateforme SYNAPCI-ANAPROCI s’est rendue sur le périmètre portuaire pour mesurer l’ampleur de la situation. Sur place, les images parlent d’elles-mêmes. Des centaines de camions-remorques chargés de cacao patientent, parfois depuis plusieurs semaines, dans l’attente de la validation de leurs connaissements, documents indispensables pour embarquer les fèves vers les marchés internationaux.

 

Cette immobilisation prolongée engorge le port, sature les entrepôts et perturbe toute la chaîne logistique. Pour la plateforme, « c’est le désastre ». Elle estime que cette situation révèle une défaillance grave dans la gestion d’une filière pourtant centrale pour les recettes d’exportation du pays.

 

Sur le terrain, les effets du blocage se font sentir bien au-delà des quais du port. Les premiers touchés sont les producteurs. Faute de fluidité dans l’exportation, le marché intérieur se grippe. Dans plusieurs zones de production, le cacao se négocie désormais autour de 2 000 francs CFA, un niveau très inférieur au prix officiel, accentuant la précarité des planteurs.

 

« Cela fait plusieurs mois que nous ne vivons plus dignement », confie un producteur, traduisant un sentiment de décrochage croissant entre les annonces officielles et la réalité vécue dans les plantations. Dans un secteur qui fait vivre des centaines de milliers de ménages, cette chute des prix informels alimente inquiétude et frustration.

 

Les transporteurs subissent, eux aussi, de plein fouet les conséquences du blocage. L’immobilisation des camions entraîne des frais supplémentaires, des pertes d’exploitation et une pression accrue sur leur trésorerie. Sur le port, l’exaspération monte. « Chaque jour, on nous promet un déchargement pour demain. Finalement, on ne sait plus où donner de la tête », témoigne un chauffeur, résigné.

 

Face à ce qu’elle qualifie de désastre économique, la plateforme SYNAPCI-ANAPROCI met en cause la gouvernance du secteur. Elle pointe directement la direction du Conseil Café-Cacao, accusant son directeur général, Yves Brahima Koné, d’incapacité à apporter une réponse efficace à la crise. Les présidents de la plateforme, Koné Moussa pour la SYNAPCI et Kanga Koffi pour l’ANAPROCI, dénoncent une gestion qu’ils jugent inefficace et réclament son départ.

 

Ils rappellent avoir alerté les autorités dès le 3 décembre 2025, lors d’une conférence de presse accompagnée d’un préavis de grève. Ce mouvement avait été suspendu afin de laisser une marge de manœuvre à la direction du secteur. Selon eux, cette décision n’a pas permis de débloquer la situation.

 

Alors que le blocage commence à peser sur l’économie nationale, la plateforme appelle à une intervention rapide du président Alassane Ouattara et de son gouvernement, plaidant pour la mise en place d’un plan d’urgence. Des sources proches du dossier indiquent que la présidence suivrait de près l’évolution de la crise et aurait donné instruction pour qu’aucune fève ne reste stockée dans les zones de production.

 

La filière cacao ivoirienne est désormais sous haute tension. Au-delà de l’urgence logistique, cette crise pose une question plus large : celle de la capacité du dispositif de régulation à absorber les chocs et à protéger durablement les acteurs d’un secteur clé pour la stabilité économique du pays.