Sept établissements bancaires ivoiriens participent au financement de la mine d’or de Doropo, dans le nord-est de la Côte d’Ivoire. Avec 148 milliards FCFA mobilisés, soit environ 260 millions de dollars, ce financement couvre près de la moitié du coût de construction du projet porté par l’australien Resolute Mining.
Le financement des grands projets miniers ne repose plus exclusivement sur les institutions financières internationales. En Côte d’Ivoire, sept banques locales viennent de s’associer pour accompagner la construction de la mine d’or de Doropo, portée par Resolute Mining. Les conventions de financement ont été signées le 3 novembre 2026 à Abidjan, pour un montant annoncé de 148 milliards FCFA, équivalant à environ 260 millions de dollars.
Le pool bancaire réunit la Banque nationale d’investissement (BNI), Bank of Africa (BOA), BGFIBank, AFG Bank, NSIA Banque, Bridge Bank et BDU/BDM. Les établissements interviennent aux côtés de Doropo Gold Mine SA, la filiale ivoirienne de Resolute Mining, groupe minier coté à Sydney et à Londres.
L'enveloppe représente près de la moitié des 516 millions de dollars nécessaires à la construction de la mine. Dans son rapport trimestriel publié le 29 octobre 2026, le groupe australien avait déjà confirmé avoir sécurisé 260 millions de dollars de lignes de crédit auprès de banques locales. Au 30 septembre, 17 milliards FCFA avaient été décaissés.
Ce montage financier constitue un signal intéressant pour le marché bancaire ivoirien. Il démontre la capacité de plusieurs établissements à mutualiser leurs ressources pour accompagner un investissement industriel dont les besoins dépassent généralement les capacités de financement d'une seule banque.
Le contenu local gagne le terrain du financement
Au-delà de son montant, l'opération présente un autre intérêt : la place accordée aux banques ivoiriennes dans le financement d'un projet minier international. Resolute Mining indique avoir étudié plusieurs possibilités de financement, notamment auprès d'institutions internationales, avant de retenir une solution faisant davantage appel au système bancaire local.
« Nous avions plusieurs options pour financer Doropo. Nous avons choisi celle qui a du sens pour la Côte d'Ivoire », a expliqué Karl Akueson, vice-président Expansion du groupe Resolute Mining, lors de la cérémonie de signature.
Cette décision élargit la notion de contenu local, souvent abordée sous l'angle des emplois nationaux, des achats auprès de fournisseurs ivoiriens et de la sous-traitance. Elle intègre désormais une dimension financière : faire participer les banques du pays au financement des infrastructures nécessaires à l'exploitation de ses ressources naturelles.
Pour les établissements participants, l'opération représente également une occasion de renforcer leur positionnement dans le financement des activités extractives. BGFIBank Côte d'Ivoire, notamment, réalise avec Doropo sa première opération de financement aurifère dans le pays. Son directeur général adjoint, Rodrigue Akre, a toutefois précisé que le groupe disposait déjà d'une expérience dans ce secteur à travers sa filiale congolaise.
La banque a engagé plus d'une dizaine de milliards de francs CFA dans l'opération, sans communiquer le montant exact, invoquant le secret bancaire.
Doropo, un investissement de 516 millions de dollars
Située dans la région du Bounkani, à environ 650 kilomètres au nord-est d'Abidjan, la mine de Doropo constitue l'un des principaux investissements miniers en cours de développement en Côte d'Ivoire.
Le projet prévoit une exploitation à ciel ouvert et une usine de traitement par lixiviation en cuve, dotée d'une capacité de traitement de 4,9 millions de tonnes de minerai frais par an. Selon l'étude de faisabilité définitive actualisée en décembre 2025, la production moyenne devrait atteindre 169 000 onces d'or par an sur une durée de vie initiale de treize ans.
Le coût global de maintien (AISC) est estimé à 1 406 dollars l'once. Ces paramètres doivent permettre à Resolute de renforcer sa production aurifère en Afrique de l'Ouest, aux côtés de ses opérations de Syama, au Mali, et de Mako, au Sénégal.
La première coulée d'or est attendue en 2028. Ce calendrier reste néanmoins soumis aux aléas liés à la construction, aux coûts et à l'exécution du projet.
Les PME locales attendues au-delà de l'investissement minier
L'enjeu économique de Doropo ne se limite pas à la production d'or. La construction devrait mobiliser plus de 1 500 personnes à son pic d'activité, tandis que la phase d'exploitation nécessitera plus de 400 emplois permanents. Resolute estime à environ 2 000 le nombre total d'emplois directs et indirects associés au projet.
Pour le système bancaire, l'intérêt réside aussi dans les activités économiques susceptibles de se développer autour de la mine : transport, logistique, maintenance industrielle, fourniture d'équipements, restauration et prestations techniques. Autant de marchés potentiels pour les entreprises locales, à condition qu'elles disposent des capacités financières et opérationnelles nécessaires pour répondre aux exigences de l'exploitant.
Daniel Kouadio, secrétaire général de la BNI, qui s'exprimait au nom des sept établissements, a justement insisté sur cette dimension. Il voit dans le financement de Doropo une démonstration de la capacité des banques ivoiriennes à s'accorder autour d'un projet industriel de dimension internationale, malgré leurs procédures internes et leurs exigences respectives.
Il a également souligné les perspectives offertes aux PME et aux entreprises sous-traitantes.
Reste maintenant à transformer cette mobilisation financière en retombées économiques durables. Car la véritable portée du financement de Doropo se mesurera aussi à la capacité des entreprises ivoiriennes à intégrer la chaîne de valeur minière, à accéder aux marchés de sous-traitance et à bénéficier des opportunités générées par l'exploitation du gisement.
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